À VOTRE SANTÉ!Henri Band – Rock 'N Roll de campagnepar Mélanie Malo 12-10-2006 | 06h24
Bien que Robert Simard et ses acolytes n’aient plus de preuves à faire - ils parcourent les routes ensemble depuis 15 ans -, ils parviennent avec ce nouvel album à se dépasser littéralement et à livrer ce que les fans attendaient depuis 1998, soit depuis Henri III: du vrai de vrai Henri! Non pas que Le retour du libraire n’eut pas été satisfaisant, mais il y manquait peut-être un peu de l’âme véritable du band. Cette fois, mission accomplie, aucune fausse note, on se le joue en boucle! Douze pièces finement ciselées composent le cinquième titre de la carrière de ces sympathiques bums de la campagne, et c’est avec un plaisir renouvelé qu’on retrouve les thématiques fétiches du groupe: « boéssson », amitiés, satire, critiques sociales et espoir d’un temps nouveau. Pour qui n’hésite pas à scander «Hardi Hardi Har» sur les toits, il y a de quoi être servi ici! Avec, entre autres, J’ai soif qui s’avère un pur délice de fêtard avoué - il faut l’être un tant soit peu pour aimer, soit dit en passant ;-) -, où Robert et ses amis crient sans gêne «J’ai soif, j’ai soif tout le temps / Une petite pinte c’est pas méchant / J’ai soif, j’ai soif tout le temps / Deux trois pintes pour se mettre dedans» ou avec Henri V (on a vraiment perdu Henri IV quelque part…) qui part à la conquête des 5 à 7 qui aboutissent invariablement en 9 à 5 de débauche, on finit par être convaincu d’aller festoyer avec le Cousin Rouge. Pas l’choix, il nous appelle! Si on rigole beaucoup lorsqu’il s’agit de boire, on le fait moins devant l’évidence d’une politique boiteuse qui ne s’harmonise que très mal avec une population en mal de reconnaissance. «L’Amérique a bien changé / Depuis que la droite est au pouvoir / L’Amérique qui paranoïe» nous révèle Robert qui veut aller vivre aux États-Unis dans San Fransisco. S’il croit s’en sauver en vivant dans son Trou de mémoire, il entend tout de même «la vie qu’on nous promet / La liberté, l’argent pis l’amour / Les banques aux riches / La misère aux pauvres / Les riches au Nord, les pauvres partout». Et à ceux qui débarquent sur ses terres sans permission avec leur promesse de réussite, qui sont convertis par l’importance d’alimenter le culte de la performance, il répond «Tu causes, tu causes, tu m’exaspères / C’est énervant, ça a pas de bon sens». Il est normal qu’au bout de ses observations il finisse par se demander coudonc, C’tu juste moé? qui suis tanné des «gouvernants qui cèdent sous la pression des lobbyistes»? C’tu juste moé? qui haïs les «faux-semblants / Les similis pis les imitateurs / Les girouettes de la politique»? Robert, on se languit d’être devant toi pour te dire: «Non, c’pas juste toi». Heureusement, parce qu’il faut bien continuer à vivre, à s’amuser et à avancer, on garde l’espoir d’un jour meilleur et on boit À notre santé: «On s’en va boire de la bière / Ouvrez le frigidaire pis servez nous-en / Continuons à boire pour nourrir l’espoir / À notre santé et boire abondamment». La déprime, ce sera pour une autre fois. Par le passé, certaines personnes ont comparé, à tort selon moi, Henri Band à plusieurs groupes ou chanteurs québécois. En enlevant de mérite à personne, je crains malheureusement qu’on ne puisse mesurer la qualité du band de St-André en faisant des parallèles avec qui que ce soit d’autre. Unique dans son genre, unique dans ses propos, unique dans son énergie, Henri Band se situe dans une classe à part. Voilà, rectification faite! Pour ceux qui connaissent, vous ne serez vraiment pas déçus, c’est une promesse que je vous fais. Pour les autres (et ils sont encore étrangement tellement nombreux), tout ce que je peux vous dire, c’est que Rock and roll de campagne est mon coup de cœur 2006 à moi, un rock agricole à découvrir, un groupe qui touche le sommet de son art en spectacle et qui fait lever une foule par un simple «Hardi Hardi Har», lancé comme un cri du cœur par Robert Simard, ce grand rastaman blanc qui charme avant même d’avoir franchi le seuil d’un bar… COMMENTAIRES DES INTERNAUTES
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