Chroniques

Chronique de Pierre Harel

Agence QMI

Monsieur Led Zeppelin

Monsieur Led Zeppelin

Photo courtoisie

C'était à l'été 1972 par un dimanche lourd d'une veille éméchée, nous arrivions des confins de l'Abitibi à 450 kilomètres de Montréal, fatigués de n'avoir pas dormi, sans argent de nous être fait remercier sans cachet, après une bagarre générale dans l'hôtel où nous performions. Nous de l'Offenbach original : Gérald alias Gerry, Michel alias Willie, Jean alias Johnny, Denis alias Le Vieux, et moi, avions faim et terriblement soif lorsqu'en passant tout près de Sainte-Thérèse-de-Blainville sur l'autoroute A-15 j'eu l'idée de nous y arrêter pour une visite chez mes parents à Sainte-Thérèse-en-Haut, nouveau quartier chic de ce qui était encore un gros village de campagne à l'époque.

Tout en dégustant une délicieuse bière fraîche suivie d'un café accompagnant toasts, bacon, et oeufs sur le plat rapidement préparés par ma mère maternellement alarmée de nos yeux vitreux et de nos joues creuses, je racontai à ma divine maman la vision que j'avais eu la veille, quelques minutes avant que n'éclate la fameuse bagarre entre les Rock et les West, comme je la décris dans mon livre, « Harel Rock ma Vie », paru en 2005 chez Libre Expression, et que je raconte aussi au cours de l'une de mes 417è autres chroniques publiée chez Canoe.ca depuis 2011.

Mignonne Harel-Laroche écouta avec un grand intérêt le récit de cette vision et lorsque le temps de poursuivre notre route arriva, au moment de me donner le bizou de bon voyage, elle me dit qu'il fallait nous préparer à recevoir un appel téléphonique des Pères de Sainte-Croix nous avisant d'un rendez-vous à l'Oratoire Saint-Joseph de Montréal dans les quelques jours à venir, afin de discuter de la faisabilité de mon projet visionnaire d'y jouer la « Messe des Morts » grégorienne du Calendrier liturgique romain adaptée au rock d'Offenbach.

La fin du voyage fut assez rock'n'roll puisque les frères Boulet, Gérald et Denis ne croyaient pas à la possibilité de performer à l'Oratoire et trouvaient même le projet farfelu. Willie toujours partant pour l'innovation était prêt à y participer, alors que Johnny se demandait de quoi nous parlions et ne se mêlait pas de l'altercation verbale.

Deux jours plus tard, un mardi, comme ma mère l'avait annoncé, je recevais un coup de fil de l'un des pères de Sainte-Croix nous invitant à un rendez-vous exploratoire à l'Oratoire situé sur le versant nord-ouest du Mont-Royal le lendemain à dix heures du matin.

Dans le but de mettre toutes les chances de notre côté, j'avais décidé de m'y rendre avec Willie, alias Michel Lamothe, ce qui ne fut pas difficile car tout le monde dormait après une nuit passée à boire, à fumer et à improviser au sous-sol de notre repaire de la rue Saint-André à Montréal. René Malo, notre premier imprésario, y avait fait installer un piano à queue pour que nous puissions composer à notre guise. Ce que nous fîmes, moi surtout puisque j'y composai la musique de « Promenade sur Mars », ainsi que les paroles et la musique de « Tendre Ravageur ».

Toujours est-il que tôt cet illustre mardi matin, juste avant de quitter les endormis sans faire de bruit, Willie, l'apothicaire du groupe, me présenta notre petit-déjeuner, une cuillère à thé comble d'une gelée de champignons magiques au goût infect mais à l'effet agréable, et nous partîmes vers l'Oratoire Saint-Joseph de Montréal à bord de ma Cadillac Coupé de Ville 1959 blanche, bardée, que dis-je, entrelardée de chromes rutilants sous le soleil frais de ce matin d'août 1972.

Cette première rencontre comme toutes les autres chez les Sainte-Croix, fut très sympathique. Après salutations et présentations d'usages, accompagnés de l'un des Pères nous conduisant à travers dédales, corridors et tunnels aux murs tapissés d'ex-voto lugubres, béquilles, attelles, cannes, corsets divers et autres appareils bizarroïdes, tous témoins de miracles accomplis par feu le Saint Frère André, nous arrivâmes au pied d'un immense escalier roulant semblant se perdre vers les hauteurs de la grande basilique.

L'effet de la gelée de champignon hallucinogènes se faisant alors sentir j'eu spontanément cette réflexion à voix haute : « Wow Will ! C'est Stairway to Heaven ! » Ce à quoi le bon père Sainte-Croix répondit : « Bin oui ! On le connait nous autres aussi Monsieur Zeppelin ! On l'écoute à l'occasion ». C'est à cet instant que Will et moi risquâmes de nous déchirer les muscles du visage à retenir désespérément une colossale envie de rugir de rire alors que le bon Père renchérissait : « On l'aime beaucoup nous autres Monsieur Led Zeppelin ». Chers amis et amies, voici STAIRWAY TO HEAVEN :

Bonne semaine!



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