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«L'Industrie de Noël» - Peu de CD d'artistes québécois en 2006
La Volée de castors devrait en faire danser plus d'un.

«L'INDUSTRIE DE NOËL»

Peu de CD d'artistes québécois en 2006

Philippe Renault
Le Journal de Montréal
18-12-2006 | 06h17
Après avoir eu droit à plusieurs grands noms de la chanson québécoise au cours des dernières années, il faudra vraisemblablement se tourner vers le marché anglophone en ce temps des fêtes afin de renouveler sa discothèque de musique de Noël.

Les artistes québécois sont effectivement peu nombreux en 2006 à être entrés en studio pour nous offrir les plus belles mélodies du temps des fêtes.

La figure la plus connue à avoir endisqué cette année est sans contredit Johanne Blouin, qui vient de lancer l'album simplement intitulé Noël, dans lequel elle chante en duo avec sa fille, Élizabeth Blouin-Brathwaite, à plusieurs reprises.

Soeur Angèle s'est de son côté associée à plusieurs artistes pour présenter Le Noël angélique. On peut y entendre notamment Ginette Reno, France Castel, Cassiopée, Marco Calliari et Antoine Gratton chanter au profit de la Fondation dignité jeunesse.

Du côté de la musique traditionnelle, La Volée d'castors présente L'Album du temps des fêtes, qui devrait certainement en faire danser plus d'un durant les nombreux partys qui se dérouleront au cours des prochaines semaines.

Les plus nostalgiques voudront se procurer le CD/DVD Soirée canadienne, tiré de la populaire émission de télévision.

Les gens qui préfèrent la variété se dirigeront de leur côté vers Les Plus Grands Succès de Noël de Rythme FM, un CD/DVD qui met en vedette une panoplie d'artistes, dont Mario Pelchat, Bruno Pelletier, Michael Bublé, Frédéric De Grandpré, Marie-Chantal Toupin, Robert Charlebois, Beau Dommage, Laurence Jalbert, Judi Richards et Jean-Pierre Ferland.

Il ne faudrait finalement pas passer sous silence Dan Foley fredonne Noël. Pas très sérieux comme démarche artistique, mais ce dernier suscite présentement beaucoup de réactions en ne faisant que fredonner a capella des classiques de Noël. Un album qui vise directement les gens qui sont tombés sous le charme du très sympathique Normand L'Amour il y a quelques années.

Du côté anglophone

Wintersongs de Sarah McLachlan

La cuvée 2006 se veut plus riche du côté anglophone. La chanteuse canadienne Sarah McLachlan propose tout d'abord Wintersongs, qui devrait certainement connaître un franc succès au Québec.

Les coeurs de rocker trouveront quant à eux leur compte avec Twisted Sister, qui propose Twisted Christmas.

Gros hit depuis plusieurs années, A Charlie Brown Christmas, de Vince Guaraldi, devrait connaître un second souffle parce qu'Universal a décidé de lancer une édition remasterisée de l'album.

Parmi les autres artistes anglophones majeurs à souligner Noël à leur façon, on note Bette Midler avec Coll Yule, Lionel Richie avec Sound of the Season, James Taylor avec At Christmas ainsi que plusieurs artistes, incluant Rufus Wainwright, qui se sont réunis pour offrir Elton John's Perfect Christmas.

Les amateurs qui désirent se procurer l'essentiel des airs connus se dirigeront quant à eux vers Best Christmas 100, un coffret de six disques regroupant 100 chansons marquantes. Il y en a pour tous les goûts avec des interprétations de Dean Martin à Norah Jones, en passant par The Beach Boys, Bing Crosby et Kate Winslet.

Il y a beaucoup de préjugés

Même si son album Noël, parle-moi s'est envolé à plus de 20 000 exemplaires durant le mois de décembre 2005 et qu'on peut s'attendre à des ventes se chiffrant à près de 10 000 unités cette année, ce qui constitue un de ses meilleurs succès depuis plusieurs années, Marie Denise Pelletier affirme ne pas s'être lancée dans l'aventure du disque de Noël pour donner un second souffle à sa carrière.

«Ça n'a pas eu tant d'impact que ça. Ce n'est pas comme Marie Michèle Desrosiers, qui a vraiment relancé sa carrière grâce à ses disques de Noël», allègue celle qui n'a pas offert d'album de chansons originales depuis plus de six ans.

Elle affirme que cette entreprise n'était en fait qu'une suite logique à sa carrière.

«Dans mon cas, ce n'était qu'une continuité. J'avais déjà fait un spectacle de Noël avant et je me dirigeais vers ça.

«Honnêtement, j'étais heureuse de le faire, cet album, parce que ça faisait longtemps qu'on me le demandait, mais je résistais toujours», soutient Mme Pelletier.

Trop de préjugés

Celle qui s'est fait découvrir en 1982 lors de sa participation au Festival international de la chanson de Granby est tout à fait consciente des préjugés entourant les disques de Noël. Elle soutient avoir pris cette décision strictement dans une optique personnelle, et non dans le but de se donner une visibilité instantanée, comme les mauvaises langues pourraient le prétendre.

«Je pense qu'il y a trop de préjugés envers les albums de Noël et c'est pour ça que j'ai essayé d'interpréter des tounes un peu moins connues. J'ai toujours adoré le répertoire des fêtes et je l'ai fait pour plaire au public uniquement. Si les critiques ne sont pas séduits, c'est leur problème», conclut-elle.

«On m'appelle maintenant la chanteuse de Noël!»

Marie Michèle Desrosiers
Rares sont les artistes québécois à avoir plongé à deux occasions dans l'enregistrement d'un disque de Noël, comme l'a fait Marie Michèle Desrosiers en 1996 et en 2002. Inévitablement, on l'associe aujourd'hui à ce créneau, ce qui ne semble pas lui déplaire. «On m'appelle maintenant la chanteuse de Noël. Mais pourquoi pas, ça m'amuse!», lance-t-elle.

L'ancienne membre de Beau Dommage reconnaît du même souffle que d'avoir pris cette direction artistique a indéniablement donné une grande poussée à sa carrière, surtout qu'elle n'avait pas offert d'album depuis 11 ans lorsqu'elle a décidé de s'associer à la fête de Noël pour la première fois.

Marie Michèle Desrosiers chante les classiques de Noël s'est jusqu'à maintenant vendu à environ 250 000 exemplaires. Pour ce qui est de Marie Michèle Desrosiers chante Noël avec le Choeur de l'Armée rouge, il a trouvé preneur dans 100 000 foyers.

«Je ne pensais pas connaître autant de succès et j'en suis très contente. C'est évident que cela a eu un gros impact sur ma carrière», reconnaît-elle.

Les temps changent

La chanteuse ajoute ne pas avoir réfléchi au fait que beaucoup considèrent ceux qui se lancent dans l'enregistrement d'un album de Noël comme des artistes en mal d'attention. Elle spécifie à ce sujet que l'industrie a beaucoup évolué au cours des dernières années.

«Il y a eu une époque où les disques de Noël étaient faits rapidement, avec un petit budget. Les chanteurs étaient pressés dans le temps pour que le disque arrive dans les entrepôts en octobre. Mais à partir du moment où André Gagnon a fait son album de Noël, en 1992, il y a eu un coup de barre important.

«Je pense que chaque artiste a des raisons différentes pour faire ça, mais moi, je ne l'aurais pas fait si je n'avais pas aimé la période des fêtes. Je suis loin de l'avoir fait comme un cheveu sur la soupe», indique-t-elle.

Se dissocier

Mais Marie Michèle Desrosiers ne cache pas que le temps de se dissocier de Noël est venu. Elle envisage de monter sur scène dans les prochains mois afin d'offrir un tout nouveau spectacle davantage personnel.

«Je suis en écriture pour un nouveau spectacle qui devrait commencer en février. Ça va me permettre d'aller ailleurs. Ce sont des textes nouveaux et je pense que les gens vont voir autre chose de moi», mentionne-t-elle.

Un marché très lucratif

Marie Denise Pelletier

Les produits de Noël peuvent représenter jusqu'à 10 % des ventes totales des disquaires durant le mois de décembre. Il s'agit donc d'une entreprise extrêmement lucrative, tant pour les artistes que pour les maisons de disques et les disquaires.

Le gérant des catégories musique populaire francophone et albums de Noël chez Archambault musique, Éric Laflamme, explique que dès les premiers flocons de neige, c'est la cohue dans les commerces pour se procurer un album nous mettant dans l'ambiance des fêtes.

«Dès le premier week-end de décembre ou encore du moment qu'il y a la première neige, comme ce fut le cas la semaine dernière, c'est la folie. En 2005, de 8 à 10 % des ventes de décembre étaient des albums de Noël», indique-t-il.

On peut ainsi dire que ces chiffres représentent en bout de ligne un extra pour les artisans du milieu de la musique. C'est du moins l'avis du président des Disques Victoire, Serge Brouillette, derrière la sortie de l'album Noël, parle-moi, de Marie Denise Pelletier.

«C'est effectivement un 10 % qui n'existe pas ailleurs durant l'année et ça paraît sur le chiffre d'affaires d'une compagnie de disques. En plus, c'est la période de l'année où les gens achètent le plus. Environ 70 % du chiffre de ventes de la compagnie se fait entre octobre et décembre», mentionne-t-il.

Ce dernier ajoute qu'il s'agit d'un investissement à long terme parce que que la durée de vie d'un tel produit s'échelonne sur de nombreuses années.

«Le disque peut ressortir tous les ans et ça se revend toujours. Ça ne vieillit pas», souligne-t-il.

Marché saturé

Il est vrai que les artistes ayant profité de cet engouement au cours des dernières années sont nombreux, peut-être même trop selon le président des Disques artiste, Paul Lévesque.

Celui qui a produit en 2003 Concert de Noël de Bruno Pelletier, vendu à 160 000 exemplaires, remarque même que l'industrie commence quelque peu à se fermer à cet univers.

«Nous ne sommes maintenant plus assurés de connaître du succès avec un disque de Noël. L'an passé, certains gros albums n'ont pas bien fonctionné. J'étais sûr, par exemple, que L'École des fans se vendrait à 50 000 exemplaires, mais ce n'est pas ça qui s'est produit», note-t-il.

Selon M. Lévesque, cette situation explique que les artistes québécois à s'être lancés dans l'aventure du disque de Noël sont moins nombreux en 2006 qu'au cours des dernières années.

«Les gens sont pas mal saturés cette année. Le prochain gros nom qui va tenter sa chance va courir un risque», prétend-t-il.

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