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49E REMISE DES GRAMMYS

À qui les statuettes?

Philippe Rezzonico
Journal de Montréal
11-02-2007 | 06h53
Qui va repartir avec le plus de phonographes, ce soir, au terme de la 49e remise des Grammy? Ceux qui ont le plus de nominations? Rien n'est moins sûr.

Sur papier, les huit nominations de Mary J. Blige, les six des Red Hot Chili Peppers et les quintuples mises en candidature de James Blunt, John Mayer et des Dixies Chicks les placent en position de commande.

Il faut toutefois se rappeler de Mariah Carey avait 11 nominations l'an dernier et elle est repartie avec trois statuettes, tandis que U2, qui était cinq fois en lice, a remporté la palme à chaque coup, balayant la soirée de remise.

Avec pas moins de 22 sections qui vont de la pop, à la pop traditionnelle, en passant par le rock, la musique alternative, country, jazz, gospel, nouvel âge et latine, il y a plus de 150 remises. Voilà donc notre point de vue sur les quatre catégories principales et quelques autres choix.

  • Album de l'année: Beaucoup d'observateurs croient que le balancier politique observé aux États-Unis ces six derniers mois permettra aux Dixie Chicks de s'emparer de ce Grammy pour le disque Not Ready to Make Nice, devant les Gnarls Barkley, John Mayer, Justin Timberlake et les Red Hot Chili Peppers. Très possible, mais Stadium Arcadium des RHCP est le meilleur compact double paru depuis 10 ans, et même au sein du milieu country, les Chicks ne font pas l'unanimité. Comme l'Académie devrait plutôt récompenser les Peppers dans la catégorie Album rock, on ne serait pas surpris que cette dernière évite la controverse et opte pour le beau Justin dont la popularité est à son sommet.
    Prédiction: Justin Timberlake
    Préférence: Red Hot Chili Peppers

  • Disque -ou enregistrement- de l'année: Là, tout le monde s'entend. La production de Danger Mouse pour l'extrait des Gnarls Barkley, l'irrésistible Crazy, le place largement favori, même devant You're Beautiful, de James Blunt. La surprise, si surprise il y a, pourrait venir de Corinne Bailey Rae avec Put Your Records On. Une découverte de l'année qui obtient une nomination pour le disque de l'année, ça en dit long sur ce que pense l'Académie.
    Prédiction et préférence: Gnarls Barkley

  • Chanson de l'année: Là, ça va jouer dur entre Be Without You (Mary J. Blige), You're Beautiful (Blunt) et Not Ready To Make Nice (Dixie Chicks). Si le nombre de rotations radiophoniques a du poids, Blunt va gagner, même si nous ne sommes plus capables d'entendre cette chanson. Cette fois, les Chicks ont notre préférence. Not Ready To Make Nice, la chanson, est bien meilleure que le disque du même nom. L'outsider, ici, est Carrie Underwood (Jesus Take the Wheel). Il ne faut jamais sous-estimer le country aux États-Unis.
    Prédiction: You're Beautiful
    Préférence: Not Ready To Make Nice

  • Découverte de l'année: Cette statuette-là, en toute logique, elle va aller à James Blunt, quoi que l'on pense que Corinne Bailey Rae ferait un meilleur choix et que Carrie Underwood va lui livrer la plus forte compétition.
    Prédiction:
    James Blunt
    Préférence: Corinne Bailey Rae

    Dans les autres catégories
  • Meilleure performance pop féminine: Qui peut battre Ain't No Other Man, de Christina Aguilera?
  • Meilleure performance pop masculine: Ça, ca devrait être pour John Mayer avec Waiting On the World to Change.
  • Meilleur disque dance: Madonna n'ayant pas été annoncée à la soirée, on parie que Sexy Back, de Timberlake, va battre Get Together, de la Madonne.
  • Chanson rock: S'il y a une justice, Someday Baby de Bob Bylan devrait devancer Chasing Cars de Snow Patrol, tant il a été boudé cette année en dépit d'un disque qui a été salué partout sur la planète.
  • Disque alternatif: On souhaite que les Arctic Monkeys s'imposent, mais que ça soit les Flaming Lips, les Yeah Yeah Yeahs ou Tom Yorke nous ferait autant plaisir.

    Un marché menacé plus que jamais

    À quelques heures de la grande fête de la musique, l'industrie canadienne de la musique se situe-t-elle au même point qu'aux États-Unis? Disons qu'elle vit les mêmes problèmes et qu'elle tire quelque peu de la patte.

    Quand on compare les statistiques lors des deux dernières années, il est clair que le recul de l'industrie canadienne est un peu plus prononcé que celui d'autres pays au plan international. En janvier, l'Industrie phonographique internationale soulignait que les ventes de musique avaient chuté de quelque trois pour cent pour l'ensemble de 2006.

    En novembre 2006, la perte en regard des 12 mois précédents était de l'ordre de 12 pour cent au Canada. Pour 7,5 millions de compacts mis en marché en 2005, on en comptait 6,7 millions l'an dernier.

    La chute était encore plus vertigineuse en regard du DVD qui devait pourtant assurer la survie de l'industrie. Ainsi, les 958 000 DVD envoyés en magasin à l'approche de Noël 2005, sont passés à 612 000 unités en 2006.

    Si 2006 affiche une baisse de 12 pour cent par rapport à 2005, ça ne fait que confirmer la tendance des dernières années.

    L'année 2000 s'était conclue par une baisse de 5 pour cent -tous formats confondus- par rapport à 1999. Les années 2001 (- 6 %), 2002 (- 5 %), 2003 (- 4 %), 2004 (+ 1 %) et 2005 (- 4 %) ont toutes affiché des baisses par rapport à l'année précédente, sauf l'année 2004.

    Pourtant, dieu que l'on a vu des disques obtenir le statut platine au Canada et au Québec en 2006. Que ce soit par l'entremise de Nelly Furtado, Billy Tallent, Gregory Charles ou Pierre Lapointe.

    «Les ventes de disques en ligne ne comblent tout simplement pas l'écart creusé par la chute des revenus en magasin, note Don Hogarth, de l'Association canadienne de l'enregistrement. Nous avons encore un marché fragmentaire. Au 1er juin 2006, la valeur de notre marché numérique était de l'ordre de 16 millions $US. À titre comparatif, il était de 508 millions $US sur le territoire des États-Unis.»

    Entente

    En effet, nous sommes loin de l'écart démographique entre les deux pays, les États-Unis étant dix fois plus nombreux.

    «Tous les partenaires démocratiques du Canada ont paraphé l'entente du traité international de la propriété intellectuelle, explique Graham Henderson, le président de l'Association canadienne. La clé de la réforme liée au numérique n'est pas de poursuivre les gens au civil. Ça doit nous permettre de mettre sur pied un nouveau modèle qui va permettre à notre culture de rayonner.

    «Une étude récente démontre que les Canadiens téléchargent de façon illégale de 9 à 15 pour cent de plus que leurs partenaires commerciaux. Globalement, ça fait perdre des milliers d'emplois et des milliards de dollars.»

    Bref, les récentes initiatives mises sur pied par les compagnies de disques et les détaillants risquent d'avoir besoin encore d'un peu de temps avant de freiner cette baisse. Mais peu importent les mécanismes qui seront mis en place, il faudra que le consommateur, justement, accepte de consommer. Sinon, la baisse pourrait se poursuivre.

    Validation de l'image

    Lorsque vous voulez savoir qui a de l'impact et qui n'en a pas au gala des Grammy, il suffit d'observer le parterre du Staples Center avec ses nombreux panneaux de carton posés sur les chaises.

    Installées sur les sièges amovibles depuis deux jours, les pancartes iden- tifiées à tel ou tel groupe, tel ou tel artiste, permettent de savoir qui la caméra pourra aller croquer sur le vif du meilleur angle qui soit.

    Première rangée

    Aux premières rangées, pas de surprises avec les pancartes-photos des revenants du groupe The Police et les multiples nominés que sont Mary J. Blige, Christina Aguilera et Justin Timberlake. On a aussi pensé aux grands du passé avec Tony Bennett et Stevie Wonder, mais il y a également Ellen Degeneres et Jamie Foxx.

    Shakira, les Gnarls Barkley et les Red Hot Chili Peppers viennent au deuxième rang alors que les Dixie Chicks ne se trouvent qu'à la troisième rangée. Doit-on voir là un présage de ce qui les attend lors de la remise ? On verra.

    En attendant, difficile de trouver quoi que ce soit qui puisse mesurer autant la notion de validation de l'image.

    Une production gigantesque

    Normalement, le terrain de jeu des Lakers ou la patinoire des Kings, le Staples Center sera ce soir le site d'un événement plus planétaire qu'une rencontre sportive, soit la 49e cérémonie des trophées Grammy.

    Et à diffusion internationale, moyens imposants. Imposante, en fait, comme cette vaste scène rouge vif sur laquelle Le Journal de Montréal a vu défiler une foule de vedettes depuis deux jours. Tellement vaste avec sa plate-forme supérieure, ses trois étages et ses marches centrales pour descendre au parterre, que l'on peut y installer deux bands.

    En fait, c'est un peu cela qui se produit, dans la mesure que le réalisateur Ken Ehlrich peut se servir d'une portion de la scène pour une performance ou une remise de trophée, alors que l'on s'affaire à préparer un autre numéro avec des artistes qui sont masqués par les panneaux de l'autre bord. Croyez-nous, c'est efficace.

    Cette structure est tellement massive, que lorsque l'on est placé devant elle, on se dit que l'entrée de la salle Wilfrid-Pelletier -pourtant énorme- a l'air d'un placard à balais. Ça vous donne une idée des proportions. Gigantesques.

    Nul doute que le téléspectateur qui se branchera au réseau CBS (retransmis par Global au Canada) dès 20 heures, sera bien servi. La plate-forme centrale de transmission, haute de deux mètres, qui est placée aux deux tiers du plancher, compte l'une des cinq caméras télescopiques (cinq !), en plus de trois caméras normales. À titre comparatif, cette plate-forme est quatre fois plus grosse que n'importe quelle console vue au Centre Bell en dix ans. Et les techniciens ont même droit à des sofas. Ça, c'est le grand luxe. Mine de rien, il n'y a guère plus que 300 sièges au parterre, tant il y a de quincaillerie.

    Pas de marge d'erreur

    Si notre compte est juste, on a dénombré 16 caméras, et ce, c'est tenir compte des caméras portables et des relais audio disposés partout dans les escaliers de l'aréna. Visuellement, avec quatre écrans géants, dont un placé à angle pour les invités qui seront dans les gradins, personne ne peut rien rater. À part le Super Bowl, franchement, on n'a jamais vu un déploiement technique de ce calibre.

    «Tout se fait en une fraction de seconde», explique le directeur artistique, Ricky Minor, qui, au fait, a travaillé dans le passé à la réalisation de sept spectacles de la mi-temps au Super Bowl.

    «La différence ici, c'est que tout, sans exception, est fait en direct. C'est pour ça qu'on met une heure à répéter un numéro qui va durer deux minutes. Il faut que les repères soient parfaits. Nous n'avons pas le droit à l'erreur.»

    En effet, les répétitions prennent du temps, au milieu de cette faune de techniciens consciencieux qui est observée par les attachés des artistes, des médias triés sur le volet et les gens de l'industrie, qui, s'ils ne négligent pas leur BlackBerry, prennent vraiment le temps d'écouter les vedettes répéter. Dans une telle enceinte, les blasés ne sont pas admis.

    Ce que vous allez entendre ce soir

    Smokey Robinson venait tout juste de cesser de chanter que les applaudissements se sont mis à fuser.

    La légende de Motown, toujours classe, a pris le temps de saluer la foule. L'atmosphère a beau être décontractée durant les répétitions, la musique et l'émotion font mouche dans le Staples Center. Entendre The Tracks of My Tears avec une voix si haute perchée que l'on pense que le monsieur a encore 30 ans est exceptionnel.

    Lionel Richie se paie aussi la traite avec une version intimiste de Hello, sur la petite scène. Nous écoutions religieusement. Après coup, Richie admettait son enthousiasme.

    «Peu importe ce que tu as fait, performer ici est toujours un honneur et une responsabilité», nous lance-t-il au passage.

    Robinson, Richie et Chris Brown se partageront un numéro intergénérationnel ce soir, qui sera conclu par le jeune rappeur acrobate. Il fallait voir Brown glisser sur une rampe de plexiglas de trois mètres et s'offrir un saut renversé arrière à l'aide d'un trampoline. Ce numéro devrait faire éclater votre écran de télé.

    Pour sa part, James Blunt était un peu inquiet de devoir écourter You're Beautiful. Il a promis de prendre quelques bières avant sa performance, en espérant «ne pas vomir sur scène».

    Tous au même rythme

    Tout le monde répète, donc, et pas seulement les musiciens. Hier, Chris Rock est venu en coup de vent pratiquer son introduction aux Red Hot Chili Peppers, tandis que Reba McIntire faisait de même pour le segment country, qui sera partagé par Carrie Underwood et les Rascal Flatts. Au programme un hommage à Bob Wills avec San Antonio Rose.

    La jeune chanteuse a du chien. Dix minutes avant de monter sur scène, assisse à nos côtés, elle toussait à fendre l'âme. Underwood va aussi partager Life in the Fast Lane avec Don Henley qui sera honoré par les Grammy, tout comme Joan Baez. Hotel California et Desperado sont également au programme, ainsi que le Not Ready To Make Nice que les Dixie Chicks ont offert avec fougue hier midi.

    Les médias n'ont toutefois pas le droit d'assister à toutes les répétitions. Ainsi, on ne sait pas qui va offrir un hommage à James Brown en chantant It's a Man's Man's World et on ignore ce que The Police va interpréter en ouverture. Mais comme c'est un classique de la première époque, pariez sur Roxanne ou Don't Stand So Close to Me.

    Le band confirmera demain ce que tout le monde sait: il reprendra la route en 2007, 30 ans après la sortie de son premier disque.

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