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La fermeture du Spectrum - Une salle, une âme, une histoire
© Journal de Montréal
Le Spectrum

LA FERMETURE DU SPECTRUM

Une salle, une âme, une histoire

Philippe Rezzonico
04-08-2007 | 04h00
Vingt-cinq ans d’activités, des milliers de shows et d’artistes, une aura unique. Le Spectrum, qui ferme demain soir, aura laissé une trace indélébile sur la culture musicale de Montréal. Cofondateur de Spectra et de la salle mythique, André Ménard se souvient.

Pourquoi cette salle de la rue Sainte- Catherine est-elle devenue l’institution que l’on connaît? Pour des raisons économiques, sociales et culturelles.

«Le Club Montréal n’avait pas marché, entre autres parce qu’il y avait des sièges fixes placés de côté qui t’obligeaient à te tourner pour voir la scène. On a mis des rideaux sur les murs, on a complètement transformé le lieu et on y a mis une âme.»

Va pour les transformations physiques. Mais il y avait aussi le contexte. «Avant 1982, pour un artiste américain ou un artiste québécois qui voulait se produire un soir, il fallait louer une salle, généralement le St-Denis, qui n’était pas équipée. Il fallait rentrer l’équipement, l’éclairage, le piano, le son. Il n’y avait rien là. Ça comportait des risques pour un promoteur.

«Après le référendum de 1980, il y avait une déprime référendaire, mais il y avait aussi une récession. Pour DKD, la salle représentait une bonne solution pour produire un artiste américain. Elle a aussi servi de relance pour la plupart des artistes des années 1970 issus de groupes qui faisaient carrière solo: Michel Rivard, Richard Séguin, Paul Piché, Pierre Flynn. Le Spectrum est devenu une proposition artistique et économique qui comportait moins de risques. Tout y était, il y avait même un studio 24 pistes en arrière et on pouvait enregistrer pour la télévision. Et ç’a été la salle où il y a eu le plus de convergence entre artistes francophones et anglophones.»

D’autres facteurs ont contribué au succès de la salle, qui présentait de 220 à 240 shows par année dans sa période de pointe, à la fin des années 1980.

Institution

«On voulait une institution. On ne voulait pas un bar trendy. Même si on avait un bar, on a jamais exploité un bar en faisant une promotion deux pour un. Guy Gosselin, qui était avec (Ruben) Fogel et (Michel) Sabourin à l’ouverture du Club Soda, avait dit qu’il ne voulait que faire des affaires hot là-bas. J’avais rétorqué à un journaliste que j’étais prêt à faire à peu près n’importe quoi si c’était bon. J’ai réalisé assez vite le mérite de faire The Exploited et d’enregistrer le quiz de Pierre Lalonde le lendemain. Tout ce qui touchait aux extrêmes était intéressant. Tu imagines si, en 1982, on avait déclaré que le Spectrum allait être la salle du new wave?»

«Même si c’est un peu gonflé de se comparer, je compare le Spectrum au Fillmore West (légendaire salle de San Francisco). Quand Bill Graham (le propriétaire) s’est pointé à Montréal avec Procol Harum, je me suis présenté en disant: Bienvenue au Fillmore North.»

La salle peut-elle revivre en face de son emplacement actuel, quand l’îlot Balmoral, lui aussi, renaîtra de ses cendres? «Tout est possible, mais il y a une réalité économique, dit-il. Quand les plans seront prêts, quand le plan d’urbanisme sera établi, ça se pourrait. Mais dans ces affaires-là, il ne faut présumer de rien. Franchement, je pense que le Spectrum, on en est plus à parler de son histoire que de son avenir.»

Au final, Ménard n’aura pas eu trop de regrets. Deux, en fait. «Arcade Fire ne fait pas le Spectrum ou le Métropolis parce qu’il trouve ça trop corporate et il fait Brixton Academy, à Londres. C’est à n’y rien comprendre… C’est mon seul regret: ne pas l’avoir produit au Spectrum. Tout comme les Rolling Stones, mais ça, c’est pour des raisons différentes (rires)!»

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