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EN CONCERT

Un délire signé Diam's

Philippe Rezzonico
Le Journal de Montréal
05-02-2007 | 11h09
L'ovation assourdissante qui suivait l'interprétation de Par amour ne cessait de s'amplifier dans le Métropolis transformé en casbah. Émue, Diam's a croisé les bras pour savourer les hurlements jusqu'à la dernière goutte.

«Je suis à des milliers de kilomètres de chez moi et je flippe comme si je donnais un concert dans le 91», a dit la Française à la foule déchaînée, ajoutant dans un semblant d'accent québécois: «Vous êtes écoeurants!»

Le 91 auquel Diam's faisait allusion, c'est le numéro du département français où elle a grandi, dans sa France à elle, métisse et multiculturelle.

Samedi soir, le Métropolis n'était plus situé rue Sainte-Catherine: il avait été téléporté en un lieu qui pourrait être la banlieue Saint-Denis (à Paris) ou le port de Marseille. À l'intérieur, le bleu, blanc, rouge avait de sérieuses allures de black, blanc, beur. Les mecs mortels et les meufs se côtoyaient dans la salle, où l'argot n'avait de secret pour personne.

Rap fougeux

La salle, archi-comble, était farcie de Québécois, mais aussi d'émigrés francophones de toutes les races provenant de la France, du Maroc, d'Algérie ou d'autres pays arabes. Ce parterre, digne d'un brasier, renvoyait à Diam's ses origines françaises et arabes, qu'elle défend bec et ongles.

Avec un DJ, un musicien multi-instrumentiste (claviers, guitares, saxo) et trois choristes, le soutien technique et humain de Diam's semblait presque minimaliste, mais l'impact était maximal tant elle propose un rap fougueux et intelligent.

Big Up, offerte à toutes ses soeurs - Dieu qu'il y avait des filles! -, a provoqué la frénésie et une marée de mains en l'air, tout comme Jeune Demoiselle, qui est vraiment le miroir de l'âme des filles qui se reconnaissent en Diam's.

Cette dernière, émue de l'accueil tonitruant des Québécois, a fait un joli clin d'oeil en reprenant Montréal, d'Ariane Moffatt, tout en modifiant «Je reviens à Montréal» par «Je chante à Montréal». Le toit a failli exploser.

Cités française

Mais c'est avec son volet politique que Diam's a fait le plus d'effet. Délaissant le pantalon blanc et le chemisier rouge pour la tenue de combat, elle a groupé Ma France à moi, Cause à effet et Marine - dédiée à Marine Le Pen, fille de Jean-Marie, président du Front National (FN), parti d'extrême droite français.

Diam's a ainsi revendiqué la tolérance, l'intégration, le droit de parole et le respect en fusillant le FN au passage.

À la question «J'emmerde qui?» il fallait entendre cette foule montréalaise hurler «Le Front National!» comme si nous étions tous des immigrants vivant dans les cités françaises. Géant!

Cette foule a été immense toute la soirée, chantant Confessions nocturnes, Dans ma bulle et La Boulette avec Diam's qui était sidérée de voir que les Québécois connaissaient ses chansons par coeur.

La Française, qui dirigeait la foule avec la maîtrise de -M-, a harangué ses fans en transe durant deux heures, laissant de la place aux variations douces avec Feuille blanche, Par amour et l'émouvante Petite Banlieusarde, offerte en clôture, qui a permis de constater que même avec un statut désormais international, Diam's sait pertinemment d'où elle vient.

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