VOÏVODL'étonnante genèse de KatorzPhilippe Rezzonico Le Journal de Montréal 10-09-2006 | 07h55
Katorz, le 14e disque de Voïvod lancé le mois dernier, est donc une pierre que l’on n’attendait pas voir s’ajouter à l’édifice bien charpenté du band québécois qui a des fans dans nombre de pays. Un peu comme Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr l’avaient fait avec les derniers enregistrements de John Lennon il y a dix ans, les autres membres de Voïvod se sont servis des dernières pistes de guitares enregistrées par celui que les proches et les fans appelaient affectueusement «Piggy». Il y a deux ans, D’Amour avait enregistré plus d’une vingtaine de pistes de guitares à San Francisco, où réside l’ex-Metallica Jason Newsted, qui a été partie prenante de Voïvod ces dernières années. «Denis a enregistré 23 chansons avec Jason à San Francisco, tout ça en session Pro Tool, explique le batteur Michel Langevin. De retour au Québec, il a réenregistré toutes ses pistes de guitares sur son ordinateur, ainsi que ses doubles rythmes. Nous, on n’était même pas conscients que Denis avait tout terminé.» C’est alors qu’il lui restait une semaine à vivre, un peu après le spectacle du Café Campus avec Aut’Chose en 2005, que D’Amour a dit à ses amis qu’il avait des pistes en réserve. Non seulement les copains n’avaient pas le cœur à la fête après son décès, mais Langevin avait des craintes quant à la qualité sonore. Performances impeccables
«Pourtant Jason aussi avait des doutes, poursuit Langevin. Lui et Denis avaient enregistré les pistes de bases sur le balcon de Jason. Il disait: O.K.? Next! On a travaillé 14 chansons autour de ces pistes et il en reste 13 à terminer pour le prochain album.» Non seulement y aura-t-il donc un 15e disque de matériel original de Voïvod, mais la réalisation de Katorz va pouvoir être suivie de plus près. Les réalisateurs américains du documentaire Metal: A Headbangers Journey ont gravé pour la postérité les sessions d’enregistrement du disque de Voïvod. «Ils sont venus filmer quand on a fait l’enregistrement des chansons et ils vont venir pour les prochaines. En fait, ils font un documentaire sur Voïvod. On doit aussi retracer des archives de Radio-Canada et Télé-Québec. Denis avait aussi filmé beaucoup en tournée. Nous avons à notre disposition des bandes d’archives considérables.» Et la suite? Si la réédition du catalogue passé ainsi que des DVD peuvent s’ajouter au corpus du band, rien n’est éternel. À un moment, Langevin, Denis Bélanger et, qui sait, Jason Newsted devront se poser la question: Voïvod sans Piggy, est-ce possible? Peu importe, Langevin gardera un souvenir ému de ses années avec D’Amour. «On est devenus plus un groupe-culte qu’un groupe populaire et on a dû s’exporter dans plusieurs pays pour ouvrir des portes. Après un premier contrat à Los Angeles, on a enregistré à Berlin. On s’est inspirés des Iron Maiden, Judas Priest et des Dead Kennedys et on ouvrait pour Panthera et Slayer. On a même vécu la renaissance avec Korn et Limp Bizkit. Finalement, on a eu une belle carrière de 25 ans.» |