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KAREN YOUNG

Âme, corps et désir

Charles Bolduc
11-07-2007 | 21h11
Ce qu’on voit d’emblée dans ce nouvel album de Karen Young, son douzième album en quelque 35 ans de carrière, c’est le fruit d’une recherche remarquable sur les plus grands poètes et troubadours du XIVe siècle. D’une passion, devrait-on dire plus exactement, car la principale intéressée nous avoue s’être plongée dans l’Ars Nova, période musicale innovante et complexe, par pur plaisir.

«Dans les années 80, quand j’étais à Montréal, j’allais une fois par semaine à l’Université McGill, je n’y étais pas inscrite mais tout le monde me prenait pour une étudiante. J’écoutais tous les albums médiévaux, j’écrivais mes chansons préférées, je lisais des milliers de livres. Si je n’étais pas musicienne, je serais probablement musicologue.»

L’ancien et le moderne

Âme, corps et désir se présente en deux volets : un premier CD parcourt l’œuvre de l’Italien Francesco Landini (1325-1397) tandis qu’un second disque revisite, parmi le riche répertoire du Français Guillaume de Machaut (1300-1377), 14 chansons émouvantes marquées du sceau de l’amour courtois, qui sont les préférées de Karen Young.

Jetant un regard moderne sur la musique du XIVe siècle, un peu comme elle l’avait fait sur son album Canticum Canticorum, la chanteuse dit avoir cherché une façon d’opérer une fusion entre l’Ars Nova et des atmosphères plus contemporaines. On retrouve ainsi une basse, une batterie, une section rythmique jazz et des improvisations, qui appuient des polyphonies vocales entremêlant trois voix d’une beauté pénétrante.

De passage à Québec dans le cadre du Festival Off, Karen Young nous glisse en riant: «Mon secret, c’est que je choisis toujours les meilleurs musiciens.» Entourée d’Éric Auclair à la contrebasse et de Pierre Tanguay à la batterie, elle peut également compter sur les voix des chanteurs classiques Josée Lalonde, Marcel de Hêtre et Dan Cabena, puis sur plusieurs invités de marque (Carole Therrien, Normand Richard, Phil Dutton et Sylvain Provost).

Le dernier des troubadours

Hommage au dernier des troubadours qu’est Guillaume de Machaut, avec qui le Moyen Âge est mort, Âme, corps et désir offre des mélodies ornementées et de superbes arrangements. Il s’agit d’un album qui ne se veut pas pour tout le monde, vous l’aurez deviné. Le résultat est enveloppant, empreint d’une mélancolie certaine et d’une beauté sereinement caduque.

«Avec la dernière chanson, on dit adieu à Guillaume de Machaut et à tout le Moyen Âge. Mais je pense qu’il va vivre pour toujours, il s’est construit un mythe autour de lui.» Et Karen Young y participe de belle façon, contribuant avec sa grande sensibilité à nouer les époques, les esprits, et s’adressant à une part d’humanité en nous qui est rarement sollicitée.

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