Chroniques

Chronique de Pierre Harel

Agence QMI

Claude Cloclo Léveillée

Claude Cloclo Léveillée

Claude LéveilléeCHANTAL POIRIER/JOURNAL DE MONTRÉAL/AGENCE QMI

Le 24 juin 1961, en début d'un après-midi de plein soleil, j'étais assis seul, cheveux au vent, complet bleu, cravate blanche à fleur de lys, à l'arrière d'une Oldsmobile Ninety Eight convertible opérée par un chauffeur en livrée, faisant des saluts à la foule massée des deux côtés de la rue Turgeon à Ste-Thérèse-de-Blainville, artère principale de cette petite municipalité des Basses-Laurentides devenue depuis une ville considérable. La fanfare des Sphynx battait la marche d'une longue procession de chars allégoriques dont certains étaient tirés par des chevaux laissant occasionnellement s'échapper des « pommes de route », et d'autres par des tracteurs de ferme ornés de banderoles colorées.

J'étais le point de mire de cette caravane composée de figures historiques, de scènes du terroir, de personnages religieux, dont le petit Saint-Jean-Baptiste et son mouton, de notables thérésiens importants, dont moi, car je venais tout juste, à 17 ans, de pendre la crémaillère de Chez Joël, la deuxième boîte à chansons des Laurentides, la première étant la Butte-à-Mathieu, établie à Val-David en Moyennes-Laurentides.

Cette foutue crémaillère je m'en souviens encore ! Comme si c'était hier ! C'est que, voyez-vous, je voulais avoir Claude Léveillée comme premier chansonnier invité de Chez Joël, pour avoir entendu ses chansons sortir quotidiennement des hauts parleurs du tourne disque de ma soeur Louise, ma cadette de deux années, et en avoir pris le goût même si j'écoutais surtout Paul Anka, Conway Twitty, Jerry Lee Lewis, Elvis Presley, et Félix Leclerc.

Voici l'une des chansons de Claude Léveillée que j'aimais beaucoup à l'époque, qui est encore aujourd'hui la préférée de ma merveilleuse compagne ayant suggéré et référencé cette 409è chronique. Écoutons « La légende du cheval blanc » :

Pour ceux et celles qui ne connaitraient pas Claude Léveillée.

Revenant à mon histoire de crémaillère, v'là t'y pas qu'une semaine avant la date prévue d'ouverture de Chez Joël, j'apprenais que Claude Léveillée ne pouvait pas se présenter, souffrant d'une impitoyable laryngite. Comme je devais le payer en argent comptant avant le début du spectacle, je n'envisageais aucune perte, cependant la déception d'une nouvelle clientèle le jour même de l'ouverture d'un établissement pouvait en sonner le glas.

Un ami, habitué des boîtes à chansons de Montréal, me propose alors d'engager, en remplacement, un Suisse, chansonnier vaudois expérimenté nouvellement arrivé au Québec, et tout à fait capable de réanimer un public déçu de ne pas voir et entendre l'artiste connu pour lequel il a payé son billet de $10, somme importante à l'époque. Donc il s'agissait de Pierre Dudan que voici chez Wikipédia pour ceux et celles qui ne le connaitraient pas

Écoutons maintenant, tant qu'à y être, l'une de ses chansons devenues un grand succès international, voici « Prendre un café au lait au lit », que tous les spectateurs du Chez Joël ont chanté-beuglé en choeur le soir de l'ouverture. Faut dire que je vendais le grand verre de cidre de Rougemont, acheté chez un vieux pommiculteur à 19% d'alcool, 50 cennes :

La soirée a été un franc succès et je n'ai eu aucun remboursement à faire puisqu'il n'y avait pas eu de spectateurs mécontents. À contrario, l'assistance a multiplié les ovations debout pour enfin exiger en le scandant, que Pierre Dudan soit au programme de la fin de semaine à venir. Il le fut, et de nombreuses autres par la suite.

Quoiqu'il en soit, c'est triste à dire mais ce soir-là nous avons tous manqué de vivre une expérience unique avec un grand poète-musicien qui finalement n'était pas un chansonnier au sens courant du terme, mais un grand compositeur et un poète inspiré. Claude Léveillée ne savait pas comment mettre une ambiance festive dans une salle, comment faire lever une foule le verre à la main, comment mettre un délire brumeux dans le regard de spectateurs vociférant une chanson d'amour à minuit. Claude Léveillée était un sombre poète chantant plus souvent le mal d'être que la joie de vivre.

Comme tant d'autres visionnaires poétiques avant et après lui nous ne sommes pas toujours de joyeux lurons, mais quand même toujours recherchant joie et beauté. Écoutons donc, si vous le voulez bien, deux de ses plus belles chansons en commençant par une visite chez Ici Radio-Canada et l'article qui a intéressé ma compagne à suggérer cette chronique.

Voici donc « Frédéric », l'une des favorites de ma soeur, Dame Louise Harel, et de son groupe d'amies, dont Lisette Léveillée et Marie Mercure, en 1961. 

Enfin, pour terminer, permettez-moi de vous proposer une dernière chanson de ce très grand artiste décédé le 9 juin 2011, chanson que je fredonne encore souvent et qui demeure pour moi l'une des plus belles de la Chanson française, « Le Rendez-Vous ».

Bonne semaine.



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