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Exclusif - 5 questions à… Victoria Abril
Courtoisie
Victoria Abril

EXCLUSIF

5 questions à… Victoria Abril

Propos recueillis par Pascale Gauthier
07-08-2008 | 17h11
Le 29 juillet dernier, Victoria Abril passait par les Francofolies, le temps d'offrir aux Montréalais une incursion dans l'univers chaleureux de son dernier album Olala!. C'est avec l'album Putcheros Brazil, certifié trois fois disque d'or, que cette actrice accomplie renaissait à nos oreilles en tant que chanteuse en 2005. Donnant ainsi libre cours à ce désir qu'elle enfouissait depuis 30 ans, la suite ne pouvait se faire attendre. Alors qu'elle s'était introduite au public en reprenant des classiques de la bossa-nova dans laquelle avait baigné son adolescence, Olala! se veut une sorte d'hybride qui fait aussi écho à ses souvenirs, mais également à ses racines andalouses. C'est donc sur les rythmes des quatre grandes familles du Flamenco qu'elle reprend des titres de grands de la chanson française par qui elle a autrefois appris la langue de Molière, alors qu'elle débarquait à Paris il y a 25 ans pour suivre son amour.

Mais, avec une liste de 86 films toujours en progression, le nom de Victoria Abril ne peut se dissocier du cinéma. Celle qui à 16 ans jouait aux côtés de Sean Connery et Audrey Hepburn dans La Rose et la Flèche (Robin and Marian) a par la suite conquis de nombreux réalisateurs espagnols et fait sa marque dans le cinéma français. Elle se dit «vieille actrice, mais jeune chanteuse.» Rencontre avec une femme qui vit sa passion et son bonheur au grand jour.

Vous semblez avoir trouvé le vrai bonheur sur la scène en tant que chanteuse…

Quand tu es comédienne, le public n’est jamais là, il n’y a pas de partage. C’est pas du direct, ils ne sont pas là, tu ne sais pas ce qu’il ressent. Alors tu sais, la musique, c’est le paradis! C’est pas "je te promet le paradis après, plus tard, si tu es sage", non! C’est le paradis là, maintenant. C’est deux heures de bonheur où rien ne peut t’arriver; tu sais, dans la vie, tout peut ne pas bien aller, mais pendant les deux heures que tu es sur scène, rien ne peut t’arriver. C’est ma thérapie, c’est une bouffée d’oxygène. Et en plus, c'est de le partager avec les autres, parce que le bonheur tout seul, merci, mais c’est moins drôle. L’envie de chanter, je l’avais depuis 30 ans. Mais il fallait le courage, il fallait du temps… Parce que la musique, c'est très obsessif, alors ça prend du temps.

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Quand vous étiez une jeune actrice débutante, quelles étaient vos aspirations?

En fait, je n’ai pas choisi le cinéma, c’est le cinéma qui m’a choisie. Je me suis accrochée au cinéma comme à une bouée de survie, parce que je devais être secrétaire. J'ai pris le nom d'April, parce que le cinéma est apparu dans ma vie au mois d’avril, et que je devais débuter comme secrétaire en septembre. C’était "tout au lieu d’être secrétaire!" Ma prof de danse m’a dit "mon mari cherche quelqu’un pour un film, présente-toi à l’audition." J’avais besoin de sous, parce que la danse c’était un loisir, pas un métier. Donc, j’ai fait ça pour échapper au poste de secrétaire que la destinée avait prévu pour moi. C’est en faisant des films que j’ai trouvé ma vocation. Par contre, la musique, la chanson, c’est quelque chose que j’ai désiré pendant 30 ans. Là, j'ai des aspirations. C’est sûr qu’il y a un petit peu de rush, parce que j’ai commencé à 45 ans. Mais j’ai bien des choses à dire!

Cette grande confiance dont vous faites preuve, à foncer pour réaliser votre rêve et à tenir tête pour garder le contrôle de votre musique, c'est quelque chose que vous avez développé avec le temps?

Sûrement. Plus jeune, je n’aurais pas pu m’imposer. C’est comme une vie d’artiste. Au début, tu ne sais pas ce que ça va donner. Tu as une espèce d’intuition, tu sens une nécessité de faire ça, mais c’est assez abstrait, c’est difficile de commander et de savoir comment y arriver. C’est pas comme pour un vêtement, que tu dis ‘je veux la taille 38’ et tu sais déjà un peu comment ça va t'aller. La musique, c’est plus compliqué. Déjà pour le premier album, j'ai commencé par me planter de producteur. Je lui ai dit, voilà, je veux faire la musique de mon adolescence, la bossa nova, et tout ça, mais ce producteur-là n’avait rien compris. Il voulait le truc pop, pas la bossa nova. Et là j’ai dit "mais c’est pas ça du tout!" Il y a eu des problèmes, ça a été le procès, Oh lala! Mais ça fait rien, parce que c’était pas ça que je voulais. Alors après, j’ai recommencé en prenant le contrôle. Tu vois, j’ai fait une petite boîte de production pour pouvoir justement produire mes disques. Et là, j’ai tous les casques; je suis secrétaire, chauffeur, interprète, auteur…

À 49 ans, vous avez une filmographie déjà fort impressionnante, comptant au moins 86 films. Avez-vous un sentiment d'accomplissement?

Ce qui est passé est passé. Dans notre métier, on n’est engagé que pour un film à la fois. Et le prochain, il faut le trouver, il faut que ça vienne, parce que c’est pas parce que tu as bien fait le film 86 que tu ne vas pas rater le prochain! À chaque fois qu’on recommence, on repart toujours de zéro. En plus, je ne suis jamais satisfaite. Je déteste me regarder. Il y a même de mes films que j’ai pas vus. Et je ne regarde pas deux fois de suite.

Vous n'aimez donc pas vous regardez dans vos films, mais est-ce la même chose pour ce qui est de vous regarder en tant que chanteuse, de revoir les spectacles que vous filmez?

Encore là, il y a une différence avec la musique. Quand je suis sur scène, je fais du parachute pendant deux heures, c’est le bonheur. Après, deux jours plus tard, je regarde pour voir si c’est bon, si l’ordre des chansons est bon, si les musiciens sont bons, si les danseurs sont bien éclairés… Je regarde pour tout voir évoluer. Et il y a un moment où le spectacle est vraiment bon, où il atteint quelque chose. Là tu vois, on est en train d’ajuster avec la présente tournée. Ça prend du temps. Une tournée, c’est comme un escalier. Il n’y a pas une marche plus importante qu’une autre, et tu ne peux pas en effacer une, sinon ton escalier se casse la gueule. Tu vois si un spectacle ne s’est pas bien passé, il t’a fait apprendre plus que celui où tout s'est bien passé. Bon, les réussites c’est génial, mais ça nous apprend rien. Par contre les erreurs, c’est de là que tu évolue, que tu vas de l’avant.

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