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FIJM 2006

Place à la clôture avec Goran Bregovic

Philippe Rezzonico
Le Journal de Montréal
09-07-2006 | 07h20

Nous avons célébré la Louisiane avec les Neville Brothers et rendu hommage à Paul Simon. Ce soir, nous allons au mariage des musiques d'Europe de l'Est et à l'enterrement de la 27e édition du Festival de jazz avec Goran Bregovic.

Excusez l'analogie facile, mais l'Orchestre des mariages et des enterrements du Serbo-Croate risque de déplacer de l'air, ce soir, dès 21 heures, sur le grand site extérieur du jazz. Avec 40 musiciens, la masse sonore va être riche et dense. Profitons-en, c'est la première fois que Bregovic amène son ensemble jouer en Amérique du Nord.

«Montréal est la toute première escale, précise celui dont l'orchestre sillonne les festivals d'Europe. Nous serons à Chicago et New York par la suite, mais la première nord-américaine, c'est à Montréal.»

Le parcours de Bregovic est des plus singuliers. Celui qui a étudié le violon sera le fondateur de White Button, un groupe rock majeur de l'ex-Yougoslavie qui lancera 13 albums de 1974 à 1989. Une collaboration avec Emir Kusturica mènera à la bande sonore du Temps des Gitans en 1989, jalon majeur de la carrière de Bregovic, qui va toucher à tous les genres par l'entremise de la musique de film : réinvention d'un Iggy Pop avec Arizona Dream (1993), musique juive yéménite pour La Reine Margot (1994) et tango du Cap-Vert de Cesaria Evora pour Underground (1995).

«Je suis arrivé au cinéma trop tard, dit-il. J'ai eu la chance de travailler avec des réalisateurs qui, dans les faits, n'avaient pas besoin de compositeur de musique de film. Ces réalisateurs avaient encore l'illusion que la musique de film était un art.»

Véhicule parfait

Cette période a néanmoins fort bien servi la cause de Bregovic, qui a progressé et qui s'est trouvé un véhicule idéal avec son orchestre.

«C'est de loin l'ensemble qui me permet le plus de possibilités. Pour ceux qui se demandent pourquoi l'Orchestre des mariages et des enterrements, il faut savoir que pour quelqu'un qui voit le jour, comme moi, à Sarajevo, tu vas avoir beaucoup de mauvaises nouvelles dans ta vie.

«Dans ce coin de pays, il y a eu les divisions des orthodoxes, des catholiques, des Ottomans. Il y a beaucoup de frontières directes, une histoire trouble, mais tout le monde a entendu et chanté la musique des autres. Les mariages et les enterrements étaient les plus grands événements.»

Aujourd'hui dans la cinquantaine, Bregovic propose son héritage des Balkans saupoudré d'influences tziganes et orientales, où polyphonie bulgare, tangos, fanfare et musique pop coexistent avec des voix traditionnelles. Un amalgame de sons et d'influences pour réconcilier les peuples.

«Il ne faut jamais oublier que la musique est le premier langage humain, avant le langage, la religion et la politique.»

Bien dit.

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