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André Ducharme et Sylvain Cossette - Un monstre à 7 têtes
© Photo Pierre-Paul Poulin, Le Journal de Montréal
André Ducharme et Sylvain Cossette

ANDRÉ DUCHARME ET SYLVAIN COSSETTE

Un monstre à 7 têtes

Agnès Gaudet
Le Journal de Montréal
01-12-2007 | 05h00
Avec leur spectacle Les 7, André Ducharme et Sylvain Cossette estiment avoir créé un monstre. Ils voulaient former un vrai team, ils se retrouvent avec un clan de bodys à toute épreuve.

Entre les comédiens du conte musical s’est installée une chimie hors norme. En coulisses, il faut voir Alain Dumas, Michel Charette, Pierre Verville, Dominic et Martinet les autres se taquiner, se faire des yeux complices, se pincer une fesse, retenir leur fou rire. Dans les textes, ils ont même installé des running gags. Quand les créateurs du show les observent du haut du balcon, ils ne s’ennuient pas une minute.

«Ils sont durs à tenir, admettent Sylvain et André, mais soudés les uns aux autres. Ils ont tellement de fun qu’il y a un show dans le show. Entre eux, il se passe quelque chose. Mais ils déconnent tellement. Le défi, c’est de s’assurer qu’ils ne niaisent pas trop!»

UNE BONNE EXCUSE

La troupe est constituée de gros noms, du monde occupé. Dominic et Martin à la radio d’Énergie tous les jours, Pierre Verville au tournage de la série La Famille Lavigueur, Michel Charette dans Les Boys. C’est pour ça qu’il n’y a pas eu de tournée jusqu’à maintenant. Partir sur les routes du Québec est une impossible équation.

Pour arriver à réaliser une tournée, André et Sylvain ont commencé à monter une équipe de rechange, à trouver des remplaçants réguliers qui, comme à Broadway, joueront à tour de rôle, permettront plus de souplesse à la production. Le comédien Luis Oliva jouera Martin Gros Nerf et... il est déjà nerveux. Julie St-Pierre, ex-concurrente de Mix-Mania, jouera Jolie Julie et on confiera aussi un rôle à l’humoriste Dominic Paquet.

En fait, les créateurs aussi sont débordés. Ducharme planche sur Tout le monde en parle et le Bye bye de RBO qui tourneront durant 18 jours en ligne dès la semaine prochaine. Cossette termine la réalisation de l’album d’Andrée Watters, prépare sa tour-née de spectacles 70’s et une offensive promo à Toronto. Il s’envolera pour la France jouer dans Dracula en janvier. Les 7sont pratiquement leur petit show parallèle. «Les 7, plaisantent-ils, c’est l’excuse qu’on s’est trouvée pour se voir. Sinon, même si on habite la même ville, près du pont Jacques-Cartier, on ne se verrait pas.»

UN INTEMPOREL QUI SE RÉVEILLE

Reste qu’une tournée est en discussion et qu’une traduction est en tête. Sylvain Cossette et André Ducharme voient loin et à long terme. Ils envisagent de sortir Les 7 chaque année à la même date. Ils croient qu’ainsi, la longévité du spectacle sera assurée, pourquoi pas comme pour les classiques de Walt Disney qui durent depuis des décennies.

«Les 7, c’est comme un sleeper, qui dort une partie de l’année et se réveille au moment voulu, indique Sylvain Cossette. C’est un spectacle intemporel qui n’a pas de référence aux modes d’aujourd’hui.» Pour le moment, pas de changements de distribution toutefois. Aucun des 7 ne veut quitter la production. C’est bien trop amusant. Il y a par contre quelques petits ajustements au niveau de la couleur, de la texture, des liens, de la chorégraphie et du focus de l’action. Selon Sylvain et André, l’équipe a grimpé une coche plus haut et est à son meilleur, a trouvé le juste rythme pour l’humour.

Ce spectacle qui fait rire les enfants et les grands (pas toujours aux mêmes endroits) attire chaque soir un large éventail de spectateurs, «des grandsmamans de 70 et 80 ans émues qui se mouchent à la chanson Sauver l’amour», «des couples sans enfants», même «des grands fafouins gênés, les bras trop longs et un duvet sous le nez» qui, comme lorsqu’on regarde un film de Shrek, se font prendre au jeu.

«Chaque soir, on voit les gens sortir avec le sourire, on reçoit 200 à 300 poignées de main. Les gens nous disent merci d’avoir créé un spectacle qui permet aux adultes de sortir avec les enfants », se félicitent les créateurs, qui rêvaient d’un projet rassembleur.

«Le plus grand succès de ce show-là, c’est d’exister, ajoute Ducharme. Une fois, un gars qui s’appelle Sylvain Cossette a pensé à des chansons et à un univers et il a voulu l’emmener sur scène. Il a mis six minutes à me convaincre d’embarquer et on s’est mis à triper, sans garantie que ce serait un jour monté. Sans subvention, sans rien, on a réussi à convaincre un producteur qu’on pouvait produire un show pour la famille au lieu d’aller voir ceux des États-Unis.

«On a réussi sur scène, on a sorti un album. Un jour, on lancera peut-être le DVD et une spéciale télé. À partir d’une petite histoire, on a réussi à concrétiser un spectacle et – sans se vanter – on a gagné un Félix pour le meilleur scripteur et eu deux autres nominations.»

DEUX PÈRES QUI FONT LEUR POSSIBLE

Informés de la violence dans les cours d’école, du récent viol d’une petite fille par des jeunes garçons d’environ 9 ans, André Ducharme et Sylvain Cossette, respectivement pères de deux fils de 19 et 15 ans et de deux filles de 17 et 16 ans, se désolent. Mais ils ne sont pas prêts à jeter la pierre à la génération actuelle. Au contraire.

«Je n’aime pas les générations qui jugent les autres générations, martèle Ducharme. Chacune a ses forces et les différentes générations se ressemblent plus qu’on ne le pense. Je suis convaincu que dans le Québec rural des années 1940, il y a eu des petits gars qui ont violé des petites filles dans les champs. Il ne faut pas tomber dans le piège de juger sur des cas isolés.»

«Le problème, ce n’est pas l’humain, mais son entourage, ajoute Cossette. Aujourd’hui , les jeunes ont beaucoup d’outils pour se péter la gueule. À notre époque, il n’y avait que les chars et la grosse bière qu’on se mettait entre les jambes.

Aujourd’hui, il y a Internet, plein de cochonneries, toutes sortes de dopes au coin des rues.»

À LA GRÂCE DE DIEU

Les deux pères croient qu’une part de la responsabilité revient aux parents qui doivent encadrer leurs enfants.

«Tu fais ce que tu peux, nuance toutefois Sylvain Cossette. Jusqu’à l’âge où tes enfants seront responsables, tu les encadres, peut-être. Mais après, quand tu as détaché les cordes, Inch’Allah, À la grâce de Dieu!

«On se fait tellement mettre de choses sur le dos dans la vie, y compris la job de parents, ajoute-t-il. Ce n’est pourtant pas facile de savoir quand tracer une ligne. Un jour, tu lâches prise quinze minutes, puis une heure, puis une journée complète et un jour tes enfants ne rentrent pas coucher. Tu ne sais pas ce qui va arriver. Tu espères juste qu’ils ont gardé la base que tu leur as donnée. Ce que j’ai vécu auprès de mes filles, personne ne peut nous enlever ça.»

De bons papas, Sylvain et André? Il semble que oui. André se permet de souligner que les siens écrivent un excellent français, même si certains blâment les humoristes pour la pauvreté du français chez les jeunes.

«Un bon parent, c’est celui qui prend des décisions, avance quant à lui Sylvain, qu’elles s’avèrent bonnes ou mauvaises et sans manuel d’instruction. Tu es peut-être dans le champ, mais au moins tu prends des décisions.»

Le conte musical Les 7 sera présenté dès le 8 décembre au Théâtre St-Denis. Il met en vedette Michel Charette (Martin Grassouillet), Martin Cloutier (Martin Travailleur), Jean-Marie Corbeil (Martin Grand-Martin), Alain Dumas (Martin Beau Bonhomme), Bruno Marcil (MartinJe M’excuse), Dominic Sillon (Martin Gros Nerf) et Pierre Verville (dans le rôle de Martin Le Doyen). La distribution inclut aussi Geneviève Néron dans le rôle de la Jolie Julie et Christian Grenier dans le rôle du farfadet, narrateur de l’histoire. Des musiciens live complètent la distribution.

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