Accueil Divertissement
 
24 heures
Mara Tremblay - La douce frondeuse
© Sébastien St-Jean
Après quatre années bien remplies, Mara Tremblay nous revient avec son quatrième opus, Tu m'intimides, qu'elle a coréalisé aux côtés d'Olivier Langevin et Pierre Girard.

MARA TREMBLAY

La douce frondeuse

Pascale Gauthier
29-01-2009 | 15h01
Comme elle le dit si bien elle-même, l'année 2009 en est une de «grands tournants» pour Mara Tremblay: la jeune femme fêtera ses dix ans de carrière solo, ses vingt ans de carrière musicale, ses quarante ans de vie sur terre...

Sans oublier son petit Édouard, qui, à l'âge de six ans, a franchi la grande étape de l'entrée à l'école, et son grand Victor qui, à 12 ans, est passé au grade supérieur de l'école secondaire. Et il y a Tu m'intimides, son nouvel album paru cette semaine, album dont on n'a certes pas fini d'entendre parler.

Bien sûr, impossible de ne pas évoquer cette fameuse image sur la pochette qui a fait son petit effet: une Mara dévêtue, cadrée à la taille, ses longs cheveux couvrant stratégiquement sa poitrine et le regard qui nous la présente telle qu'elle est, à la fois douce et frondeuse.

Œuvre de la photographe Valérie Jodoin-Keaton, ce portrait en noir et blanc annonce les couleurs de Tu m'intimides, un titre comme un courageux aveu de sa propre vulnérabilité. Elle en a pris de l'assurance au cours des dix dernières années.

Il y a quatre ans, Mara nous invitait dans la bulle intimiste de Les nouvelles lunes. Album «très cocon», rappelle-t-elle, créé alors qu'elle venait de mettre au monde son deuxième enfant. Si elle avait besoin de «bercer quelque chose en dedans d'elle» à cette époque, ce quatrième opus démontre qu'elle avait maintenant envie de se propulser dans l'exploration.

Assumant ici une pop plus aérienne sur un fond de basses pesantes, avec des arrangements étoffés qui évoquent parfois une sorte d'ivresse, moins de cordes, plus d'électro, avec des sonorités parfois très années 70... Mara Tremblay confirme ces impressions qu'avait suscitées son premier essai solo Chihuahua, puis son Papillons deux ans plus tard: elle sera à jamais inclassable, surprenante, touchante, fidèle à elle-même... Country-punk, western-trash, trashy-folk-pop: l'auteure-compositrice-interprète et multi-instrumentiste qui rend de façon très personnelle les multiples influences qui l'habitent a l'habitude des appellations composées spécialement pour elle.

Avec Tu m'intimides, coréalisé avec son complice de toujours Olivier Langevin, et cet autre précieux collaborateur qu'est Pierre Girard, sans oublier le grain de sel de ces autres talentueux artistes qui l'ont «emmenée parfois ailleurs, plus loin», comme son amoureux Antoine Gratton, Mara a créé un univers autour des textes issus du tumulte de ces deux dernières années comprenant une séparation, deux déménagements, le départ de sa mère emportée par le cancer suivi de près par celui de sa grand-mère... Mais avec elle, pas d'apitoiement, pas de complaisante douleur.

Parce que avec Mara, même avec la tristesse finement exprimée et la nostalgie qui fait couler des larmes, c'est la vie, la lumière et bien sûr l'amour qui triomphent.

5 questions à... Mara Tremblay

Les Nouvelles Lunes était un album plus épuré, plus intimiste. Aviez-vous, dès le départ, une volonté d'aller dans une autre direction avec ce nouvel album?

Quand j'ai fait Les Nouvelles Lunes, je venais d'accoucher. Donc c'est un album très cocon, très doux. J'avais besoin de bercer quelque chose en dedans de moi en fin de compte. Ce n'était pas un album pour faire de la musique live, c'était un album pour l'écoute.

Là, j'avais envie de faire un album qui serait une synthèse des trois albums précédents, envie d'aller chercher du Chihuahua jusqu'aux Nouvelles Lunes un spectre qui m'habite et qui va du classique au country, ou au rock, ou au jazz… Parce que c'est tout à l'intérieur de moi, et je trouvais que j'avais fait un peu le tour de ce que j'aimais. Mais la sonorité d'un album, on la découvre en le faisant. C'est de l'exploration. À chaque chanson, on découvrait, on n'avait pas de limite… On prenait le chemin qui s'offrait à nous.

Avez-vous l'impression que les pièces de Tu m'intimides seront plus susceptibles d'être entendues sur les radios commerciales que celles de vos précédents albums?

Je pense que l'époque en général est plus ouverte à la musique un peu différente. Il y a une génération d'artistes qui est née et qui est merveilleuse, et je crois que le public est encore plus ouvert pour ces genres de musique-là. Mais la radio commerciale, ce n'est pas mon but.

Je n'ai jamais fait de chansons pour ça. En même temps, c'est sûr que tu vas rejoindre plus de gens quand tu as un accès à ces radios-là. Si ça passe, tant mieux, mais disons que j'ai une carrière qui me fait dire que je ne peux pas envier la carrière d'un autre!

Avez-vous besoin d'une ambiance particulière pour écrire, ou d'une discipline que vous devez vous imposer?

Ça me prend la solitude. Quand je suis chez moi avec les enfants, c'est sûr que je vais faire la vaisselle, le lavage, passer le balai ou jouer avec eux. Je ne peux pas écrire si je ne suis pas seule. Mais il y a toujours un moment de solitude que je peux trouver, quand mes enfants sont à l'école, ou chez leur papa, ou quand ils sont couchés si je ne suis pas trop fatiguée…

Oui, il y a une sorte de discipline à avoir, mais je ne trouve pas difficile d'avoir cette discipline. Ça peut être comme un appel, c'est une grande ivresse aussi.

Autant vous avez besoin de solitude pour écrire, autant pour développer la musique de vos chansons vous aimez vous entourer…

Je pourrais tout faire toute seule, mais je ne trouverais pas ça aussi bon! Je trouve qu'il y a quelque chose de tellement beau quand tu fais de la musique avec quelqu'un. Je trouve que le mariage de deux univers musicaux, quand ça marche, c'est tellement plus riche.

Comme avec Olivier Langevin, qui n'a pas de limite, je dirais. C'est aussi une complicité musicale entre nous, ça ne s'explique même pas. Le jour où il est arrivé chez nous, il s'est assis sur le divan, il a fait trois notes et on a compris. C'est simplement de se pousser tous les deux à aimer ce qu'on fait et à faire quelque chose qui nous plaît. D'avoir le sourire fendu jusqu'aux oreilles parce qu'on est heureux!

À la veille de la quarantaine, on dit que l'on a tendance à faire un petit bilan de vie. Sentez-vous ce besoin?

Probablement…. Tu sais, s'il y a quelque chose qu'on ne peut pas éviter dans la vie, c'est de vieillir, mais ça arrive à tout le monde! Donc c'est d'apprivoiser ça et de le vivre d'une façon super positive, d'être fière d'avoir 40 ans, le but de la vie étant d'être bien où l'on est et à l'âge qu'on a dans le présent. On aspire toujours à être de plus en plus heureux.

C'est sûr que c'est une belle période pour voir où je suis rendue en tant que mère, en tant qu'artiste, et être fière de ça. À partir du moment où l'on en est fier, je pense qu'on peut passer au pas suivant et continuer à avancer.

haut