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Chronique de Pierre Harel

Agence QMI

Félix en colère

Félix en colère

Félix LeclercPhoto d'archives

Cette chronique a été suggérée et référencée par ma très belle et merveilleuse jeune femme le jour même du trentième anniversaire de la mort de Félix Leclerc, le 8 août dernier. Dans la magie de notre café matinal, elle m'a également fait remarquer que le couple Félix Leclerc et Gaétane Morin, tous deux maintenant décédés, avait à peu près la même différence d'âge que nous et le même projet d'être heureux en famille.

J'ai personnellement rencontré Félix Leclerc pour une première et dernière fois en 1962 à Saint-Jérôme, à l'époque petite municipalité aux portes des Moyennes-Laurentides, autrefois le fief du célèbre Curé Labelle. J'y avais été engagé pour tenir la première partie de l'un des spectacles d'une tournée nationale soulignant le retour de Félix au bercail après quelques années passées en Europe, où il était devenu une étoile de la chanson en révolutionnant la forme et le fond de l'art chansonnier.

Nous étions en arrière-scène d'un petit amphithéâtre, chacun à un bout d'une coursive surélevée, et nous regardions silencieusement les techniciens s'affairer aux derniers préparatifs d'avant spectacle. Félix portait un long paletot noir et un chapeau à la Humphrey Bogart, moi, un poncho mexicain bariolé, bottes cosaques brunes, cheveux longs tombant sur les épaules.

Une question me brûlait les lèvres mais je n'osais me rapprocher de lui, étant très timide à l'époque. Soudain, il me fit un signe de la main m'invitant à faire les quelques pas nous séparant l'un de l'autre. Je m'approchai rapidement et ne perdit pas une seconde avant de lui dire qu'il était mon idole depuis que j'avais 14 ans, j'en avais alors 17, et que je voulais être comme lui dans la vie même si ça faisait six mois que je n'avais pas écrit ou composé l'ombre d'une chanson, et que j'en étais découragé croyant que ma source d'inspiration était tarie et que c'en était fini pour moi !

Félix arbora un large sourire, me donna une petite tape sur l'épaule en fouillant la poche revolver de son grand manteau pour en sortir un petit flasque en étain qu'il me tendit en m'invitant à en prendre une gorgée. Du Gin ! Une lampée de gin qui me réchauffa le gosier et l'âme. Il en prit une bonne lui aussi et nous causâmes pendant une bonne quinzaine de minutes, du métier, de la vie, des périodes de sécheresse où il me confia avoir déjà passé plus de deux années à ne rien écrire de neuf, et qu'il ne fallait surtout pas que je m'en fasse avec ça, et que je continue à jouer mes chansons déjà faites, beau temps, mauvais temps, et que « l'inspiration reviendra quand elle sentira que tu es prêt à jouer et à chanter comme elle le veut ». « L'inspiration c'est comme l'amour », me dit-il, « ça ne se force pas. Il faut être prêt quand ça passe ».

J'étais rassuré ! Je descendis chanter mes cinq chansons dont, « Sapin noir Sapin Vert », « Plus rien à t'offrir », et « Joël le marin ». En ouverture de rideau mon père et ma mère assis en première rangée, face à moi ! Ma stupeur passée, ragaillardi de ma conversation avec Félix, je livrai mon tour de chant sans faillir. Mes parents ne savaient pas que j'étais devenu chansonnier depuis déjà deux ans.

Félix se ralliait aux valeurs du patriotisme canadien-français avant même que ne survienne la Révolution Tranquille. Par la suite, en 1970, après la Crise d'octobre, il écrit « L'Alouette en colère » : 

Les paroles pourtant corrosives sont chantées d'une voix très douce. Cette forme inexpressive tirait-elle ses racines d'une impuissance du peuple canadien-français, asservi par trois cents ans de joug britannique ayant écrasé sa liberté jusqu'à sa renaissance du début des années soixante ?

Voyons ce que l'Encyclopédie canadienne nous mentionne, à ce propos :

« En 1970, cet éternel « fruste paysan » commence à user de sa franchise naturelle en public et proteste en utilisant l'humour caustique comme arme principale. Dans la chanson L'Alouette en colère, qu'il écrit après la Crise d'octobre 1970, Félix Leclerc expose sa vision d'un Québec qui a été pillé et spolié. Ce point de vue est également exprimé dans ses trois derniers albums, L'Alouette en colère (1972), Le Tour de l'Île (1975), et Mon fils (1978). »

Écoutons maintenant la même chanson, « L'Alouette en colère », interprétée par Pierre Harel et le groupe Corbach lors du tournage d'un spectacle intitulé « FÉLIX LECLERC ROCK ET COLÈRE », au Théâtre Corona, le 11 septembre 2001, pour les besoins d'un vidéo-film rendant hommage à Félix Leclerc, produit par l'imprésario Guy Latraverse et TéléQuébec :

Voici enfin une chanson de Félix intitulée « L'Hymne au printemps », que j'interprétais à l'automne 1988 lors d'un spectacle commémoratif à son souvenir au Club Soda de Montréal, peu après son décès le 08-08-88 :

Pour en savoir un peu plus de ce que dit l'Encyclopédie canadienne de notre Félix Leclerc, c'est ici.

Voici enfin, pour terminer, la chanson de Félix Leclerc que j'aime le plus, que j'ai toujours aimé plus que toutes autres, sans savoir exactement pourquoi, depuis ma première écoute en 1972 alors que j'étais déjà devenu un fervent adepte du rock'n'roll : 

Aussi :

L'album « Félix Leclerc en Colère » (Harel, Lamothe, Wèso, Gravel, Champoux, Bessette - 2002) est disponible chez Apple Music.

Pour avoir accès au DVD du spectacle « FÉLIX LECLERC ROCK ET COLÈRE », communiquer avec le service des archives audiovisuelles de Télé-Québec.

Bonne semaine.



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