Accueil Divertissement
 
JDM
Corneille - À la conquête de nouveaux territoires
©Youri Lenquette/Wagram
Corneille

CORNEILLE

À la conquête de nouveaux territoires

Philippe Meilleur
Le Journal de Montréal
23-06-2007 | 04h00
Ce n’est pas un hasard si son nouvel album, The Birth of Cornelius, est entièrement en anglais: après dix ans passés au Québec, Corneille s’attaque au marché international.

Il fallait s’y attendre. Après Parce qu’on vient de loin et Les Marchands de rêves, qui ont propulsé Corneille au sommet de sa popularité au Québec, le chanteur quitte son nid d’adoption pour explorer de nouvelles contrées.

Dans la chic chambre d’hôtel dans laquelle Corneille enchaîne les entrevues, l’ambiance est décontractée. Qu’il aborde les mélodies de son nouvel album ou l’histoire de son enfance, l’artiste conserve une voix incroyablement calme et posée. En grand amoureux de la langue, le compositeur prend le temps de choisir le bon mot avant chaque réponse.

The Birth of Cornelius est le premier album entièrement en anglais de l’artiste. Ce changement vise à conquérir, entre autres, le Japon, l’Allemagne et le Canada anglais. Ambitieux projet, donc.

«Beaucoup de choses ont bougé du côté international, dit Corneille. C’est rare qu’un artiste ait la chance de vivre l’expérience de s’attaquer à de nouveaux territoires.»

Écoutez des extraits du nouvel album de Corneille,
The Birth of Cornelius

Too much of everything


Back to Life


Love is good


Spending on you


Soul chaleureuse

Pas de craintes à avoir, toutefois, sur la recette dont entend se servir le compositeur pour séduire ces nouveaux publics. The Birth…ne s’éloigne pas tellement des deux albums précédents. On y retrouve des mélodies résolument pop et accrocheuses accompagnées de l’esprit soul à la Marvin Gaye. Une teinte de couleur africaine rehausse un ensemble très chaud, porté vers le classy plutôt que le flamboyant.

«Pour Les Marchands de rêves, j’ai essayé quelque chose d’un peu plus lent, acoustique et minimaliste dans sa production, compare-t-il. Avec ce troisième album, je suis arrivé à maturité,même si on n’arrête jamais de grandir.» «L’album a été enregistré en analogique, ce qui donne au son un côté très organique, chaleureux, poursuit-il. Il rappelle le son des années 1960 et 1970 avec lequel j’ai grandi.»

Et comment s’est déroulée l’écriture en anglais?

«J’ai appris à aimer la musique avec des chanteurs pop américains comme Michael Jackson, Prince et Stevie Wonder, explique Corneille. Avant 2000, j’écrivais déjà en anglais. L’écriture de The Birth…a donc été très naturelle et spontanée pour moi. Le processus de création est ainsi plus libre puisqu’il me ramène à mon enfance. Cet aspect se ressent sur l’album.

«Tous ces mix un peu bizarres qui se retrouvent en moi donnent ce son si particulier qui, je crois, me correspond.»

Pas peur de s'envoler

Corneille devait présenter son nouvel album au Festival de jazz de Montréal au début juillet. Ce ne sera pas le cas.

«Ç’aurait été mon premier spectacle en anglais à Montréal, explique le chanteur. Entre les promotions en Allemagne et au Japon, j’aurais été obligé de présenter quelque chose de préparé à la dernière minute. Une telle première n’aurait eu aucun sens alors que j’entreprends une carrière internationale.»

Un problème de communication aurait entraîné l’imbroglio, selon le chanteur. «Ce n’est que partie remise», s’empresse-t-il d’ajouter.

Avec un nouvel horaire partagé entre trois continents, plus d’un amateur serait tenté de croire que Corneille pourrait perdre contact avec le Québec avant longtemps. Il n’en sera pas ainsi, si l’on en croit le principal intéressé.

«Je suis ici depuis dix ans, ça en dit long sur ma vision du Québec. D’autant plus que ma belle-mère est québécoise, disons que ça crée un lien très fort», dit-il en riant.

Citoyen du monde

«Plus sérieusement, j’ai eu un peu d’appréhension au début face à ça,mais j’ai compris que je suis un vrai citoyen du monde. Je ne veux pas limiter mes aspirations en tant qu’artiste à un seul territoire de peur que les gens ne m’y acceptent plus. Il ne faut pas oublier qu’un artiste qui sort du Québec amène une partie de cette culture avec lui.

«J’espère honnêtement que les gens seront contents pour moi, tout simplement.»

C’est ainsi que Corneille le citoyen du monde prend enfin la route.

The Birth of Cornelius a été lancé le 20 juin au Japon. L’album est attendu le 3 juillet au Canada.

Regarder la tragédie du Rwanda bien en face

En explorant le marché international, les questions relatives à l’enfance de Corneille au Rwanda referont surface comme aux premières années du chanteur au Québec. L’artiste a-t-il peur de devoir replonger dans le récit de ce génocide dont il est l’unique rescapé de sa famille?

«Dans le passé, je n’ai pas vraiment parlé de cette histoire moi-même, répond spontanément le compositeur. Les médias l’ont mise de l’avant,même si j’étais mal à l’aise d’en parler. J’abordais le sujet très vaguement pour qu’on en finisse le plus vite possible.»
«J’ai laissé les gens raconter mon histoire comme une espèce de fait divers. J’ai eu de la peine là-dedans, je suis un être humain d’abord et avant tout, artiste ou pas.»

Voir les choses en face

«Aujourd’hui, j’ai beaucoup changé par rapport à cette question, continue-t-il. J’ai commencé à regarder les choses vraiment en face. Pour la première fois, j’en parle en utilisant les bons mots et en reflétant mes vrais sentiments par rapport à ça.»
Il soutient n’avoir jamais eu l’idée de devenir une sorte d’ambassadeur des bonnes causes.
«Ç’a été très lourd d’être l’exemple parfait de la résilience. C’est presque devenu politique à l’occasion. Il me semblait parfois être en pleine campagne électorale, comme si les gens me choisissaient pour avoir ce discours.»

L’artiste dit avoir adopté une nouvelle attitude face à son passé.
«Je n’ai pas plus d’obligation civique ou sociale qu’un autre, dit-il. Il ne faut pas que ça devienne un boulot, surtout lorsque l’on n’a pas fini de régler ses propres bobos.»

L'apport de Kévin

Quant à l’apport de son nouveau gérant Kevin Canning, avec qui il travaille depuis le début de l’année, Corneille considère simplement que la collaboration va «très bien» et qu’elle lui a ouvert des portes, principalement au Japon. Il reste aussi flou sur les comparaisons entre Kevin Canning et son ancien gérant et ami de longue date René-Frantz Durosel.

haut