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ÉRIC LAPOINTE - Vivre pour ses fans
© PHOTOS LE JOURNAL – GHYSLAIN LAVOIE
Éric Lapointe au Métropolis ce soir, avec Steve Hill en première partie.

ÉRIC LAPOINTE

Vivre pour ses fans

Marie-Joëlle Parent
Le Journal de Montréal
20-09-2008 | 16h00
«Oui maman… Je suis en entrevue… OK bye!» répond-il avant de reposer son cellulaire sur la table.

L’anecdote illustre bien le rocker au coeur tendre qu’est Éric Lapointe. Un drogué de la scène qui enflammera une fois de plus les planches du Métropolis ce soir, entouré de 40 musiciens.

Lunettes de soleil opaques, chemise déboutonnée, croix de Jésus au cou, Éric est déjà assis devant un verre de bière et son paquet d’Export bleu. Il est 18 h. Nous sommes dans la cour arrière de son gérant de tournée, «sa nounou» comme il l’appelle. Un petit jardin d’Éden en plein Plateau où se prépare un barbecue. «Voulez-vous des hamburgers?» demande Éric.

Une petite armée bourdonne autour de lui: son gérant, stoïque au bout de la table, une attachée de presse, son directeur de tournée, une maquilleuse, un photographe et une équipe de télévison qui tourne un documentaire. On est loin de l’entretien intime. Éric Lapointe semble imperméable à tous ces regards. Il a l’habitude d’être scruté en permanence. Il aime l’esprit de gang. Son entourage, c’est sa famille.

Les cloches d’une église se mettent à résonner dans un concert assourdissant.

«Pour qui ils se prennent? Il n’y a plus personne dans vos os… d’églises!» lance Éric.

Le ton est donné.

LA VIE DE NOMADE

Éric Lapointe est en tournée depuis le mois d’avril, avant même que son disque Ma Peau soit lancé.

La vie de nomade, il a l’habitude. Il a déménagé 13 fois quand il était enfant. Le Québec, il en avait déjà fait le tour avant de devenir chanteur. Il a quitté la maison à 16 ans pour parcourir le monde et ses auberges de jeunesse. Aujourd’hui, il a encore la bougeotte, mais il se considère plus comme un «itinérant de luxe».

«J’aime être dans un tourbillon, j’aime rencontrer le monde, j’aime l’atmosphère de tournée, être entouré de mes boys», dit-il en s’allumant une clope.

Qu’ont en commun ses amis?

«Ils ont tous un petit côté bum, on est des bums propres, des gentils bums!» dit-il.

«Ça a pris 15 ans réunir 18 gars qui s’entendent bien ensemble. À 39 ans je suis pratiquement le bébé de la gang, mais quand on embarque sur la route on redevient des adolescents.»

Un ado qui s’est relativement assagi.

«Je suis assurément moins excessif que je l’étais à 20 ans, corps oblige, mais je suis encore un oiseau de nuit, un bon vivant. Il ne faut pas se fier à la caricature qu’on a faite de mon personnage. Le vrai Lapointe, il est pire! Si c’était totalement faux, ça m’offusquerait, mais là c’est rendu que je trouve ça drôle. Ma mère un peu moins, elle m’appelle parfois pour me les conter.»

LARYNGITE

Pour Éric, la scène est une drogue, on s’en doute.

«Mes fans sont importants parce que je vis pour eux autres et que c’est eux qui me font vivre. Au niveau affectif j’ai besoin d’eux. Quand je n’ai pas joué depuis longtemps, je m’ennuie et j’ai l’impression qu’ils m’ont laissé tomber, ça me prend un stage pour me sécuriser», dit-il en jouant avec son paquet de cigarettes.

Il a dû annuler quelques spectacles dernièrement pour se remettre d’une laryngite.

«Plusieurs artistes font des laryngites, annulent des shows et on n’en entend pas parler. Peut-être que les gens attribuent mes laryngites à d’autre chose qu’à du surmenage vocal… Je sais que je fais vendre du papier.»

Celui qui s’est cassé la voix pendant plusieurs années admet faire plus attention aujourd’hui. Il se réchauffe avant et après le spectacle, chose qu’il n’avait jamais faite.

«Je venais de me réveiller et je me pitchais sur un stage à beugler cinq soirs par semaine. C’est sûr que je me suis magané la voix grandement.»

HONORÉ PAR L’ASSEMBLÉE NATIONALE

À Montréal ce soir, le spectacle sera bonifié de 40 musiciens, des cordes mais aussi des cuivres. Ça se rapproche de l’orchestre. Fait étonnant, Éric adore la musique classique. Il rêve un jour d’un show symphonique. Kent Nagano, l’appel est lancé!

«J’ai beaucoup de tounes qui se prêtent à une adaptation symphonique. J’aime le clash des deux univers», dit-il en enlevant ses lunettes.

Éric a été honoré en mai dernier à l’Assemblée nationale pour avoir dépassé le cap du million d’albums vendus. Comment explique-t-il son immense popularité?

«Je ne suis pas parfait, je ne m’en cache pas. J’ai toujours été intègre et honnête avec le monde, comme ça quand il m’est arrivé des bad lucks, je pense que ça n’a choqué personne.»

Espère-t-il un jour transmettre son talent à un enfant?

«Ma copine a un petit bonhomme. Il a déjà sa batterie et sa guitare, je l’ai équipé. Il a six ans. On va voir ce que ça va donner.»

UN ROCKER EN BREF

L’'équipe

  • Yves-François Blanchet: «Mon gérant et stratège depuis 18 ans, rencontré au Parti québécois. Mon homme de confiance et conseiller. Il va au batte quand il m’arrive des bad lucks.»

  • Jean-Yves Blais: «Mon directeur de tournée, mais il est plus que ça: c’est ma nounou, il s’occupe du show, de la logistique, de me réveiller le matin, il m’accompagne dans les entrevues et même chez le médecin. Il entre dans le bureau avec moi et prend des notes! S’il est malade une journée, je suis ben mal pris, mais c’est le genre de gars tellement perfectionniste qu’il va rentrer même malade.»

  • Cathy Blackburn: l’attachée de presse.

  • 18 musiciens.

LES FANS

«Je suis généreux avec le monde, mais en même temps je suis un peu gêné, donc je peux passer parfois pour un gars bête, mais c’est vraiment la gêne qui parle. Si j’avais été à l’aise oralement je n’aurais peut-être jamais ressenti le besoin d’écrire des chansons. Il y a des fans qui me suivent, certains se sont fait tatouer mes tatous, il y en a même qui se sont fait tatouer mon visage.»

LE BONHEUR

«Je ne crois pas au bonheur comme à un état permanent, je crois plus aux instants de bonheur. Je ne suis jamais totalement bien, je suis un éternel mélancolique, c’est la joie d’être triste. Quand ça va trop bien, je trouve toujours le moyen que ça aille mal. Je soupçonne mon gérant de soudoyer mes blondes pour qu’elles me crissent là quand il veut que je fasse un nouvel album!»

LE MÉTIER

«J’aurais probablement atterri dans quelque chose de manuel. Avant ça, j’ai été vidangeur, installateur de piscines, j’ai vendu des cartes de crédit pour m’arracher les fins de mois! J’ai choisi ce métier-là pour ne pas pousser un crayon et voilà que je signe des autographes. J’ai fait 56 000 métiers, je me cherchais sans me trouver jusqu’à temps qu’un stage se présente sur ma route. C’est le métier qui m’a choisi.»

LES SOUVENIRS

«Ma première Saint-Jean-Baptiste au parc Maisonneuve, de voir des drapeaux à perte de vue et d’être sur la scène avec mes pairs comme Gilles Vigneault, j’avoue que j’ai pleuré.»

LE DOUTE

«Je cours toujours après la chanson de ma vie, probablement que je ne la ferai jamais. J’ai toujours l’attitude: C’est pourri… Mais c’est sain de douter.»

L’AVENIR

«Je vois ça au jour le jour, je ne vois jamais plus qu’une semaine à l’avance. Dans dix ans, je vais peut-être faire de la peinture dans un chalet dans le Nord ou jouer de la guitare dans un petit bar sur Papineau.»

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