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Notre dossier complet - Henri Salvador nous a quittés
©Jean Riz/PPCM/KEYSTONE Canada
Henri Salvador en 2001

NOTRE DOSSIER COMPLET

Henri Salvador nous a quittés

13-02-2008 | 07h44
Le chanteur français Henri Salvador est mort ce mercredi matin à sa résidence de Paris, à l'âge de 90 ans. La nouvelle, d'abord rapportée par une multitude de médias français, a été confirmée par sa maison de disques, Polydor.

Le célèbre artiste a été victime d'une rupture d'anévrisme.Le crooner à la voix de velours et aux éclats de rire mémorables a quitté la scène. Auteur, compositeur et chanteur qui savait manier la poésie autant que l'humour, Henri Salvador est décédé mercredi matin, après 60 ans d'une carrière solo jamais entamée par l'assaut des modes et du temps.

Le chanteur à l'éternel complet blanc et à l'inusable joie de vivre a été victime d'une rupture d'anévrisme, vers 10h30 à son domicile parisien de la place Vendôme, a-t-on appris auprès de sa maison de disques Polydor.

Maladie d'amour, Jardin d'hiver, Syracuse, Une chanson douce ont donc perdu leur interprète, qui avait récemment décidé de quitter la scène. «Je suis le seul qui peut tirer sa révérence encore vivant», avait-il lancé avant son dernier concert parisien en décembre dernier. Il devait encore se produire le 12 avril à La Défense dans le cadre du festival Chorus des hauts-de-Seine.

Henri Salvador n'avait pas abandonné la musique et il travaillait à la préparation d'un dernier album, qu'il pensait enregistrer cette année. «J'ai encore ma voix», avait-il confié à l'Associated Press en juillet dernier. «Autant m'en servir. Si je peux encore offrir quelques belles chansons aux Français, ce serait merveilleux».

La liste de ses succès est pourtant presque interminable. Le lion est mort ce soir, Syracuse ou Le loup, la biche et le chevalier témoignent de sa patte empreinte de poésie et de nostalgie, d'humour caustique aussi, mêlant blues, rock ou biguine (Blouse du dentiste, Rock and roll mops, Faut rigoler ou Zorro est arrivé). Son répertoire va des titres pour enfants, aux chansons «commerciales», «pour manger», et jusqu'aux inoubliables succès intemporels, comme Chambre avec vue. La chanson-titre de l'album de son retour en 2000, lui avait valu la reconnaissance tardive de ses pairs par le biais de deux Victoires de la musique.

Au total, quelque 950 titres écrits et/ou composés par Salvador ont été déposés à la Sacem, la société de gestion collective du droit d'auteur pour la musique. Mais «j'en ai deux ou trois milles qui dorment à la maison», affirmait cet infatigable travailleur, qui composait ses mélodies au «synthétiseur» dans son studio.

Doyen de la chanson française, ce fils d'un père guadeloupéen d'origine espagnole et d'une mère d'origine amérindienne avait débarqué à Paris l'année de ses sept ans, venu de sa Guyane natale. L'écoute de Duke Ellington et de Louis Armstrong à l'adolescence a «transformé» sa vie et c'est par le jazz qu'il commence sa carrière, après avoir appris la guitare seul.

D'abord accompagnateur de musiciens - dont Django Reinhardt -, il a rejoint Ray Ventura et son orchestre, avant d'emprunter la voie du succès en solo en 1947. Il rencontre le succès dès son premier disque avec les chansons Clopin-clopant et Maladie d'amour.

Salvador a toujours été accompagné du meilleur de l'air du temps: il a travaillé avec Boris Vian, avec qui il a écrit 200 chansons, côtoyé Sacha Distel ou Gilberto Gil. Plus récemmen|, il avait collaboré avec Laurent Voulzy, Benjamin Biolay, Keren Ann ou les Pink Martini, qui ont repris Syracuse.

En 1957, il a notamment composé Dans mon île, qui aurait inspiré Carlos Antonio Jobim pour créer la bossa nova. Jobim «a dit: “mais c'est ça, voilà ce qui faut faire: il faut ralentir la samba, faire de belles mélodies et de beaux accords”», racontait Salvador, «j'en revenais pas».

L'homme, qui a aussi été un grand showman de la télévision, affirmait ne pas ressentir le poids des ans. Tout juste avouait-il avoir été «fatigué» par une pneumonie après la sortie de Révérence, son dernier album enregistré en grande partie au Brésil, «merveille de pays», et paru à l'automne 2006.

L'artiste, qui se réfugiait souvent derrière le paravent de l'humour et de ses grands éclats de rire, cachait une vraie sensibilité. En octobre, il avait laissé échapper des pleurs sur la scène de la salle Pleyel. «Je trouve que c'est une faiblesse pour un artiste. Je m'en suis voulu», avait commenté l'artiste. «J'ai réalisé que c'était une des dernière fois que je voyais mon public».

Henri Salvador affirmait mener une «vie extrêmement simple» au côté de sa seconde épouse, Catherine Costa. «Je ne suis pas un people, on ne me voit pas partout», disait-il, «je suis satisfait de ma petite vie». Une vie saine («je n'ai pas bu, je ne me suis pas drogué, je n'ai pas fumé»), marquée par le travail et quelques parties de boules provençales, un sport dont il était spécialiste. [le texte continue plus bas]

Les réactions

Voici les réactions à l'annonce du décès mercredi d'Henri Salvador:

  • Le président Nicolas Sarkozy, faisant part de son «infinie tristesse», a salué un artiste qui se plaçait «aux confluents du jazz, de la chanson et de la bossa nova, de l'Europe et de l'Amérique, ami de Boris Vian, de Sacha Distel et de Gilberto Gil». Pour lui, Henri Salvador «a incarné avec humour et élégance, pendant plus d'un demi-siècle, l'art de la chanson 'à la française'», citant Une chanson douce, Syracuse, Le jardin d'hiver chantés par «sa voix de velours inimitable».

  • Le Premier ministre François Fillon a salué «son extraordinaire longévité artistique, des années 30 à son dernier album 'Révérence' en 2006», qui «force l'admiration et a fait de lui l'un des artistes français les plus célébrés. Il rend hommage à ce Français de Guadeloupe né à Cayenne, interprète de Syracuse, Maladie d'amour ou du Jardin d'hiver et qui aura marqué tous les genres musicaux du rock au jazz en passant par la bossa nova. Son rire si caractéristique et sa personnalité solaire manqueront à des générations de Français bercés par sa Chanson douce».

  • L'ancien directeur de l'Olympia, Jean-Michel Boris, a salué une «carrière absolument phénoménale» et une «voix magnifique». «C'est une grande perte», a-t-il dit sur France Info en parlant également d'un grand guitariste. «Henri, on a toujours beaucoup plus en tête son rire et son côté humoristique, alors qu'à côté de ça, il y a beaucoup de tendresse dans les chansons qu'il a interprétées».

  • La ministre de la Culture Christine Albanel salue dans un communiqué un artiste qui aura été «auteur, compositeur, interprète, jazzmen, comédien et homme de télévision d'une extraordinaire drôlerie». Salvador «aura ainsi réussi dans toutes ses entreprises, avec un bonheur, une grâce, une apparente nonchalance que ce travailleur infatigable se plaisait à cultiver. C'était pour lui une forme d'élégance»..

  • Le compositeur Michel Legrand, qui a été le pianiste d'Henri Salvador, a salué son «talent (...) quelque chose qui (l)'a toujours bouleversé. On était des amis, on était inséparables», a-t-il expliqué sur Europe-1, racontant que, dans le travail, «il était contradictoire: il était à la fois vachement paresseux, il passait ses journées au lit quand on était en tournée, il sortait seulement le soir pour aller faire le concert. En même temps, il était très, très travailleur, il voulait que ce soit parfait, impeccable».

  • Le chanteur et compositeur Laurent Voulzy a rendu hommage à «un grand guitariste» avec lequel il a travaillé, ayant notamment écrit des arrangements pour lui. «J'avais évidemment de l'admiration pour lui parce que c'était un grand musicien, et puis j'appréciais l'homme», a-t-il déclaré" sur RTL.

  • L'animateur de télévision Michel Drucker a rappelé qu'il était un très grand musicien qui a amené la bossa nova en France. «C'est un très grand jazzman. Il avait appris à (Sacha) Distel à jouer de la guitare. Ils vont pouvoir faire un boeuf ensemble», a-t-il déclaré sur RTL. Salvador «était l'artiste préféré de Charles de Gaulle (...) et des Français: c'est une petite partie de nos vies qui disparaît avec Henri», a conclu Michel Drucker.

  • L'ancien président Jacques Chirac et sa femme Bernadette, qui disent avoir perdu «un ami très cher», estiment dans un communiqué que «la France perd aujourd'hui un immense talent, dont les chansons comme l'éclat de rire resteront dans toutes les mémoires. Il était également un homme de coeur, d'une grande sensibilité, généreux, attentif, doté de qualités humaines exceptionnelles, d'un esprit vif et d'une joie de vivre si communicative».

  • L'ancien ministre de la Culture Jack Lang juge que «cet homme-orchestre a su marier avec bonheur les couleurs, les cultures, les saveurs et inventer un art métissé profondément français. Nous n'oublierons jamais ses légendaires éclats de rire qui ponctuaient ses traits d'humour décapants et ses rythmes endiablés. Il aura dominé le siècle par sa stature originale et a su tour à tour avec drôlerie et tendresse entremêler son inspiration à celle d autres créateurs tels que Ray Ventura, Boris Vian». Dans un communiqué, M. Lang estime que «l'un des miracles de l'oeuvre de Henri Salvador est d'avoir réussi à traverser et à émouvoir toutes les générations».

  • Le député de la Guadeloupe Victorin Lurel salue dans un communiqué «une grande figure du music-hall français qui portait l'Outre-mer dans son coeur et qui fut l'un des premiers symboles de la diversité culturelle. Son rire et ses nombreuses chansons appartiennent aujourd'hui au patrimoine culturel français», estime le président du Conseil régional de la Guadeloupe.

  • La secrétaire nationale du Parti communiste Marie-George Buffet évoque dans un communiqué «un artiste immense qui a marqué des générations entières d'hommes et de femmes. Amoureux du jazz, amuseur inconditionnel et même fondateur de la bossa nova à la française, ses mélodies et ses éclats de rires laisseront une empreinte profonde dans nos têtes et dans nos coeurs», observe-t-elle.

  • L'humoriste Elie Semoun a salué sur LCI la mémoire d'Henri Salvador qui «lui a donné l'impulsion pour chanter, il a même eu la gentillesse de (lui) offrir quelques mélodies dans (son) deuxième album. Son enveloppe corporelle va disparaître mais son oeuvre va rester».
  • La chanteuse Nicole Croisille a salué un «showman d'enfer, plein d'"humour et d'autodérision. Toute mon adolescence a été bercée par ces jolies berceuses avec lesquelles on l'a connu au début», a-t-elle témoigné sur RTL, avant de rappeler le «magnifique retour» du chanteur à la fin de sa carrière. «Mon regret aura été de n'avoir pas fait de duo avec lui» à ce moment-là, a-t-elle confié.

  • L'animateur Stéphane Collaro a dit «chapeau» sur RTL à Henri Salvador car il avait réussi à «faire des succès avec des chansons comiques et avec des chansons poétiques et nostalgiques. Je croisais toujours Henri avec beaucoup de bonheur. C'était vraiment la joie de vivre, -j'allais dire- la joie de rire, avec un rire communicatif, comme on en fait peu», a-t-il ajouté. «Il a eu une vie magnifique, une carrière fantastique» et, «j'espère, une mort douce et sereine».

  • Le musicien de jazz André Cicarelli a regretté sur Europe-1 le décès d'un «copain», drôle mais «très sensible. C'était vraiment un clown, mais avec les deux parties, tragi-comiques: il faisait l'andouille tout le temps, mais il ne pouvait pas chanter par exemple 'Avec le temps' (de Léo Ferré NDLR). Il n'arrivait pas au bout».

  • Le chanteur Bénabar a estimé sur iâtélé qu'Henri Salvador «frôlait la légende». «On avait plein de projets ensemble, c'était plutôt quelqu'un qui se mettait au niveau pour rester dans le match (...), pas du tout quelqu'un dans une tour d'ivoire à compter ses disques d'or».

  • Le chanteur Benjamin Biolay, qui avait composé pour Henri Salvador le tardif succès Jardin d'hiver, a évoqué sur iâtélé un immense musicien. «Le jour où il a chanté Jardin d'hiver pour la première fois, j'ai vu ce qu'était qu'un immense interprète, à quel point il pouvait magnifier un texte, se l'approprier.