DOROTHÉE BERRYMANÀ la recherche des moments de grâceCharles Bolduc | Canoë 08-08-2007 | 18h08
«Peut-être que ça s’est exprimé tardivement, mais la vocation a toujours été là», raconte l’actrice qui se passionne pour la musique jazz depuis l’enfance. Élevée au son du répertoire américain des années 20, 30 et 40, elle n’a pas tardé, dès l’adolescence, à se présenter comme une chanteuse dans les locaux de Radio-Canada et à y interpréter des chansons de Petula Clark. «Au même moment, j’ai commencé à faire de la radio, à CKCV, puis à faire du théâtre amateur.» En 1969, elle fonde avec Jean Barbeau le Théâtre Quotidien de Québec, puis vient son interprétation d’Élise Doolitle dans Pygmalion en 1971, qui marque les véritables débuts d’une fulgurante carrière de comédienne. «Ça a été important, précise-t-elle, car c’est là que j’ai décidé d’en faire mon métier.» Le théâtre a donc pris le premier plan pour Dorothée Berryman, mais la musique n’en a pas moins été constamment présente, «présente, mais pas prioritaire», même que certaines opportunités se sont présentées à elle lors de son arrivée à Montréal et qu’elles auraient pu considérablement modifier son destin. «J’ai eu une offre tout de suite pour faire des disques, mais je n’ai pas voulu parce que ça me faisait peur: de me faire dire quoi faire, d’avoir à chanter telle sorte de chanson, à m’habiller de telle manière. Probablement parce que je ne me connaissais pas, à l’époque, et que d’un autre côté j’avais la chance de rencontrer des metteurs en scène qui, eux, voyaient des choses en moi que je ne soupçonnais même pas.» Dans les années 90, elle séjourne à New-York, où elle tâche de «mettre les morceaux ensemble: l’actrice, la chanteuse, et tous les aspects de ce métier-là, le mouvement». Ce qu’elle aime faire, surtout, c’est se plonger dans l’atmosphère des cabarets new-yorkais. «Ç’a été pour moi la révélation. Ce qu’on entend par cabaret, là-bas, c’est un endroit intime, en général chic, élégant, où il va y avoir un pianiste, un contrebassiste, un batteur, une chanteuse et LE répertoire – justement ce répertoire qu’on appelle The Great American Songbook.» La communication avec le public, dans ce genre de soirée, est essentielle, aussi importante que le spectacle lui-même. «J’aime cette formule de converser avec les gens, d’avoir un lien qui nous amène du début à la fin d’un spectacle. Je travaille avec des musiciens de jazz, mais ma formule se rapproche aussi beaucoup de celle du cabaret, où je suis en contact avec le public, même s’il n’y pas vraiment de cabaret au Québec.» Ce qui ne l’a pas empêchée, en revenant des États-Unis, de trouver un endroit où se produire et d’aboutir, en 2007, avec deux albums et d’innombrables spectacles à son actif. La chanteuse au tournant de la soixantaine, pleine de vitalité, également animatrice d’une émission à Espace musique depuis 2004, recherche passionnément ces moments de grâce avec son auditoire. «C’est toujours de trouver ces petites pépites d’or de vérité, ces petits moments privilégiés de communication réelle, authentique, c’est d’être le plus toi-même pour rejoindre les gens dans une conversation d’âme à âme, avec des mots chuchotés à l’oreille.» Prenant pour elle tout son sens sur scène, dans la rencontre d’une émotion et d’un public en mesure de la partager, la musique jazz trouve dans ce nouveau festival ayant cours dans le quartier Saint-Roch un formidable moyen d’atteindre amateurs et néophytes. «C’est pour ça que ce festival à Québec est si important: c’est important pour les instrumentistes d’être sur scène, mais aussi pour le public de voir la musique live.» En plus de plusieurs titres de ses premier et second albums (respectivement sortis en 2000 et 2003), Dorothée Berryman nous promet quelques nouveautés pour son spectacle du 9 août à la Bordée: «Il y a des pièces que j’ai faites seulement sur scène, puis de nouvelles que je viens de commencer à jouer, depuis le début de l’été, au Festival de Jazz de Montréal, par exemple.» |