EXCLUSIFCinq questions à... Abd Al MalikVéronique Beaudet 26-07-2007 | 11h49
Élevé avec ses six frères et sœurs par une mère monoparentale dans un quartier HLM de Strasbourg en France, Abd Al Malik (né Régis Fayette-Mikano) sombre dans la délinquance à l'adolescence avant de se convertir à un islam aux limites de l'extrémisme. En parallèle, le Français d'origine congolaise mène toutefois une carrière de rappeur au sein de son groupe N.A.P. (New African Poet) et étudie la philosophie et les lettres à l'Université. Découvrant le soufisme, qui est «le cœur de l'islam» nous précise-t-il, Abd Al Malik rompt ensuite avec l'extrémisme, s'ouvre sur les autres, et parle maintenant de paix et du « vivre ensemble ». Lisez les cinq premières questions posées à Abd Al Malik en vous procurant le 24 heures, édition du jeudi 26 juillet.
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Dans Gibraltar, vous parlez des banlieues, des cités HLM et de ce que c'est que d'être fils d'immigrant en France. Vous dîtes que le drame de la cité est le déterminisme. Selon vous, qu'est-ce qu’il faudrait dire aux jeunes des cités pour qu'ils comprennent qu'ils peuvent réussir à s'en sortir malgré leur condition? Ils doivent tout d'abord comprendre que l'humanité ne s'arrête pas aux frontières des cités ou des quartiers HLM. Ils doivent comprendre que dans ces cités, il y a des gens qui aiment, qui ont peur, qui ont des ambitions et des rêves, qui pleurent, qui sont heureux, etc. Un moment donné, il s'agit d'humaniser l'autre parce que chacun a besoin de modèles pour se construire. Chacun doit avoir la possibilité d'avoir accès à des modèles positifs qui leur permet de se dire qu'ils peuvent transcender leur condition. Transcender sa condition ne veut pas dire la nier, ni d'oublier ses origines et d'où l'on vient, mais de comprendre que l'on peut faire quelque chose de positif de sa vie. C'est important de se «déghettoiser» et aller vers l'autre, c'est aussi aller vers soi-même. À partir du moment où l'on dit à une personne « tu es comme ça et tu resteras comme ça », cette personne va rester comme ça et finira comme ça. Vous êtes un admirateur de Jacques Brel, il est une référence pour vous. Qu'est-ce que ce chanteur représente pour vous? Pour moi, Brel est la définition même de ce qu'est un artiste. Évidemment, il a cette force d'interprétation, mais il a aussi cette écriture particulière. Je crois qu'un moment donné, un artiste véritable transcende son propre style, qu'importe qu'il fasse du rock, du rap ou de la chanson. La musique a finalement cette possibilité de faire partager des émotions. Vous vous êtes converti à l'islam en 1999 et vous avez découvert un peu plus tard, le soufisme. Vous parlez d'ailleurs de votre foi ouvertement... Vous avez dit que la forme de récit qui vous touche le plus est souvent autobiographique. Votre album Gibraltar s'inspire de vos expériences de vie. Vous avez également publié un livre, Qu'Allah bénisse la France, est-ce que ce livre est également autobiographique? Oui. Depuis longtemps j'avais envie de mener en parallèle une carrière de rappeur et d'écrivain et lorsque j'ai cherché une thématique, je me suis dit: « je viens d'une cité et on fantasme énormément sur les quartiers, je suis musulman et on fantasme énormément sur l'islam, je suis rappeur et on fantasme énormément sur le rap ». J'ai alors pensé que tout ça était une bonne matière littéraire. Quant à mon deuxième livre, je l'ai quasiment terminé. C'est un ouvrage entre le roman et l'essai où je parle du rap en tant que musique et du hip-hop en tant que culture véritable. J'essaie de parler de la partie non-visible de l'iceberg puisque lorsque l'on parle du rap on s'arrête souvent à des clichés et à des caricatures. J'avais donc envie d'aller un peu plus loin. Qu'est-ce qui se passe avec les NAP (New African Poets), avec qui vous avez fait vos débuts. Le groupe existe toujours? Oui, on est toujours ensemble et d'ailleurs, on prépare un nouvel album qui devrait sortir à la fin 2007. L'idée c'est de pouvoir travailler avec mon groupe et puis de pouvoir avoir des projets solos. Cela me permet de me nourrir artistiquement parlant.
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