FESTIVAL INTERNATIONAL DE JAZZ DE MONTRéALL'héritage est entre bonnes mains Philippe Rezzonico Le Journal de Montréal 03-07-2006 | 09h41
L'idée de départ était intéressante: bâtir autour du pianiste de John Coltrane du début des années 1960 une soirée (et une tournée) qui serait l'occasion de saluer l'étiquette Impulse, qui célèbre 45 ans d'existence.
C'est donc le trio courant de Tyner, formé du pianiste, du contrebassiste Charnett Moffet et du batteur Éric Gravatt, qui a ouvert la soirée avec le standard Will You Still Be Mine. Une bonne entrée en matière qui a permis de mesurer la solidité de la section rythmique et le jeu très atypique de Moffet, qui frappe - littéralement - ses cordes tout près du pont de sa contrebasse pour obtenir des effets sonores. La pièce ne nous a guère permis d'apprécier le jeu du pianiste, dont le volume du piano était un peu bas - les spectateurs l'ont crié haut et fort - et dont la tonalité était vaporeuse.
Cela s'est replacé peu à peu, à mesure que le septette prenait forme, les cuivres se joignant au trio et prenant place devant ce dernier. Pour un groupe à géométrie variable mis sur pied il n'y a pas deux mois, il faut reconnaître que les boys ont démontré une unité certaine.
Si Tyner était le symbole du passé d'Impulse et que ça section rythmique était le point d'ancrage, ce sont ses collègues qui étaient de 15, 20 et même 30 ans plus jeunes qui ont tiré les marrons du feu.
Durant la première partie, d'une durée de une heure, c'est le saxophoniste Donald Harrison qui s'est le plus imposé. Lors de Stolen Moments, d'Oliver Nelson, il a survolé les copains, quoique la livraison du trompettiste Wallace Roney - l'héritier de Miles - fut également digne de mention.
Complémentarité
Ce sont d'ailleurs les envolées des cuivres qui ont retenu l'attention, bien plus en raison de la qualité de l'offrande (phrasés dynamiques, fluidité de jeu, émotion musicale) que par la livraison forcément spectaculaire. Roney et Harrison affichaient une complémentarité évidente, que la composition jouée en soit une de Coltrane ou une de Sonny Rollins.
Dans le coin gauche, Tyner, plus souvent acteur de soutien que premier rôle, souriait souvent. Ses contemporains sont presque tous disparus, mais il sait qu'avec des pointures pareilles, l'héritage est entre bonnes mains.
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