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James Blunt - L'Antithèse de la vedette rock
© photo d'archives Olivier Jean
«Je n’ai jamais fait de la musique pour que l’on me mette sur un piédestal. Je n’arrête pas de crier à travers ma musique: Je suis humain!»

JAMES BLUNT

L'Antithèse de la vedette rock

par Philippe Rezzonico
Journal de Montréal
23-02-2008 | 05h00
Porte extérieure arrière, couloir en pente, virage à gauche, passage à travers l’arrière-scène encombrée de matériel, escalier étroit plongé dans le noir, seconde volée de marches vers le haut, petite porte nue, et, au milieu de la loge de fortune qui n’en a guère l’apparence, nous attend James Blunt.

Dire que la présence du Britannique cadre bien dans les coursives et les dédales de cette salle centenaire qu’est le théâtre Moore est un euphémisme. Avec sa tenue décontractée, ses jeans usés et son blouson clair sobre, Blunt est l’antithèse de la vedette rock, le summum du gars cool, le tout doublé d’une affabilité peu commune.

Cool, il faut l’être pour accepter de faire l’entrevue avec le journaliste montréalais qui se pointe à Seattle avec quatre heures de retard, conséquence des aléas d’une correspondance tardive à Chicago. Le scribe arrive bien après l’heure prévue du rendez-vous au soundcheck, mais Blunt et son gérant de tournée ont tenu à maintenir la rencontre à l’agenda, même si l’entretien d’une demi-heure a lieu à moins de deux heures de la première nord-américaine, en ce soir du 4 février.

En fait, cette entrevue, Blunt n’était pas obligé de nous l’accorder. Avec 11 millions d’albums vendus de Back to Bedlam et des certifications or et platine obtenues en quelques mois pour son nouveau compact All the Lost Souls, il figure au nombre des artistes qui n’ont plus besoin de la presse spécialisée pour remplir leurs salles.

«Je ne veux pas être une idole, dit Blunt, amenuisant la popularité monstre dont il a fait l’objet depuis trois ans. Mon but n’est pas d’être apprécié ou d’être aimé, mais d’être compris à travers ma musique ou en rencontrant des gens comme vous.»

Dans la même logique, Blunt aurait pu reprendre la route des scènes internationale par l’entremise d’arénas qui auraient été bondés. Au contraire, la tournée You Oughta Know qui le mènera à Montréal mardi prochain en est une de petites salles, comme le Théâtre St-Denis. Et ce n’est pas pour des considérations financières.

BESOIN DE PROXIMITÉ

«C’est clair que je voulais renouer avec les gens de la façon la plus intimiste qui soit, dit Blunt, de cette voix qui a tendance à s’emballer quand il parle de quelque chose qui lui tient à coeur. Il y avait là un besoin criant de ma part. De plus, je ne pourrais trouver de meilleure façon de présenter les nouvelles chansons de mon disque qui sont très personnelles et qui reposent principalement sur les relations entre les êtres humains.»

Humain. Le mot est lancé et reviendra souvent dans la conversation, dans sa forme primaire et dans ses dérivés: humanisme et humanité. Preacher, James Blunt? Même pas. Juste terre à terre.

«Je crois qu’il y a pas mal d’expériences humaines qui filtrent à travers mes chansons. Ça n’a rien à voir avec la célébrité, mais tout à voir avec une dynamique de groupe. Les prises de conscience planétaires sont parfois individuelles, tantôt une affaire de dualité (deux personnes), mais souvent des affaires collectives. C’est vrai au quotidien, à la maison, à l’école et au bureau. Ce sont des prises de conscience qui font de nous des gens vivants et humains.

«Au début, j’écrivais avec le piano ou la guitare, sans trop me préoccuper de la suite. Je fais toujours ça aujourd’hui, mais en étant conscient que j’amène les chansons au groupe avec lequel je travaille. Je me laisse une liberté d’écriture sur ce plan. Puis, en studio, on met des couches selon ce qui convient le mieux aux chansons.»

LE GLORIEUX PASSÉ

Si Back to Bedlam avait quelques effluves du passé, c’était foncièrement un disque contemporain. All the Lost Souls a une facture dans la forme et le fond qui ramène aux années 1970.

«Il y a deux raisons. Les années 1970 étaient les années d’or des auteurs-compositeurs. Rien à voir avec les ordinateurs d’aujourd’hui. L’autre raison, c’est la façon dont on a décidé d’enregistrer les chansons. Les cinq d’entre nous, on était dans la même pièce en même temps. Encore une fois, la technologie a été mise de côté au profit de l’expérience humaine et de l’esprit qui animait les musiciens. D’ailleurs, durant cette tournée, vous ne verrez pas un seul ordinateur sur scène. Seulement des musiciens qui jouent et qui essaient de transmettre des émotions.» Humaines, s’entend.

James Blunt sera en concert ce mardi au Théâtre St-Denis.

Une lucidité brutale

«Observe la chute de l’Empire romain, de l’Empire britannique et de notre culture occidentale. Je crois que nous sommes vraiment à la croisée des chemins.»

Sans qualifier James Blunt de fataliste, force est d’admettre qu’il est d’une lucidité brutale quand vient le temps de porter un regard sur la société dans laquelle nous vivons. Il estime d’ailleurs que nous sommes en grande partie responsables des maux qui nous affligent.

«Nous avons oublié ce que représente un être humain. Dans cette société basée sur le culte de la célébrité, la notion de mort est banalisée et l’être humain est devenu de plus en plus individualiste, au point que c’en est terrifiant.» Blunt a appris à la dure cette notion de célébrité ces dernières années et ce n’est pas l’aspect le plus intéressant de la vie de l’ancien soldat britannique.

«Je suis très inconfortable avec cette notion de célébrité. Je n’ai jamais fait de la musique pour que l’on me mette sur un piédestal. Je n’arrête pas de crier à travers ma musique: Je suis humain! (rires). «Nous devons faire face au réchauffement de la planète, nous avons des guerres qui font rage partout dans le monde, de la pauvreté et des maladies et, en dépit de tout ça, la chose qui semble nous préoccuper le plus, c’est la marque d’espadrilles que porte Britney Spears.»

Le plus ironique dans ce dernier commentaire, c’est que Blunt compatit réellement avec la star américaine. «Je la plains, mais nous la tuons nous-mêmes en achetant tous les magazines qui font leur page frontispice avec elle. Il y a tellement de choses plus valables sur lesquelles nous pourrions dépenser notre argent et notre énergie. Regarde juste les musiciens et les acteurs. Nous faisons de l’art, nous tentons de poser des gestes qui nous différencient des animaux, pourtant on balance tout ça par la fenêtre et on se demande avec qui nous couchons.»

DE LA PAROLE AUX GESTES

Bien des artistes tiennent des discours d’universalité, des propos anticommerciaux et causent de la protection de notre planète. C’est bien vu. Dans les faits, beaucoup d’entre eux ne joignent guère le geste à la parole. Blunt, il s’implique.

Lors des spectacles de la tournée You Ought to Know, il met sur pied une vente aux enchères à l’entrée qui permet de générer des fonds pour l’organisme Médecins sans frontières. À Seattle, une fan a payé 1500 $ pour cinq minutes avec le beau James après le spectacle. «C’est une cause qui me tient à coeur, note Blunt, et ce n’est pas la seule. Pour l’ensemble de la tournée nord-américaine, l’achat de chaque billet via Internet mènera à la plantation d’un arbre en Amérique. C’est un petit geste, mais c’est la somme des petits gestes qui pèse lourd. On le sait, la politique est une affaire de pouvoir et quand tu fais front collectivement, tu te donnes un poids qui permet de faire avancer les choses.»

Blunt veut aussi sensibiliser les gens avec le film d’Al Gore, The Inconvenient Truth, ce qu’il n’a pu faire à Seattle le soir de sa première.

« C’est un peu le bordel ce soir (rires) parce que c’est le premier show en Amérique, mais on veut projeter une bande-annonce allongée du documentaire au public. On veut éduquer les gens et faire de la pression sur les gouvernements.»

Et que fait Blunt au quotidien pour faire sa part? «Quand on était à L.A., on s’est déplacés dans une voiture hybride et j’ai changé les ampoules de ma maison avec les nouvelles ampoules qui sauvent de l’énergie. Et puis, en tournée, j’éteins les lumières et je ferme l’air climatisé de ma chambre quand je quitte l’hôtel.»

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