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France d'Amour - Le Québec vu par France
© Photo Isabelle Dubé, Le Journal de Montréal
France d'Amour

FRANCE D'AMOUR

Le Québec vu par France

Philippe Rezzonico
Le Journal de Montréal
06-10-2007 | 05h00
Mardi, elle sera de retour avec son septième album, Les Autres, placé sous le signe de l’observation. En dépit de cette orientation moins personnelle, le disque est à l’image de sa créatrice: typiquement québécois, plein de taches de rousseur et de route 117. Bienvenue chez France D’Amour P.Q.

On n’a guère eu à chercher midi à 14 heures pour cette mise en situation, dans la mesure où l’une des chansons de l’album se nomme justement D’Amour P.Q.

«C’était une chanson qui devait me servir à présenter les musiciens. On a essayé ça live et ça a marché. Dès fois, t’essaies de faire des textes à plusieurs niveaux. Celle-là, c’est très simple, et la simplicité, c’est ce qu’il y a de plus dur à faire.»

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France D’Amour ne change pas. Même sourire radieux, même franc-parler, même langage direct, même coupe de cheveux qui met en valeur sa tignasse rousse. Sur disque, on pourrait ajouter que sa propension à façonner des chansons à forte teneur mélodique est décuplée, ici. N’empêche, pour ce petit nouveau, elle a modifié l’une de ses façons de faire.

«Je sais que c’est un cliché, mais je me suis souvent fait dire: «Il y a quelque chose dans tes spectacles qu’il n’y a pas sur tes disques.» Ce disque-là, on l’a fait durant la tournée de Hors de tout doute. On a enregistré les chansons live avec les musiciens, ce que je n’avais jamais fait de ma vie. J’ai monté les tracks avec les musiciens, en les jouant avec eux. Pour Hors de tout doute, j’étais arrivée avec toutes les pistes en studio. Ça, c’est vraiment un trip de gang, surtout sur le plan de l’interprétation.»

Écoutez des extraits de son album Les Autres

La mouche


Le bonheur te fait de l'oeil


Moi j'ai toi


LA LIGNE DIRECTRICE

«Il y a des chansons pour être partagées, pour être chantées avec le monde, mais la ligne directrice, c’est justement les autres. Il y a pas beaucoup de chansons où j’écris au je, contrairement à mes six autres albums. Je n’ai jamais eu un album où je parle si peu de moi, contrairement au fameux (voix nasillarde): Ah, mon prochain album il est plus personnel. À un moment donné, tu as fait le tour de ton nombril.

«Les autres m’intéressent plus que moi﷓ même. Ils me nourrissent. Ils m’intriguent. Jean-Paul Sartre a dit: L’enfer, c’est les autres. Mais sans les autres, il n’y a rien pour se mesurer. L’être humain vit et survit en communauté. Comme dans un groupe de musique. C’est un microcosme de cette société.»

Et de quoi parlent Les Autres? D’inclusion québécoise, pour commencer, par l’entremise de la chanson la plus festive et la plus rassembleuse de l’album, Je l’appelle ma maison, où D’Amour fait un clin d’œil à l’œuvre de Daniel Bélanger avec la phrase: «Comme le dit la chanson, t’es ma plus belle saison.» «Si j’avais voulu écrire une chanson pour n’importe qui, ça serait celle-là, dit-elle. Un Français pourrait chanter ça en parlant de sa place, un Italien pourrait le faire pour la sienne. Je ne voulais pas mettre le mot Québec là-dedans. C’était un beau défi de décrire le sentiment d’appartenance envers l’endroit où tu habites. Il y a un feeling là. Il y a quelque chose de tangible, comme quand tu voyages et que tu rencontres des gens d’ici. Il y a une émotion, comme lors de la Fête nationale, comme quand tu vas voir un show et que tout le monde tripe sur la même chose au même moment.»

INCLUSION

Si l’on se doute que cette chanson va devenir un hymne pour la belle France, cette nouvelle composition est fort significative au moment où le Québec parle d’accommodements raisonnables et de crise identitaire. Dans Je l’appelle ma maison, D’Amour décrit le Québec entre autres en parlant couscous, pas exactement un mets typiquement québécois à l’origine.

«Quand je fais allusion aux «jeunes arbustes» ou aux «vieux saules pleureurs» et que je dis: Que vous soyez de souche, de racines ou de feuilles/Reçue en héritage ou au bout du voyage/La maison appartient à ceux qui en prennent soin, c’est ça le Québec d’aujourd’hui.»

En revanche, la chanson Les Autres n’a pas la connotation sociale qu’on pourrait lui accoler.

«Dans ce cas, c’est plutôt une observation de la race humaine. Dans la vie, c’est toujours la faute des autres. C’est typique de l’être humain. Ici, je ne parle pas nécessairement des Autres. Celle-là, j’aurais pu la nommer Nous autres

LES PROCHES

Ce nouveau disque réalisé par D’Amour et Guy Tourville contient des chansons imagées (La Mouche), des chansons bohèmes (Rêveurs d’avenir) , des chansons festives (D’Amour P.Q.), des rocks mordants qui dénoncent le matérialisme (Moi j’ai toi), mais également un trio (Ma sœur, Le bonheur tefait de l’œil, Le Soleil du cirque) que l’on peut qualifier de chansons personnelles. «Le bonheur te fait de l’œil, c’est pour encourager un ami qui se trouve toujours le pire au monde. Je ne suis pas d’accord, d’où la phrase portant sur Bush.»

Ma sœur ne devait passe retrouver sur disque. Mais le cœur et le public ont parlé. «C’était pour les 40 ans de ma sœur. Je crée une chanson, je recherche ses amies d’enfance, je planifie un surprise-party, j’écris la toune et je la fais devant elle. Pendant la production, Guy me dit: Hé, on devrait la refaire, la chanson pour ta sœur. C’était pas prévu, mais comme je suis en tournée, je l’essaie en spectacle un soir à Terrebonne quand ma sœur est dans la salle. Tout le monde braille et je reçois plein de courriels. On l’endisque.»

Finalement, Le Soleil du cirque est peut-être plus personnel.

«Celle-là, c’est pour mon chum, qui est acrobate au Cirque du Soleil. La différence entre le monde du cirque et celui de la musique est immense. Ce sont des athlètes. Nous, on est une gang de mollusques, même sije ne dirais pas ça de tous les artistes. Le matin, les athlètes font du jogging, pas les artistes.

– Les artistes sont levés le matin? «C’est ça (rires). Et ça me fait plaisir de parler des artistes du Cirque du Soleil qui sont la raison d’être du cirque, malgré tout le talent de Guy Laliberté.»

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