SPECTACLE DE RADIOHEADAucun regret d'être venuPhilippe Rezzonico Le Journal de Montréal 12-06-2006 | 07h43
Cette finale pas loin d'être apocalyptique était la résultante logique de deux heures de partage émotif entre Radiohead et 3 000 de ses fidèles, samedi soir, pour le premier des deux concerts-événements des Britanniques.
«C'était formidable!» a lancé spontanément Régine Chassagne d'Arcade Fire, avec un grand sourire aux lèvres. La jeune femme et tous ses collègues étaient présents, tout comme l'incontournable Dominique Lebeau des Cowboys fringants. Même le Français Cali, qui chantait au Club Soda vers 22 heures dans le cadre des FrancoFolies, était bien assis à la PdA à 20 h 30.
L'occasion était unique de voir le groupe d'Oxford se produire dans une salle autre qu'un aréna ou que le parc Jean-Drapeau, une première depuis le Métropolis, en 1995. Les pairs de Radiohead, les fans et les critiques le savaient. Les revendeurs aussi, eux qui demandaient quatre ou cinq fois le prix initial du billet.
Cap sur l'avenir
Voilà pourquoi le dévoilement des dix écrans suspendus fragmentés comme autant d'éclats de verre brisés, les extraits de pubs radiophoniques québécoises (eh oui !) et les premières notes tirées de The Gloaming ont mené à une montée de décibels qui rivalisait avec celle qu'obtient U2 au Centre Bell.
Assourdissant!
L'intention de Radiohead pour cette tournée est de jouer du nouveau matériel pas encore gravé sur disque. Avec huit nouveautés sur 23 sélections, Yorke et ses copains ont offert une quantité imposante de matériel inédit. Si un tel déluge de nouveau stock a brisé, ici et là, le flot du spectacle, l'enthousiasme des fans est demeuré intact, tous restant debout au parterre durant deux heures.
Les nouvelles 15 Step (vaguement drum n'bass), Nude (ballade épurée), Videotape (avec la batterie de Phil Selway qui colore la ligne de basse de Colin Greenwood) et Arpeggi (très rock) laissent présager un Radiohead moins torturé, plus près des racines de ses débuts et moins exploratoire que pour les albums Kid A et Amnesiac.
Bombes
Sentiment renforcé par House of Cards, aussi pop qu'une chanson de James Blunt; Down Is the New Up (très réussie) et Bangers's and Mash, une composition groovy ponctuée d'une ligne de guitare digne d'une tronçonneuse de Jonny Greenwood.
Cela dit, les fidèles ne se sont pas fait tricher. Creep et Karma Police n'y étaient pas, mais le riff meurtrier de National Anthem, la relecture de Kid A, les pulsions de Climbing Up the Walls, le solo hendrixien de Jonny durant My Iron Lung et les trois batteries durant There There avaient de quoi satisfaire le fan le plus irréductible.
C'était d'ailleurs le mot d'ordre. Nouveautés ou classiques : les gars de Radiohead nous donnaient en fin de semaine ce qu'ils voulaient bien nous donner, et nous, nous acceptions sans rechigner.
Yorke, qui était déchaîné durant les numéros rythmés, sautant comme une marionnette déjantée, a néanmoins tenu à remercier les spectateurs au balcon en leur dédiant How To Disappear Completely et il a salué l'ouverture des Montréalais.
«Nous vous remercions beaucoup d'avoir écouté les nouvelles chansons», a-t-il lancé au deuxième rappel, avant d'entonner 4 Minutes Warning.
On laisse Dominique Lebeau résumer le sentiment général des fans.
«Aucun regret d'être venu.»
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