DAMIEN ROBITAILLEDe l'Ontario au QuébecPhilippe Rezzonico Journal de Montréal 15-10-2006 | 13h54
Après écoute du disque, qui sera en magasin mardi prochain, on se dit que l’homme qui ressemble à Robitaille doit avoir des similitudes avec le jeune barbu un tantinet gêné et fort sympathique qui se trouve devant nous. D’autant plus vrai que les compositions de L’homme qui me ressemble sont liées à l’instant présent. « Toutes les chansons sur le disque ont été écrites il y a moins de deux ans, confirme Robitaille, sauf deux, Je tombe et Astronaute, qui étaient déjà sur mon premier disque, autoproduit en Ontario, qui est sorti en 2003. Ce nouveau disque, c’est mon premier disque commercial », ajoute-t-il avec un sourire éclatant et moqueur. Pour un disque « commercial », on peut dire que L’homme qui me ressemble est plutôt à l’image de son auteur-compositeur que voué à des formules préfabriquées. La variation des rythmes, les couleurs musicales, les textes plutôt observateurs et imagés qu’autobiographiques, tout, sur le disque, nous fait penser à un artiste provenant du champ gauche, vaguement abstrait et tout à fait sensible. Plus étoffé Là où l’on sent la « machine » Audiogram – et ce n’est pas un reproche –, c’est au plan de la qualité de la production et de la recherche musicale. Quiconque a vu Robitaille sur scène au cours de la dernière année, que ce soit en solo, lors de la tournée du ROSEQ ou par l’entremise des soirées collectives Toutes les filles Tous les garçons, sait à quel point le musicien est issu de la veine folk-country, lui qui écoute Hank Williams à satiété. Ce disque nous le présente sous un jour plus étoffé. « Sur scène, je joue tout le temps tout seul. Le défi, c’était de trouver les bons arrangements pour enrober la musique, pour que Damien ne se noie pas dans les instruments. J’avais donné pas mal de liberté à Mathieu Houde et Jean-François Lemieux au plan artistique pour ce qui est des arrangements. » Réalisé par Lemieux et Simon Godin, ce disque de Robitaille évoque l’immensément grand (Voyeur planétaire, Astronaute, Mon Atlas) et l’infiniment personnel (Cercles, Tous les sujets sont tabous). « J’écris ce que je ressens. Une chanson comme Mètres de mon être comprend le gros et le petit tout à la fois. Je suis un peu observateur. J’aime regarder les gens dans la rue. Et puis il y a parfois des jeux de mots qui viennent tout seuls. » Collages d’inspirations Et quand on a 25 ans et qu’on a une belle gueule, il est impossible d’ignorer les femmes. Ici, les plus spectaculaires sont celles évoquées dans Électrique et Sexy Séparatiste. « Électrique, c’est une chanson à boucle qui se termine avec une rupture. Pourtant, l’inspiration, c’est pas une femme, mais une panne d’électricité de deux jours qui avait touché l’Ontario et la région de New York. J’aime ça, jumeler deux sujets. Avec les femmes, c’est toujours plus intéressant. « Sexy Séparatiste, ça résume mon arrivée au Québec. Ça parle de mon amour pour la province, pour la langue, mais aussi pour une fille. Un autre jumelage. » Et il y a aussi les collages visuels, comme ceux représentés par les illustrations dans le livret du disque. « À l’école, quand j’étais petit, on apprenait la musique francophone avec La Bonne Chanson. Ça remonte aux années 40, je crois, et c’était envoyé par les curés dans les écoles. Chaque chanson était illustrée dans un livre et j’aime bien pouvoir représenter une chanson par un dessin quand je la compose. » |