Accueil Divertissement
 
Future of music policy - Repenser la musique
©Mark Johann, 2005

FUTURE OF MUSIC POLICY

Repenser la musique

David Patry
Le Journal de Montréal
06-10-2006 | 07h00
David Byrne et plusieurs autres sommités discutent à Montréal de l'avenir de la musique.

Les maisons de disques ne sont plus un passage obligé pour les artistes, qui peuvent profiter de la montée d'Internet et du format numérique pour tenir les rênes de leur carrière. C'est le portrait que brosse David Byrne de l'industrie de la musique.

De passage à Montréal pour le sommet Future of Music Policy, un important congrès qui rassemble des membres de l'industrie musicale d'un peu partout dans le monde, l'ancien leader du groupe Talking Heads a présenté sa vision du rôle des maisons de disques.

Selon lui, ces entreprises devront s'adapter, car le support CD est voué à disparaître au profit du numérique.

Le musicien parle en connaissance de cause. Tout au long de sa carrière, qui s'étale sur trente ans, il a brassé des affaires avec des maisons de disques, en plus d'en tenir une pendant une douzaine d'années.

Frais coupés

Outre la distribution physique de la musique, les compagnies de disques remplissent le rôle de bailleurs de fonds. Cet autre rôle perd tranquillement de son utilité, les nouvelles technologies permettant de produire de la musique à moindre coût.

Pour enregistrer un disque, il n'était pas rare de débourser jusqu'à 30 000$ pour défrayer les coûts du studio et les salaires des musiciens. Un montant qu'assumaient les maisons de disques en échange d'un contrat avec l'artiste.

«Aujourd'hui, vous pouvez enregistrer un disque à peu de frais à l'aide d'un simple ordinateur portable, et le produit final n'est pas tellement loin de ce qui est possible d'enregistrement avec les méthodes traditionnelles», explique-t-il.

Les risques étant moins élevés, le rêve de produire un disque devient accessible à un plus grand nombre d'artistes, qui n'ont plus besoin des compagnies de disques.

Le format numérique élimine également le coût de production du CD, les frais de transport ainsi que les coûts associés à la vente dans un magasin de disques.

Problèmes

Seule ombre au tableau, les sites de téléchargement de musique en ligne ne sont pas adaptés aux besoins des consommateurs, estime David Byrne.

«Les restrictions sur la copie sont un paquet de troubles, et elles ne sont pas aussi essentielles qu'on le pense, dit-il. C'est une question de temps avant qu'ils s'en rendent compte.»

David Byrne déplore que les artistes n'obtiennent pas une plus grande part de profits lorsque leur art est vendu sur Internet. Les risques étant diminués, il juge que les compagnies ne méritent pas autant d'argent. «Si les artistes se mettent ensemble, ils peuvent couper les intermédiaires», insiste-t-il.

Visa, visa pas...

Le Festival international de jazz de Montréal souffre de la bureaucratie américaine. Des artistes étrangers n'arrivent pas à obtenir leur visa à temps, conséquence fâcheuse du 11 septembre 2001.

Les groupes qui viennent à Montréal poursuivent souvent leur tournée au sud de la frontière, les forçant à se frotter à l'administration américaine.

«Faire une tournée canadienne, ce n'est pas rentable pour les artistes. Il y a trop de distance et pas assez de population», affirme le directeur de la programmation du festival, Laurent Saulnier.

S'ils n'obtiennent pas leur visa américain, les groupes ne peuvent tout simplement pas se permettre de venir à Montréal.

Laurent Saulnier donne en exemple le groupe Sierra Leone Refugees All Stars, qui a dû patienter neuf mois avant d'obtenir son visa pour jouer aux États-Unis. «En plus, ils étaient parrainés par l'ONU», soupire-t-il.

Au Canada, les délais ne sont pas aussi longs, et l'organisation du festival arrive à faire des pressions pour les cas les plus urgents. Pour aller plus vite, les autorités américaines exigent quant à elles un montant supplémentaire de 1000$US.

«Les gens qui font de la musique du monde n'ont tout simplement pas les moyens de se payer ça», déplore Laurent Saulnier, qui voit dans la situation une sorte de protectionnisme, mais aussi un brin de paranoïa de la part des Américains.

Le représentant du Consulat des États-Unis, Jim Thompson, était présent lors de la table ronde d'hier. Il a tenté de se faire rassurant, insistant pour dire que les États-Unis ne souhaitent pas tourner le dos au reste du monde. «Nous espérons que les ralentissements soient amoindris avec le temps», affirme-t-il.

haut