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L’amour sur l’échafaud - Yan Philibert – Gibier de potence
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L’AMOUR SUR L’ÉCHAFAUD

Yan Philibert – Gibier de potence

Frédéric Mailloux (collaboration spéciale)
15-02-2007 | 09h23
Yan Philibert, également chanteur/guitariste des Culs D’étoffe, lançait la semaine dernière son premier album solo. Plus acoustique, sans être moins rock, que son projet collectif, Philibert étale ses bébittes bien à lui sur Gibier de potence.

Après la première écoute, je n’étais pas vraiment convaincu. Deuxième écoute, troisième écoute…Ordinaire, borderline agaçant. J’aime vraiment pas. C’est en testant les limites de mon nouveau système de DJ que j’ai commencé à apprécier la musique singulière de Philibert. Le contexte d’écoute est très important! Gibier de potence est conçu pour être écouté fort, même si à la base c’est essentiellement acoustique. Le son rock nous rentre dedans: la guitare de Yan doit être plus maganée que son âme!

C’est un disque d’extrêmes: autant les arrangements sont dépouillés, autant il nous donne des textes-fleuves sur de longues minutes de riffs. La deuxième section de Bouée de sauvetage, après la longueur de l’intro, injecte une bonne dose de vitamines. En finale, il extrait beaucoup trop de jus de la phrase «Je te prie d’accepter mon hospitalité. Pour une vie, tout au plus une soixantaine d’année…» avec en prime, une voix féminie qui rappelle un peu celle de Dolores O’Riordan des Cranberries. Un peu dans le sens de «va t-elle finir par pogner la note et cesser de lyrer?». Désagréable.

La voix de Philibert est unique et pourrait, en agacer certains. C’est dans les moments où il prend une voix plus grave, comme à la fin de Cœur mécanique, qu’elle est à son meilleure. Mais interprétées autrement, les chansons auraient moins d’impact.

Sur 1000 excuses, la première montée musicale fini abruptement… Frustrant! Mais c’est pour mieux récolter le fruit de la patience avec le solo déjanté de Carl Dutremble. La batterie insistante de Ace, et la mélodie, restent gravées dans les oreilles longtemps. Je n’arrête pas de répéter le refrain: «Entends-tu mon cœur, qui bat pour toé? Chaque fois que tu pleures y pleure avec toé.»

Une question me tarabuste: pourquoi des chansons en anglais? In the shell est de loin la chanson la plus joyeuse de l’album, au demeurant sombre et Bro Hymn, reprise de Pennywise, est beaucoup trop intime, trop inside pour justifier sa place sur l’album.

Les émotions véhiculées sont dures et complexes: on sent le parcours tortueux qu’a pris Philibert pour arriver là où il est, musicalement et personnellement. «Si je suis trop lâche pour tout lâcher» et «On ne vit qu’une fois et on meurt pour toujours» sont deux extraits qui représentent bien l’univers littéraire du bonhomme.

Nous assistons depuis quelques temps à une démocratisation du processus d’enregistrement et de production musicale. Sur Gibier de potence, Yan joue de presque tout, en plus d’assurer la réalisation. Les petites erreurs présentes sur l’album (temps sautés, fausses notes à la guitare, erreurs de syntaxe) auraient été relevées et effacées par un réalisateur aguerri. Mais bon, ce ne sont que des détails. La présence d’un intervenant extérieur lui permettrai de doser: aller plus loin quand c’est nécessaire et couper dans le gras quand il le faut.

Les premières écoutes ont été difficiles, les suivantes pour découvrir l’auteur-compositeur-interprète et les subséquentes, pour mon plaisir. Je retrouve en Yan Philibert le profil du gosseux de chanson, à la Dany Placard, qui fait son chemin sans attendre que quelqu’un lui donne les indications.

Nous assistons à une émergence du DIY chez les auteurs-compositeurs-interprètes québécois (Émilie Proulx, Philippe B, Philibert) et franchement, il était temps.

Écoutez la pièce Ace

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