André Péloquin
Journal de Montréal

Pour une dernière fois: Chuck Berry!

En critiques cette semaine: Dan Auerbach, Aliocha, Camille, Obey The Brave et Chuck Berry! - Pour une dernière fois: Chuck Berry!

Photo courtoisie

André Péloquin

Chuck berry - Chuck

* * * ½

Trois mois après son décès, le père du rock n' roll revient hanter ses ouailles avec Chuck, un ultime album couci-couça qui vient mettre un terme à un silence de près de 40 ans.

Bien qu'infiniment plus satisfaisant que son LP précédent, l'uber farté Rock It datant de 1979, Chuck est - comme son titre l'indique -, un retour vers la simplicité volontaire pour M. Berry. D'où le son très brut de Chuck, mais aussi une réalisation qui couvre peu, voire pas du tout, les failles du bonhomme.

Le temps fait son oeuvre

Mais, sans verser dans l'âgisme, les 90 ans du pionnier résonnent tout de même sur ce disque où on le devine incroyablement fatigué. Loin de vouloir ralentir son tempo, la voix du chanteur défaille alors que son jeu de guitare, lui, peine à suivre.

Big Boys, deuxième pièce du LP, en témoigne tout particulièrement. Si l'idée de pasticher l'immortelle introduction de son classique Roll Over Beethoven fait tout d'abord sourire les fans, la démarche permet également de constater que le parrain du rock n' roll a bel et bien perdu des plumes (ou, dans ce cas-ci, de la dextérité).

Mince consolation

Cela étant dit, Chuck demeure un disque plus que satisfaisant ainsi qu'un exploit en soi; être un rockeur pertinent à l'âge de 90 ans frôle la science-fiction.

M'enfin, mieux vaut quitter la tête haute avec un album sous le bras que ­laisser, genre, Green Day vous rendre mollement hommage sur une compilation posthume en votre honneur!

Aliocha - Eleven Songs

* * *

Si Aliocha Schneider crève le grand écran, son projet musical, lui, n'épate pas autant. Ou, du moins, pas encore.

Bien que l'acteur livre un premier album quand même correct (c'est agréable, bien arrangé, etc.), Eleven Songs demeure très académique. C'est «Beatlesque» par moments, ça rappelle également The Verve ainsi que d'autres chantres de la brit pop et... c'est tout.

Bref, pour celles et ceux qui espéraient être chamboulés, on se reprendra au prochain disque.

Camille - Ouï

* * * *

La chanteuse française revient de loin.

Six ans après Ilo Veyou, l'iconoclaste de la chanson française propose finalement un nouvel album de contenu original... et original est le mot-clé ici.

Espèce de vecteur où l'électro minimaliste (Sous le sable) rencontre le trip-hop (Nuit debout), Ouï est aussi une oeuvre chargée poétiquement et politiquement.

Bien que ce LP soit difficile d'approche pour les néophytes, l'apprivoisement se fait sans heurt. Soyez patients!

Obey The Brave - Mad Season

* * *

Le collectif metalcore montréalais prend tout un risque avec ce troisième album.

En effet, trois ans après Salvation, Obey The Brave glisse de nouvelles références à sa direction musicale, pour le ­meilleur, comme pour le pire.

Si ce flirt plus mélodique, voire pop rock, charme souvent (notamment lors du refrain d'On Thin Ice, qui ouvre le bal), il n'est pas sans faille (RIP, la collaboration avec le combo rap Loud Lary Ajust s'avère plutôt hétérogène).

Coup de coeur: Dan Auerbach - Waiting on a Song

* * * *

Confession: au fil des pubs de camions reprenant ou singeant les succès des Black Keys, j'ai développé une sévère aversion envers le duo qui s'est glissé dans mon imaginaire tordu des douchebags, tout comme les F-150 et l'expression «el' gros».

Heureusement, Dan Auerbach vient défaire cette malédiction avec son disque solo mi-pop, mi-country qui évoque les belles années de Kenny Rogers, notamment.

C'est mielleux, certes, mais aussi sincère. Un péché mignon à éperons, disons.



Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos