 |
|
© Photo Le Journal de Montréal |
Keren Ann sera de retour à Montréal le 8 février, au Cabaret Juste pour rire. |
|
|
|
|
KEREN ANN
Liberté d'expression
Philippe Rezzonico
03-02-2008 | 10h58
Néerlandaise née en Israël et
ayant grandi en France, Keren
Ann fait partie de ces artistes qui
créent, composent et s’expriment
en anglais et en français.
Rencontre avec une auteure-compositrice-
interprète pour
qui s’exprimer dans deux langues
n’a rien d’une forme
d’accommodement.
Préférez-vous Keren Ann quand elle
chante en anglais ou en français? Au-delà
des préférences et des sensibilités,
il y a fort à parier que la plupart de
ses fans d’Europe répondraient que
l’interrogation équivaut à demander à
un amateur de vin s’il préfère un Bordeaux
ou un Bourgogne. Les deux vins
sont bons, mais ce sont leurs caractéristiques
qui les distinguent.
Pour la Néerlandaise qui sera au
Cabaret Juste pour rire le 8 février, les
deux langues ont leurs atouts propres.
« Je suis arrivée en France à l’âge de
11 ans et je me suis imprégnée de la
culture de ce pays, dit-elle, même si le
français n’était pas ma langue maternelle,
note-t-elle dans un français
impeccable. Mais j’ai aussi grandi en
écoutant des artistes d’expression
anglaise. En fait, j’aime beaucoup
composer dans les deux langues,
mais pour des raisons bien
différentes.
«Quand je compose en anglais, ça
cadre bien avec mon penchant rock et
avec mon désir d’innover. Je compose
des trucs plus sombres quand j’écris
en anglais. Lorsque j’écris en français,
mes chansons ont une construction
plus littéraire et plus dramatique.
Avec le français, il y a plein de choses
que je ne peux pas faire en anglais.
Il n’y a pas de retenue en français,
seulement plus de liberté.»
Pas de caste
Révélée au grand public par les compositions
qu’elle a offertes au légendaire
Henri Salvador, Keren Ann est
arrivé dans le paysage au moment où
l’on a commencé à désigner tous les
petits nouveaux qui tâtaient de la
chanson comme faisant partie de la
«nouvelle chanson française».
«Je ne fais pas partie d’un clan d’artistes.
D’ailleurs, je n’aime rien de ce
qu’on fait en France depuis quatre ou
cinq ans. Jouer trois notes au piano, ça
ne m’émeut pas, comme le font certains
mecs. On a oublié les mélodies et
les musiques. J’aime beaucoup des
artistes comme Biolay ou Bashung,
mais quand je vois des gens qui considèrent
que c’est de l’art que de jouer
trois notes de piano…»
Ce désir d’innover et d’aller plus loin,
on le mesure sur l’excellent et bilingue
Nolita ou le plus récent et anglophone
Keren Ann. De son propre aveu, c’est
sur scène qu’elle se garde le plus d’air
pour respirer.
«C’est sûr qu’on ne fera pas chez
vous, dans la salle où l’on joue
(quelques centaines de places), le
même genre de concert que l’on fait à
L’Olympia, avec cuivres et tout et tout,
mais la scène demeure une occasion
pour la créativité, donne le temps de
créer et de se réinventer, parfois, en
fonction de l’instrumentation que l’on
a sous la main.»
Pour l’artiste, l’important est une
forme de cohésion entre toutes les
parties.
«Les textures, le grain de piano, la
couleur que peut apporter un violon,
je vois tout ça comme des pinceaux, et
moi je fais de la peinture sur disque.
Souvent, aussi, je concocte mes chansons
comme des films pour les
oreilles. Je donne au son des éléments
imagés. Sur scène, on s’entend sur les
structures avec les musiciens, mais
même les arrangements sont susceptibles
de bouger.»