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FrancoFolies - Xaxier Caféine, citoyen du monde
©Canoë/Caroline Ethier
Xavier Caféine sur scène

FRANCOFOLIES

Xaxier Caféine, citoyen du monde

Caroline Ethier
28-07-2008 | 13h18
Suite à un concours gagné à la radio berlinoise, Xavier Caféïne transportait en mai dernier les musiques de son album Gisèle sur les planches de salles de spectacles allemandes.

De retour à Montréal où il a joué, deux fois plutôt qu’une, sur la grande scène des FrancoFolies, le coloré chanteur nous raconte son expérience au pays de la bière et de la choucroute.

Vous jouez à deux reprises sur la grande scène des FrancoFolies, peut-on parler de consécration?
Je ne sais pas, c’est une belle opportunité mais je trouve ça bizarre de jouer deux fois. Je n’ai jamais fait ça, faire deux fois le même spectacle.

Cela vous donnera l’occasion de présenter votre spectacle à deux publics différents, celui de 21h, qui est plus «familial» et celui de 23h.
J’imagine, on va voir ce que ça va donner! Disons que nous ne sommes pas un band «familial». Nous savons plus à quoi nous attendre pour le show de 23h.

Vous avez fait une série de concerts en Allemagne en mai dernier. Comment c’est de jouer devant un public qui ne parle pas votre langue?
En spectacle, c’est davantage la musique qui parle. En français ou en anglais, ça ne s’entend plus avec les décibels. Les Allemands sont ouverts à entendre d’autres langues que la leur. Ils écoutent beaucoup de musique en anglais, beaucoup plus qu’en allemand, comme c’est le cas partout ailleurs. Le Québec est l’un des seuls endroits où l’on exige aux artistes de chanter en français.

Avez-vous ajusté votre répertoire pour l’occasion, en ajoutant des pièces de l’époque de Poxy qui sont en anglais?
Non, nous n’avons fait qu’une chanson de Poxy. Nous avons joué le même répertoire que nous faisons d’habitude parce que j’ai confiance en ces chansons-là et que j’aime les jouer.

Sur scène, vous vous exprimez beaucoup entre les pièces.
Ça dépend des spectacles, de la réaction de la foule. Plus la foule est timide, plus je vais jaser. Par exemple, lors d’un spectacle à Québec cet hiver, les gens n’arrêtaient pas de crier. Je ne pouvais pas parler entre les chansons, on a dû enchainer les pièces. Je n’ai pratiquement rien dit du spectacle! C’est la foule et non le band qui donne le ton et la couleur au spectacle. Mais j’aime m’adapter au public devant lequel je joue.

Justement, parliez-vous entre les pièces lors de vos spectacles en Allemagne?
Oui, j’ai parlé en anglais et en allemand. J’ai appris quelques trucs en allemand comme «ferme ta gueule et prends une gorgée»! (rires) Notre directeur technique est Allemand alors il m’apprenait des phrases avant les shows. Mais je m’adressais aux gens en anglais surtout. L’anglais est un peu la seconde langue en Europe.

Il n’y a pas de gêne à parler anglais en Europe?
Ici, nous n’avons pas encore compris que nous l’avons, notre identité culturelle. Nous sommes encore gênés de notre culture. Ce ne sont pas les référendums qui feront en sorte qu’on se sentira mieux dans nos culottes, c’est nous-mêmes.

Chanter de nouveau en anglais ne me dérangerait pas. Ça ne ferait pas de moi quelqu’un de moins Québécois. Un peu comme Simple Plan, tu deviens un ambassadeur du Québec. À l’étranger, ils disent qu’ils sont de Montréal, de Matane, qu’ils sont franco-canadiens. C’est ça, représenter le Québec dans le monde. J’ai voyagé en Asie et personne ne savait ce qu’était le Québec.

Je crois que ma génération et celle qui suit a plus confiance en elle et se sent davantage comme un citoyen du monde. Grâce aux communications, on en sait beaucoup plus sur le monde et on constate qu’on n’est vraiment pas mal pris. Nos problèmes sont assez minimes comparés à ceux vécus par la jeunesse irakienne dont on a détruit les villes. Comme si les Américains débarquaient à Montréal et faisaient tout exploser. À sept heures du soir, tu dois rentrer chez toi parce que c’est trop dangereux d’être dans la rue. Ça, c’est un réel problème. Une saloperie mondiale qui se déroule devant nos yeux. Pendant ce temps-là, les gens regardent American Idol. Des fois je me sens mal d’être un entertainer et de m’amuser pendant que le Québec se plaint le ventre plein.

Votre univers puise ses racines dans le punk et comme les pionniers de ce genre, votre musique est politisée. Que décriez-vous exactement?
D’abord, je m’habille avec des vêtements recyclés. C’est politique, ma démarche! Je vais dans les surplus de l’armée et je récupère les vêtements des militaires. C’est un statement de dire «moi je reprends ce linge-là, ce n’est pas Gap ni Gucci qui vont m’habiller».

Je ne fais pas partie du problème de la Chine. Tout le monde chie sur la Chine. Ils consomment ce qu’ils produisent. Voulons-nous empêcher le peuple chinois de vivre? Pour eux, c’est une façon de se sortir d’une famine qui a eu lieu il n’y a même pas cent ans. Les Anglais leur volaient leur riz et les ont mis sur l’opium. Maintenant, ils s’insurgent contre les problèmes du Tibet. Mais regardez ce qu’on a fait ici avec les Amérindiens. Enfin, laissons les Chinois essayer de s’en sortir. Ils se bâtissent un empire à partir de rien. C’est un peuple de survivants et intelligent, tant qu’à moi. Et les peines de morts… À cinq heures d’ici on exécute du monde quand ils ont trop de pot sur eux. C’est toujours d’avoir peur de l’autre, d’haïr le gars l’autre bord de la track.

D’où vient cette passion pour l’Asie?
Pas seulement l’Asie, la Russie m’intéresse aussi énormément. C’est un pays qui bouge, qui a des airs de danger actuellement avec l’extrême droite qui monte assez rapidement. Au fond, toutes les cultures m’intéressent. Je me tanne de notre culture. C’est comme si les Italiens étaient juste intéressés par l’Italie. Ça ferait une culture inintéressante, qui s’empoisonne. Les gens qui s’intéressent juste à leur monde et aux gens qui leur ressemblent ne sont pas intéressants, tant qu’à moi.

La pièce La fin du monde parle en partie de la révolution manquée de nos prédécesseurs. Vous pensez quoi de la génération des Baby Boomers?
J’ai beaucoup de respect pour eux à bien des égards mais ils ont échangé la faux et le marteau contre le signe de piasse assez rapidement. C’est facile d’être révolutionnaire à 18 ans quand on n’a rien à perdre. J’étais anarchiste quand j’étais jeune. Quand tu réalises que le communisme ne fonctionne pas, t’es pas obligé d’aller t’acheter deux chars le lendemain. Ma génération n’est pas parfaite non plus, mais les Baby Boomers me font chier quand ils embellissent la révolution tranquille comme s’ils avaient refait le monde avec une attitude «après moi, le déluge».

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