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© Photo Thierry Avril |
Ginette Reno et Pierre Lapointe partagent le même métier, les mêmes doutes. Comment faire pour durer? |
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TÊTE À TÊTE | GINETTE RENO ET PIERRE LAPOINTE
De la passion à partager
Michelle Coudé-Lord
31-10-2009 | 04h00
Ce fut un beau moment. Ginette Reno, bien assise à côté de Pierre Lapointe, partageant la même passion, le même métier, les mêmes doutes, les mêmes joies. La même quête de vérité. Comment faire pour durer?
Ginette Reno n’a qu’une seule réponse. «Le succès, c’est du travail. Il faut que tu t’émerveilles.
Récemment, une chanteuse est venue me voir et m’a dit...je sens que je ne l’ai pu. Je lui ai dit que ça ne se peut pas. Tu ne peux pas perdre l’émerveillement. J’ai du fun. Comme disent les Anglais, I care so much… mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de moments difficiles.
Ça prend tant d’acharnement pour durer.»
Pierre Lapointe ne croit pas que Mme Reno a déjà connu des bas dans sa carrière. «Tu serais surpris, Pierre. Je me suis vue, sans une cent, à vendre 1000 albums et avoir peur de tout perdre. C’est là que tu vois si t’es faite pour ce métier...car même blessée, tu continues. On ne s’arrête jamais et ça ne te dérange pas de travailler comme une malade.»
LE SUCCÈS VERSION PIERRE LAPOINTE
Pierre Lapointe saisit parfaitement. «J’étais convaincu que vous n’aviez pas connu de grandes décadences. C’est fou la perception du succès des autres. Le succès est tellement étrange. Ça peut être une victoire personnelle, ça peut être aussi d’avoir convaincu quelqu’un d’embarquer dans notre projet.»
L’auteur-compositeur de Sentiments Humains et du spectacle Mutantès, dont il est si fier, aussi en nomination à l’Adisq, se rappelle alors ses premières années de vertige où il a dû apprivoiser, justement, le succès qui lui est tombé dessus comme une brique.
«Ma soeur et ma mère m’avaient inscrit au concours de chansons de Granby. Tout à coup, tout le monde parle de toi en bien. C’est un gros clash. Je me revois pleurer au téléphone avec ma mère, ne sachant pas trop si c’était ça que je voulais faire de ma vie. Tout était si subit.»
SAVOIR SE PROTÉGER POUR DURER
Ginette Reno le comprend. «Il faut savoir se protéger. Moi, il y a la Reno sur scène et la Reno chez moi.» Pierre Lapointe la rassure: « oui, je sais, au fil des ans, habité passionnément par ce métier comme vous, j’ai appris. Un artiste est souvent en représentation. Si on ne veut pas péter sa coche, il faut savoir créer un décalage très clair entre les deux. J’ai maintenant un refuge.
Chez moi. Et j’y suis heureux. Je suis en amour depuis neuf mois. Je suis bien.»
GAGNER, OUI MAIS...
Et il y a les prix. «Je suis toujours contente de recevoir un prix, surtout celui du public. Quelques fois, j’ai aussi subi des injustices énormes. On me donnait trois trophées, mais je ne gagnais pas celui du public. Pour moi, ça ne valait plus rien. La seule vraie reconnaissance est là, je crois. Actuellement, je récolte beaucoup. C’est bizarre, car à 63 ans, je suis dans une période de ma vie où j’en ai de moins en moins besoin. Je ne vois plus la game de la même manière.
Je fais un tri dans mes besoins et mes désirs», exprime Ginette Reno avec sagesse. La victoire pour Pierre Lapointe a aussi un visage différent.
«J’en ai gagné beaucoup. C’est toujours agréable, mais faut être réaliste quand tu as un Gregory Charles ou un Nicolas Ciccone dans ta catégorie, tu as de bonnes chances de ne pas gagner. Mais c’est OK. Cette année, pour moi, le plus bel album appartient à Mara Tremblay. Je serai debout pour l’applaudir si elle gagne. J’ai toujours une grande reconnaissance quand je gagne. Mais la réussite c’est bien au-delà d’un trophée. Je me rattache aux défis de la création, à des rencontres, comme créer un jour avec Joe Bocan, avoir madame Reno sur un de mes shows dans un moment intime en chantant Berce-moi. Ce sont mes bonheurs.» Deux artistes si loin en apparence, mais au fond si près dans cette même quête de vérité.
Sur l'industrie du disque
Ginette Reno:
«L’industrie est en train de tomber. Ce que je trouve bon dans tous ces changements technologiques, c’est que ça force les artistes à faire un album avec pas seulement une ou deux bonnes chansons, car ils savent que les gens iront acheter juste celle qu’ils veulent sur Internet si tel est le cas. Donc, faut se forcer pour être meilleurs. Mais tout le monde souffre quand tu regardes les annonces, il y a très peu de spectacles de chanteurs, mais plein d’humoristes. Je ne les blâme pas. Ca veut juste dire que Rozon a bien travaillé, qu’il a fait ses devoirs et ses leçons. Mais je fais moins d’argent que ce que les gens pensent. Par exemple actuellement, avec mes spectacles à la salle Pierre-Mercure, je n’ai pas encore fait un sou, car ce show-là m’a coûté 365 000 $ et j’ai rentré 298 000 $. Ça me fait chier. Tu travailles, mais tu ne fais pas une cent. Je sais que ça va venir pour les prochains spectacles, mais c’est aussi notre réalité ».
Pierre Lapointe:
«Moi, je réussis à frayer mon chemin en faisant les choses différemment.
C’est une chance de faire ce métier et d’être sur scène. Après six ans, je me sens encore plus
sûr de moi. Je vis quelque chose de sain avec une équipe formidable.»
Et la vie après la mort
Les deux sont habités aussi par la mort. Lui depuis qu’il est tout jeune, elle depuis qu’elle prend de l’âge. Lui a 28 ans, six ans de métier, elle a 63 ans, 50 ans de métier.
«Je suis dans l’éternité un être fini et infini. Je croirais qu’il y a un ailleurs après la mort.
Un après. J’aimerais avoir deux vies, l’une pour apprendre, l’autre pour la vivre», lance
Ginette Reno.
Pierre Lapointe est plus catégorique. «Je suis convaincu qu’il n’y a rien après la mort. Et ça me fait chier. C’est pourquoi d’ailleurs je m’arrange qu’on se souvienne de moi. Je me dis, t’es pas éternel, tu vas mourir donc, fais quelque chose de ta vie.» «La franchise de cette femme est d’une
beauté extrême», conclut Pierre Lapointe. Parions que vous verrez un jour le compositeur de Mutantès sur scène avec Ginette Reno. Il ne leur reste qu’à inscrire la date sur leurs calendriers respectifs.
Moment à deux sur scène
Le moment qu’ils imaginent tous les deux ensemble sur scène. «Ce serait en toute simplicité au piano. On ne ferait pas les fous. On voudrait juste toucher notre corde sensible et celle des gens. On a ça en commun Pierre et moi, nous sommes des êtres spirituels», affirme Ginette Reno. Pierre Lapointe est d’accord.
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Pierre Lapointe offre une prestation unique, seul au piano, au Lion d’Or les 6, 8, 13 et 14 novembre à 20h30. Et sa tournée Sentiments humains continue le 5 décembre à St-Jean sur Richelieu.
- Ginette Reno, après 220 000 albums vendus, est en spectacle en novembre à la salle Pierre-Mercure, et de retour en mars 2010 à guichets fermés. Aussi, 18 autres représentations à l’automne
2010. Il reste quelques places.