PIERRE FLYNNUne carrière menée rondement14-10-2006 | 20h31
Pierre Flynn se souvient de ses premiers pas et des balbutiements d’un showbusiness québécois naissant. Revendicateur, à grand renfort de décibels et d’accords de guitare, le chanteur du groupe Octobre s’accordait à la couleur du temps. «Nous étions musicalement aventuriers, dit-il. On cherchait la recette de la liberté. On se foutait des conventions. Nous allions dans le sens du désir du peuple avec un grand appétit. » Le p’tit frère Flynn a réalisé son premier album il y a 35 ans, à une époque fascinante. Au même moment, Beau Dommage, Harmonium, Les Séguin faisaient le choix du rock en français. «Charlebois avait ouvert la porte avant nous, mais nous étions ses petits frères et ses petites soeurs. Nous avions tout un nouveau territoire à exploiter, un pays à défricher. » Pierre Flynn est content d’avoir vécu à ce moment. Il y avait eu un appel à la différence et à la distinction. Les Québécois écoutaient King Crimson et Beau Dommage sans faire de discrimination. On tripait sur tous les tableaux. Pierre Flynn a survécu, par la suite, à bien des crises. S’il n’a pas toujours été la «saveur du mois», il se félicite d’être encore de son époque. Son caractère «boqué» lui a permis de passer à travers bien des crises. «Il faut se méfier des modes. Un artiste doit être de son temps et vibrer au même vibrato que ses contemporains sans entretenir la nostalgie. Bob Dylan, après 40 ans, demeure encore un des plus grands vendeurs de disques du monde… Miles Davis a été le plus grand musicien de notre époque. »
Un débutant Dans ce premier volet d’une série consacrée aux claviéristes, Pierre Flynn est le sujet d’un doublé qui le ravit. Après deux ans et demi d’une tournée dans la province qui l’a amené à mettre au premier plan ses chansons et son jeu au piano, on met le focus sur sa carrière. Il n’avait jamais eu cette audace. Longtemps, l’auteur-compositeur et interprète avait hésité avant de monter ce spectacle solo, Vol Solo, dénudé de tout artifice, dont il offre ce soir de beaux moments. «J’ai longtemps craint que mes chansons ne soient pas viables. Je les ai travaillées l’une après l’autre jusqu’à ce qu’elles soient à mon goût. J’ai mis de côté ma peur d’offrir un show plate. » Maintenant, il réalise qu’il est allé jusqu’au bout et il sent le temps venu de se retrouver dans la solitude de l’auteur. Le spectacle solo l’a forcé à incarner complètement les chansons et c’est probablement cette couleur qu’il donnera à la prochaine cuvée. «La musique est le meilleur véhicule pour revendiquer une certaine liberté, souligne-t-il. Je n’ai jamais eu une once de regret par rapport à mon métier. Mon défi est de continuer dans un monde qui divise. Je vais contre ces mentalités avec la détermination qui est la mienne depuis le début. »
Coups durs Parallèlement, il a consenti à faire partie de la distribution de Dracula, cette fresque musicale imaginée par son ami et confrère Bruno Pelletier. Il en est fier. «Nous sommes six protagonistes bien différents. Entre nous, il n’y a pas de cas d’ego. Contrairement à mon travail d’auteur-compositeur, je me retrouve en collectivité. Je m’y sens bien. C’est un show intense et élégant qui me fait apprendre énormément. Je suis, à ce niveau, un total débutant comme tous mes acolytes. Pour moi, cette expression théâtrale est une grande découverte. » Dans la mouvance des 35 dernières années, Pierre Flynn, en marge d’un clinquant star-système, est un consciencieux dans toutes les façons de décliner l’art. Il affirme être heureux et considère fièrement la chance d’être dans le coeur du public. |