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Pierre Lapointe - «La création est ma vie»
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«Bien sûr que mon univers est noir. Je ne le cache pas, mais je préfère appeler cela une mélancolie douce très énergisante, car dans la vie il y a autant de beau que de laid.»

PIERRE LAPOINTE

«La création est ma vie»

04-04-2009 | 04h00
À la fois intense, touchant, mais surtout bien dans sa peau, dans son être, acceptant la vie, apprivoisant la mort, Pierre Lapointe nous offre à 27 ans, Sentiments humains, son troisième album, la suite logique de son mégaspectacle Mutantès.

Il est assis sur une banquette de ce petit café rue Ste-Catherine, heureux de parler de sa nouvelle création.

Souvent, sa poésie, ses propos sont tellement noirs qu’on s’inquiète de lui, qu’on a le goût de lui demander s’il va bien.

Rassurez-vous, Pierre Lapointe, l’artiste unique en son genre, créateur exceptionnel de sa génération ne s’est jamais senti aussi bien.

«Bien sûr que mon univers est noir. Je ne le cache pas, mais je préfère appeler cela une mélancolie douce très énergisante, car dans la vie il y a autant de beau que de laid», dit-il en souriant.

SON HISTOIRE

Pour mieux comprendre l’homme derrière les mots, retrouvons-le dans son enfance.

Il est né au Lac-Saint-Jean, a été élevé à Gatineau, mais retournait tous les étés dans sa région natale chez sa grand-mère. À Gatineau, ses parents tiennent un magasin et sa mère étudie en art visuel.

C’est un enfant triste qui trouve déjà la vie bien longue. L’ennui l’habite.

Tour d’horizon de Sentiments humains

 

  • Ces étranges lueurs et Le magnétisme des amants: «Ce sont des chansons d’amour, la fusion de deux êtres. Je suis un très bon amoureux. C’est l’abandon total.»
  • Je reviendrai: «C’est mon Mal de vivre de Barbara...»
  • Tu es à moi: «Cette chanson était écrite pour quelqu’un d’autre et un jour, j’ai dit non, elle est à moi...»
  • Les lignes de ma main: «C’est la première chanson que j’ai écrite sur mon nouveau piano. Je me suis acheté le piano de mes rêves et l’ai installé dans mon appartement. Ça m’a pris un an à l’apprivoiser, tellement j’étais attaché à mon premier piano avec lequel j’ai vécu mon enfance. Ça a donné cette chanson.»
  • Les Sentiments humains: «Barcelone est une mère ingrate - attention, je ne parle pas de ma mère! - c’est le fait que la vie peut être belle mais aussi déchirante. J’aime que mes chansons donnent des images fortes dans la tête des gens.»
  • L’enfant de ma mère: «C’est la vie et aussi la mort qui se côtoient, quand je chante ‘J’ai frappé contre le mur ma tête, J’espère qu’elle éclatera’ . Je voulais que l’image soit forte.»
  • Comme si c’était hier: «C’est l’expression de l’impuissance.
  • Les Éphérites: «C’est un mot inventé... Ça peut être des traces laissées après un tremblement de terre ou un tremblement de vie.»

  • La tournée de Pierre Lapointe avec Sentiments humains débute le 18 avril à Joliette, le 22 avril à Terrebonne et il sera au Saguenay le 1er mai, et le 6 mai à l’Étoile à Brossard.
«La mort m’obsédait. Pour moi, la vie ne donnait rien. L’achat d’un piano à 12 ans m’a sauvé. J’ai payé la moitié, 1000$ avec mon argent de poche. Je n’ai fait que cela, jouer du piano. La vie, tout à coup, est devenue moins longue», raconte Pierre Lapointe, précisant avoir été un enfant modèle.

Aujourd’hui, quinze ans plus tard, l’enfant devenu un homme a fait la paix avec lui-même. Il n’a plus peur de manquer de temps, ne craint pas de ne pas pouvoir accomplir quelque chose.

Le spectacle Mutantès a contribué à ce bien-être.

«La création est devenue ma vie. Avant d’être une chanteur, je suis avant tout un artisan de la recherche artistique. Et à 27 ans, après Mutantès, je suis fier de ce que j’ai pu accomplir. Je croyais sincèrement atteindre cela plutôt vers l’âge de 40 ans. Si je mourais maintenant, je serais content du chemin parcouru.»

«J’ai compris que nous avions un certain pouvoir sur nous-mêmes; je me donne le droit de prendre des décisions. La vie est belle, il faut juste être patient», confie Pierre Lapointe.

Il ne croit pas devoir créer dans la douleur.

D’ailleurs sur la pochette, la photo de lui, couché, où il donne l’impression d’être mort, a été prise en faisant des blagues avec l’équipe.

«Je vis plutôt des émotions fortes, étant très influencé et en totale admiration devant les plus grands de la chanson française, Barbara qui me fait pleurer et Léo Ferré. Chaque mot de Ferré nous propose des images. Ferré clame les choses fermement. Moi, j’aime que chaque mot porte, crée une image dans la tête des gens. Je peux être habité deux ans par les paroles d’une chanson avant de les écrire.

Quand je parle d’affirmer au lieu de proposer, notez bien: je n’ai pas dit «Les» sentiments humains, mais bien Sentiments humains. Sentiments humains comme un poing sur la table. J’ai même failli appeler l’album Sensations fortes», raconte le créateur.

L’APRÈS-MUTANTÈS

Il se souvient de ce soir-là des Francofolies où il avait donné rendez-vous aux gens pour découvrir sa création.

«Je croyais qu’il n’y aurait personne, j’envoyais ma soeur voir s’il y avait des gens. Je n’osais pas regarder par la fenêtre. Et ils étaient plus de 100 000. Depuis, je crois en l’être humain. C’est le grand moment de ma vie. Après cela, en une semaine, j’ai écrit huit chansons de cet album.»

LA VIE TOUT SIMPLEMENT

Il dit s’être donné le droit à l’erreur, le droit de vivre. C’est ainsi qu’il écrit dans l’une de ses chansons:

«La vie est loin d’être un droit chemin, c’est écrit dans les lignes de ma main, si le bonheur a choisi votre âme pour y faire son nid, fermez vos yeux et laissez-vous guider. J’ai trop souvent mis au défi le bonheur.»

Pierre Lapointe se donne maintenant le droit de le vivre ce bonheur. Sentiments humains n’est pas un album noir, c’est sa célébration de la vie... à sa manière.

En guise de petit clin d’oeil tout simple à la vie justement, Pierre Lapointe m’a confié apprécier la qualité de la télévision au Québec. Il a adoré les Invicibles, est un fan de Tout sur moi et d’Annie et ses hommes.

Heureux Pierre Lapointe? «Absolument», clame-t-il.

SES DEUX MODÈLES: DANIEL BÉLANGER ET ROBERT LEPAGE

Pour son album Sentiments humains, Pierre Lapointe a demandé à Daniel Bélanger d’être son directeur artistique.

«Ce fut un conseiller extraordinaire. S’il y a une personne qui, depuis le début de sa carrière, est constante dans tous ses choix et a toujours su garder son identité, c’est bien Daniel Bélanger. J’en ai fait mon modèle», exprime avec admiration l’auteur-compositeur.

Daniel Bélanger lui a notamment conseillé d’inclure sur son album la chanson Le Bar des suicidés.

«C’est une chanson lumineuse», dit-il.

Quand on parle de Pierre Lapointe et de sa musique, deux noms reviennent, qui font partie de son équipe de création. Ce sont les deux Philippe, soit Philippe B et aussi son fidèle collaborateur de chaque instant, Philippe Breault.

«Ce sont mes parfaits complices. Philippe Breault et moi, on se complète parfaitement. On se dit les vraies affaires. Mais dans la démarche de cet album, ce fut intéressant d’aller chercher les conseils de Daniel Bélanger, afin qu’il nous guide et nous assure que nous étions dans la bonne direction.»

ROBERT LEPAGE

Un autre créateur que Pierre Lapointe admire particulièrement, c’est Robert Lepage.

Pour Mutantès, il est allé passer une semaine à l’atelier Lepage à Québec.

«Une grande expérience. J’aimerais un jour avoir un endroit où les gens pourraient venir créer, vivre leur démarche artistique et la présenter aux gens. Après ce séjour chez Lepage, j’ai encore plus compris que la création était ma vie.»

Il le dit, il est incapable de s’arrêter.

Il aurait pu présenter Mutantès plus de huit fois et vivre de ce spectacle pendant plusieurs mois. Non, il a préféré plonger dans ce nouvel album.

Il se lance dans une tournée où il présentera Sentiments humains, avec l’énergie que lui a donné sa récente démarche artistique de Mutantès.

«Il faut toujours que je me garroche plus loin. Des fois, ma mère me dit: ‘Tu n’as pas le goût de t’arrêter un peu et de profiter de ce qui t’arrive?’ Ma musique est dans ma tête, m’habite et j’aime la partager.»

Pierre Lapointe se trouve très choyé, dans le contexte actuel de l’industrie, de pouvoir compter sur une compagnie de disque solide comme Audiogram qui, dit-il, le laisse libre de ses choix et lui donne les moyens de créer.

«C’est incroyable d’avoir les moyens que j’ai. Y’ en a, de l’argent, dans cet album-là. Je leur en suis très reconnaissant».

Ginette Reno a révélé avoir investi 317 000 $ dans son dernier album... Pierre Lapointe dit que c’est moins que ça pour lui, mais «c’est beaucoup d’argent».

LA CRÉATION AVANT L’ARGENT

Et lui, quel est justement son lien avec l’argent?

«Je ne suis pas riche, mais je suis très bien. Je peux vivre de mon art, ce qui est très sécurisant. Mais faire plus d’argent n’est pas mon but dans ce métier, sinon, j’aurais continué avec Mutantès, par exemple. Je vendais plus de 10 000 billets à 75$ chacun en deux soirs. Mais comme j’ai déjà vécu avec le salaire d’un concierge et que j’étais aussi bien, je donnerai toujours priorité à la création avant le compte en banque. Je sais là où est mon vrai bonheur», répond avec sincérité Pierre Lapointe.

Il n’a pas trop à s’inquiéter. Il a vendu 150 000 copies de son album La forêt des mal-aimés. Pas moins de 20 000 s’étaient écoulés en une semaine, c’est même mieux que U2 au Canada.

Il en est d’ailleurs très fier.

SES FANS LUI SONT TRÈS FIDÈLES

«À Mutantès, j’ai vu dans la salle des ados, des grand-mères et des enfants, de 7 à 77 ans. Une telle reconnaissance m’émeut et me donne l’énergie d’aller encore plus loin», confie Pierre Lapointe.

LA RADIO ET PIERRE LAPOINTE: LE MARIAGE N’A PAS ENCORE EU LIEU

Pierre Lapointe ne croit pas que sa sortie à l’ADISQ, sur le fait que les radios ne jouent pas sa musique ni celle de plusieurs autres auteurs ou compositeurs, ait fait changer les choses.

Quatre ans plus tard, il se bat encore pour que sa nouvelle chanson, Je reviendrai, présentée à plusieurs radios, passe le test.

«J’ai tout de même vendu plus de 150 000 albums: si ça sonne pas des cloches aux dirigeants des radios, je ne sais pas ce qu’il faut faire. Ça me déçoit. Tout comme je trouve dommage qu’une jeune compositrice comme Stéphanie Lapointe ne soit pas entendue. Mais ce sont de longues batailles», dit-il.

On sait qu’il a écrit la chanson Eau salée du dernier album de Stéphanie Lapointe, une jeune artiste qu’il affectionne beaucoup.

«Elle a un beau talent», déclare Pierre Lapointe.

L’EUROPE

Enfin, quant à une carrière possible en Europe, il dit ceci: si l’occasion se présente, il la cueillera, mais il préfère son Québec, sa terre.

«Je ne me sens pas très bien en tournée. J’aime ma stabilité, j’aime pouvoir prendre mon char et aller voir mes parents à Gatineau. J’aime ma vie ici. M’installer trois mois en Europe, je déteste cela. Je n’ai pas absolument besoin de vivre ce trip-là dans ma carrière. Je le sais maintenant: il y a quatre ans, j’étais très fatigué et j’ai réfléchi énormément. Je sais maintenant ce que je veux», conclut Pierre Lapointe, plus solide que jamais.

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