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5:55 - Fréquence Gainsbourg
© Journal de Montréal
Charlotte Gainsbourg

5:55

Fréquence Gainsbourg

Philippe Rezzonico
Journal de Montréal
07-10-2006 | 16h19
Le premier disque de l’adolescente était chapeauté d’un titre anglophone. Le premier compact de la femme assumée est un album en anglais. De l’antérieure réalisation paternelle de Serge à la livraison contemporaine dans la langue maternelle de Jane, c’est toujours Gainsbourg qui s’impose.

Entre le vinyle de 1986 (Charlotte for Ever) et le compact de 2006 (5:55), le monde de la musique a bien changé et l’adolescente espiègle est devenue une actrice de premier plan.

Hormis les intermèdes que furent un duo avec Étienne Daho (If) et la chanson du film Love etc., c’était le silence radio sur la fréquence Charlotte depuis 20 ans. Et ce silence, rompu par 5:55, on a un peu l’impression qu’on le doit aux collaborateurs de Gainsbourg fille, soit le duo français de Air (Jean-Benoît Dunckel, Nicolas Godin), le compositeur Jarvis Cocker (ex-Pulp) et le réalisateur Nigel Godrich (Radiohead, Beck).

«J’en avais envie. Vraiment envie, assure-t-elle, de sa voix aussi aérienne en personne qu’elle est diaphane sur disque. Mais c’est clair que sans soutien, ça aurait pu prendre encore des années.»

En anglais dans le texte
Si les Québécois ne peuvent se résoudre à entendre Charles Aznavour chanter en anglais sur scène à Montréal, on souhaite qu’ils fassent preuve d’ouverture envers la fille de Gainsbourg qui n’avait nullement envie de souffrir de la comparaison avec son monument de père.

«C’est la première raison du choix de la langue. Je ne pouvais envisager de faire cet album sans avoir de liberté et devoir toujours me comparer à mon père. Et après, je me suis sentie très libre avec l’anglais. C’est légitime, puisque c’est la langue dema mère.»

Projet commun mis en chantier par Gainsbourg, les gars de Air et Godrich, le disque s’est heurté à des contraintes d’écriture assez tôt. «Je n’arrivais pas à écrire et Nigel a tout d’abord fait appel à Neil Hannon (Divine Comedy) qui est venu nous écrire quelques textes. Puis, on a galéré sérieusement, et la présence de Jarvis s’est faite sur le tard. De faire appel à des auteurs anglais, c’était une évidence pour Nigel qui était beaucoup plus à l’aise dans cette langue.»

Paroles et musique
Si Charlotte voulait se distancer de l’héritage de parolier et de compositeur de son père, elle n’avait aucune réticence à en épouser le legs musical. L’auditeur attentif de 5:55 repérera ici et là des sons, des instruments et des ambiances qui font penser à Bonnie&Clyde et à Melody Nelson.

«J’avais beaucoup de plaisir à entendre une ligne de basse qui faisait penser à telle chanson de mon père. J’étais très heureuse de voir ces touches de références. Tant que c’était musical, ça me faisait plaisir. Si cela avait été dans les mots, donc dans la manière d’interpréter, ça aurait été pénible. Mais ça n’a pas été quelque chose de délicat, parce que ça n’a pas été fait sous forme d’hommage.»

Si personne n’accusera Charlotte Gainsbourg d’être une actrice qui lance un disque parce que c’est la tendance du moment – elle l’a fait il y a 20 ans –, on se met à rêver en se disant que, peut-être, elle pourrait oser le défendre sur scène. «Cette transposition à la scène… Je me pose la question. On me la pose… (rires) Je suis dans un flou quant à savoir si je peux transposer cet album-là en live. J’ai eu tellement de bonheur à le réaliser en cocon. Je ne me vois pas monter sur scène. Je ne sais pas si c’est mon truc et je ne peux faire référence à quoi que ce soit, car je n’ai pas de référence. Quand je vois à quel point je suis tracqueuse durant une émission de télé, je me dis que ce n’est pas la peine. Mes parents eux-mêmes sont montés sur scène après des années de carrière. Il faut qu’il y ait un désir.»

Dès le départ, je me sentais plus limitée dans mon langage musical, dit-elle. La façon de communiquer, pour moi, c’est par les films. Que ce soit des références de films, des phrases, des ambiances, c’était toujours cinématographique. Cela a été pour moi le seul moyen de faire cet album.»

Pour échafauder sa structure et une partie de ses histoires, la fille de Jane Birkin a donné des repères précis à ses co auteurs, soit Le Magicien d’Oz, La Nuit du Chasseur de Charles Laughton et Los Olvidados, de Luis Bunuel, ce qui a mené à un disque que l’on qualifiera de nocturne.

«Le sujet de la nuit et celui des rêves, c’est assez évident. Il y a aussi un côté onirique, un côté un peu cauchemardesque et quelque chose d’irréel. Du genre The Shinning

Rayon textes, on parle d’écriture à plusieurs mains. « Une chanson comme 5:55, par exemple, était un texte en français traduit par Jarvis Cocker. Il l’a amené ailleurs. AF (AF607105), c’est né d’une discussion sur les avions. Et une chanson comme Beauty Mark, elle a été amorcée par Air, Neil a réécrit dessus et Jarvis l’a terminée. » Quand à sa propre capacité d’écrire, Gainsbourg demeure modeste.

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