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© Le Journal de Montréal |
Robert Charlebois |
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ROBERT CHARLEBOIS
Entretenir le mythe
Manon Guilbert
Le Journal de Montréal
24-11-2007 | 05h00
PARIS — Depuis le début de novembre, Robert Charlebois et ses musiciens sillonnent la France et la Suisse dans le prolongement du spectacle
Tout écartillé, offert 200 fois.
Robert Charlebois arrive tout juste de la
Suisse, où un spectacle lui a donné une
nouvelle fois la mesure de la fidélité de ces
spectateurs.
«On se fait une drôle d’idée de la Suisse»,
lance Charlebois en gesticulant et en
arpentant la salle de séjour de son appartement
parisien. «C’est beau, c’est magnifique.
On sait y vivre!»
Robert Charlebois, que tous les Français
vénèrent comme le révélateur du rock en
français, continue d’entretenir le mythe. À
l’époque des Polnareff, Claude François,
Hervé Vilar et Johnny Hallyday, les rois du
yé-yé, il a cassé la baraque. Le ressortissant
québécois a semé la révolution dans cette
chanson pour midinettes ou Rive Gauche
pour intellectuels.
Cependant, cette image s’est élimée avec
les décennies. Robert Charlebois a beau
avoir conservé ses cheveux, qu’il a encore
très abondants en afro, avoir la pêche comme
dans les années 1970, il a l’impression
de faire maintenant le crooner, le chanteur
de ballades avec des chansons qui appartiennent
à l’époque de Cartier ou de Vivre
en ce pays, ou encore de Lindbergh.
«Les jeunes ne savent pas trop bien qui
je suis parce que je n’ai pas de hits à la radio
et que je vais à des émissions de télévision
comme chez Drucker et Sabatier, où
on me demande toujours de chanter les
mêmes chansons en play-back avec des
mannequins-danseurs derrière!» ajoute-t-il
dans un grand éclat de rire.
Charlebois sait très bien quelle place il
occupe sur la scène française, où les rappeurs
rivalisent avec les slammers et les
star académiciens. L’époque a changé et il a
conservé de la part des soixante-huitards,
son public de la première heure, une grande
fidélité. Ceux-là le retrouvent chaque
fois avec plaisir et ils sont souvent accompagnés
de leurs enfants.
La province
Charlebois avoue sans ambages que la
tournée le ravit. C’est là qu’il retrouve indubitablement
les gens qui vibrent à son
énergie.
Le 1er décembre, il sera sur la scène du
Bataclan, une salle mythique où il se sent
parfaitement chez lui comme il se sentait
quand il prenait l’affiche du Spectrum de
Montréal, sa jumelle défunte.
Ce spectacle unique, alors que l’an dernier
il y habitait pour une semaine, a été
précédé d’une longue tournée où il s’est
senti reconnu et apprécié.
«Il y a des villes où les gens mangent littéralement
le show. Ils s’amusent de mes
blagues sur Sarko, sur Johnny (Hallyday).
Je n’ai pas exporté exactement le show du
Québec, pour eux ce serait trop. Il y en a
même qui se bouchent les oreilles parce
que c’est très fort. Ils le laissent savoir. Je
ne veux pas les assommer. Mais au fur et à
mesure que le spectacle avance, on les fait
saigner des oreilles. Ils ne s’en rendent pas
compte dans la progression. J’essaie de
leur offrir le meilleur des deux mondes.»
Le répertoire de Charlebois, depuis le
temps, a fait des adeptes. Il leur serine Fu
Man Chu, Tout écartillé, Mon pays, c’est pas
un pays, c’est un job (La Manufacture),
J’t’aime comme un fou, ils en veulent plus et
ils trouvent ça bon bien que certains mots
accrochent.
Charlebois, qui avait promis un jour de
ne plus chanter créole, laisse les mots joual
s’infiltrer en semant des regards interrogateurs.
«Je les vois, ils se grattent les
oreilles. Mais, c’est drôle!
«Les salles en province, dit-il, c’est comme
les frigidaires pour la bière. Il n’y en a
pas tant que ça. Il faut les réserver très
longtemps à l’avance. Mais beau temps,
mauvais temps, je reviens chaque année.