ENTREVUE
Un Don Juan spirituel
Par Valérie Gibbaud photos: prinicipale: Pascale M. Lévesque / en couple: Frédéric Auclair
24-02-2006 | 16h12
Le Québec tout entier est tombé sous le charme de Jean-François Breau grâce à la comédie musicale Don Juan. Nous l’avons surtout perçu comme étant un grand séducteur, mais dans son deuxième album, Exposé, lancé le 6 février dernier, nous allons découvrir un homme profond et sage. Quelqu’un pour qui la prière est un élément essentiel à la vie!
Jean-François, le premier extrait de ton nouvel album s’intitule Ainsi soit-il. Parle-moi un peu de la signification de ce titre?
J’ai écrit cette chanson dans un contexte très particulier. J’étais à la maison, en train de regarder Le Téléjournal de 17h. On venait d’apprendre qu’un autre attentat suicide avait eu lieu mais, cette fois-ci, c’était un adolescent de 14 ans qui s’était enlevé la vie. J’ai vraiment été bouleversé par cette nouvelle. C’est à ce moment que j’ai eu envie de composer une chanson sur mes inquiétudes face à notre avenir et sur les messages que la planète nous envoie! Même si le titre semble fataliste, dans cette chanson, j’ai voulu transmettre un message d’espoir.
Es-tu de nature optimiste?
En fait, je suis plutôt quelqu’un de croyant. Je ne suis pas gêné de te le dire: je viens d’une famille pour qui la prière a toujours été très importante. Je suis allé longtemps à l’église avec mes parents. Évidemment, aujourd’hui je n’y vais plus autant, mais je continue à prier. C’est une façon pour moi de me réconcilier avec les aspects plutôt négatifs de la vie. Tous les soirs, je fais mes demandes et, surtout, je remercie le ciel de me donner la possibilité de faire le métier que j’exerce.
Quand tu dis «remercier le ciel», penses-tu à quelqu’un en particulier?
Il y a quelques années, mon grand-père, dont j’ai toujours été très proche, est décédé. Depuis, il est devenu mon ange gardien. Je lui parle souvent... et ça marche! Je me trouve tellement chanceux; j’ai des gens exceptionnels à mes côtés, dont j’apprends beaucoup.
Je sais que c’est ton père qui gère ta carrière; est-ce facile de jumeler affaires et famille?
C’est sûr qu’au début il y a eu quelques ajustements. Mon père faisait certaines choses qui me tapaient sur les nerfs, et vice-versa. Puis, un jour, on a eu besoin d’avoir une vraie conversation pour éliminer les irritants, et tout est rentré dans l’ordre. Depuis, c’est le bonheur! Je ne pourrais pas trouver mieux que celui qui m’a conçu. On se connaît tellement bien qu’il suffit parfois d’un simple regard pour qu’on se comprenne. C’est parfait pour les négociations!
L’image que tu as projetée ces deux dernières années semble bien différente de celle que je perçois en ce moment. Est-ce que Don Juan a fini par déteindre sur Jean-François?
C’est vrai que l’image que j’ai dû véhiculer pour promouvoir mon personnage a pris beaucoup de place dans ma vie, particulièrement quand nous sommes partis jouer à Paris. Quand j’accordais des entrevues, je devais adopter l’attitude de
Don Juan et me vêtir comme lui; c’était très exigeant! Alors, j’imagine que le public a fini par penser que Jean-François Breau et
Don Juan ne faisaient qu’un. Mais il faut savoir que j’ai toujours adoré la pop britannique — comme la musique de Coldplay et celle de James Blunt —, et je suis conscient que ce que j’ai chanté depuis deux ans est bien loin d’y ressembler.
As-tu peur que tes fans ne te suivent pas dans cette nouvelle aventure?
Je reste confiant mais, de toute façon, je n’avais pas vraiment le choix. Je devais revenir à mes racines, à mes sources d’inspiration. C’est une façon de me respecter. Je suis très fier de ce que j’ai accompli dans le passé mais, pour avancer dans la vie, il faut accepter les changements. Ils sont souvent très bénéfiques.
Tu n’a pas l’intention de faire une croix sur Don Juan quand même?
Bien sûr que non! C’est vrai que, dans les mois à venir, je devrai mettre ce personnage de côté, mais j’ai l’intention de le retrouver avec plaisir l’été prochain. C’est un peu comme en amour: il faut parfois se séparer de l’autre pour réaliser à quel point on tient à lui ou à elle!