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Cinq questions à... Johnny Clegg
22-02-2007 | 10h12
L'artiste Johnny Clegg a été, pendant près de quinze ans, la voix qui s'élevait contre le régime de l'apartheid en Afrique du Sud.
Défiant les interdits, le «zoulou blanc» avait alors formé un groupe interracial boycotté dans son pays, mais acclamé sur la scène internationale. Aujourd'hui, l'apartheid est tombé, mais Johnny Clegg ne baisse pas les bras car il sait que rien n'est complètement acquis et qu'aucune démocratie n'est vraiment à l'abri.
Mélangeant toujours aussi habilement sonorités africaines, musique occidentale et danse zouloue, Johnny Clegg et son band seront au Métropolis demain soir, dans le cadre du Festival Montréal en lumière, pour présenter les chansons de leur nouvel album One Life.
C'est la troisième fois que vous venez à Montréal. Comment trouvez-vous la ville?
Je trouve que c'est une jolie ville. On voit vraiment dans le visage des gens d'ici, ce mélange intéressant d'européen, d'américain et d'amérindien. Ce mélange du sang et cette mixité se voit dans les traits du visage. Je crois que c'est quelque chose de vraiment unique. La seule ville en Amérique du Nord qui me rappelle Montréal en ce sens est Boston. Il y également là-bas, cette saveur européenne.
Lisez les cinq premières questions posées à Johnny Clegg en vous procurant le
24 heures, édition du jeudi 22 février.
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Malgré le fait que l'apartheid ait été abolie en 1991, est-ce qu'elle est restée dans l'esprit des gens?
Dans les mentalités de l'ancienne génération, oui. Mais la nouvelle génération est libre. Spécialement dans la classe moyenne, parce que la classe ouvrière est toujours séparée. Mais je crois que c'est la même chose un peu partout à travers le monde.
Les zoulous vous ont accepté dans leur communauté. Qu'est-ce qu'ils représentent pour vous?
Aujourd'hui, la communauté zouloue est très divisée. Avec la modernisation, il y a un fossé entre les générations. L'ancienne est plus traditionnelle et la nouvelle génération est plus éduquée et urbaine. Les jeunes sont entrain de perdre les coutumes traditionnelles. En fait, il y a une transition et une transformation culturelle qui se passe. En transformant leur culture, ils en perdent leurs bases et deviennent de plus en plus individualistes. Je ne peux pas dire si c'est bon ou mauvais, mais je peux voir qu'il y a des choses qui se perdent. Des choses qui en mon sens, sont merveilleuses, comme cette vision du monde traditionnelle, cette façon traditionnelle de régler les conflits ou encore, l'artisanat.
Vous avez appris la danse zouloue à l'âge de 15 ans. Pouvez-vous nous parler des spécificités de cette danse?
La danse zouloue fait partie de la construction sociale de la masculinité zouloue. Quand tu danses, tu te bats, c'est la danse de la guerre. Tu envoies tes pieds dans les airs et tu les frappes ensuite par terre. Ce sont des coups, mais ces coups doivent être esthétiquement beaux et ils doivent suivre le rythme. Le jeune homme qui est devant toi doit remarquer la force qui émane de ton corps, alors que le vieil homme regarde plutôt si tu as le rythme et comment tu utilises ton cerveau. Il y a vraiment une tension entre le physique et l'esthétique. Le dernier moment de la danse s'appelle le coup final. Ce coup doit être fait à la fois d'une façon magnifique, tragique et puissante. Le coup final doit évoquer tout ce qu'un guerrier devrait posséder. Le guerrier n'a pas peur de mourir, il n'a pas peur de se blesser, il n'a pas peur de la douleur, il n'a peur de rien.
De quoi êtes-vous le plus fier jusqu'à maintenant dans votre carrière?
Je pense que c'est d'être encore ici! Je fais encore de la musique. J'ai fait mon premier «hit» en 1976, ça fait maintenant 31 ans. Je suis devenu un musicien professionnel en 1982 et One Life est mon 28e album. Je suis vraiment fier de ça et qu'encore aujourd'hui, des gens m'écoutent et viennent voir mes spectacles.