MALGRÉ GEORGE W. BUSH...Les Dixie Chicks au Centre BellPhilippe Rezzonico Le Journal de Montréal 11-08-2006 | 08h02
«Les billets se sont très bien vendus, explique Christine Montreuil, porte-parole du Groupe Gillett. Il n'en reste qu'une poignée en raison d'une modification de la position de la scène.» Les billets de cette tournée se sont envolés comme des petits pains chauds dans le nord-est des États-Unis et au Canada, mais cinq villes du Sud (Memphis, Oklahoma City, Indianapolis, Tampa et Fresno) ont refusé d'accueillir les filles. Au pays de l'Oncle Sam, la liberté d'expression a un prix quand on s'attaque au président. «Honteuses» «Nous sommes honteuses que le président des États-Unis soit originaire du Texas.» Voilà la phrase, toute simple, cinglante et lourde de conséquences que Natalie Maines a lancée entre deux chansons lors d'un spectacle présenté au Shepherds Bush Empire de Londres, le 10 mars 2003. La chanteuse faisait ce commentaire alors que les États-Unis s'apprêtaient à envahir l'Irak sans le consentement des Nations unies. Diffusée par le quotidien The Guardian, la déclaration trouvait écho en Amérique dans les heures qui suivirent. Les chaînes d'information continue, les animateurs de radio et la droite religieuse ont lapidé le groupe. On n'avait pas vu un tel phénomène aux États-Unis depuis que John Lennon avait déclaré que les Beatles étaient aussi grands que le Christ. Censure Commentaires haineux, boycott de leurs disques, accusations de traîtrise à la nation, refus de diffuser leurs chansons, surnoms d'«Anges de Saddam» et de «Dixie Sluts», Maines, Emily Robison et Martie McGuire auront tout vu, tout entendu. Maines a dû faire protéger sa résidence en permanence, des ordures ont été déversées sur le terrain de Robison et le chauffeur de tournée de Maguire a remis sa démission. Le chanteur country de droite Toby Keith s'est même servi dans ses spectacles d'une affiche où Maines et Saddam Hussein étaient vus côte à côte. Certains artistes de premier plan ont fait contrepoids en faveur du trio texan. Madonna et Bruce Springsteen sont montés aux barricades, ce dernier signant une lettre incendiaire visant à défendre la liberté d'expression. Une fois le choc passé, les Chicks ont répliqué avec quelques coups d'éclat, notamment en faisant la une du magazine Entertainment (mai 2003), où elles posaient nues, seulement décorées de slogans haineux ou de mots d'appui. Critiques de l'intérieur Si le président Bush a déclaré que les jeunes femmes avaient le droit de livrer leur pensée, la plus grande opposition est venue du milieu country. Lors des Country Music Awards de 2003, les Chicks ont été snobées, elles qui avaient gagné quatre Grammy deux mois plus tôt. Les filles n'ont toutefois jamais changé leur fusil d'épaule. En mai dernier, Maines en remettait alors que le prestigieux Time consacrait sa une au trio sous le titre Radical Chicks, au moment de la sortie du disque Taking The Long Way Home. «J'aime mieux avoir moins de fans qui nous suivent que d'avoir des fans qui mettent notre disque entre ceux de Reba McEntire et de Toby Keith dans leur chaîne stéréo, a-t-elle déclaré. Et quant au président, même si je m'étais excusée par respect pour son poste, je ne le pense plus. Il ne mérite pas le respect.» Propulsé par la chanson Not Ready To Make Nice, le disque a grimpé au sommet des palmarès, faisant des Dixie Chicks le premier groupe féminin de l'histoire à loger trois disques en première position dès leur parution. Auront-elles le dernier mot? |