Chroniques

Chronique de Pierre Harel

Agence QMI

Taire des hommes

Taire des hommes

Photo Courtoisie

Nous arrivons en juin de l'an 2018. À se souvenir comme l'année où les fleurs de lilas sentaient le légume froid, oublié, extirpé du fond d'un frigo. Triste odeur, même pour un légume, désolante fragrance pour une fleur odorante annonçant depuis toujours, avec la suave fleur de muguet, la proximité réjouissante de l'été. Cette chronique, comme de nombreuses autres depuis quelques mois, m'a été suggérée et référencée par ma compagne, femme merveilleuse entre toutes, tenant à coeur de contribuer à ma survivance physique, psychologique et amoureuse puisqu'elle me voue un amour que je n'ai toujours pas développé pour moi-même.

Voici ce qu'elle m'envoyait il y a quelques jours avec la mention suivante en exergue : « Je viens de découvrir ton film, « Taire des Hommes », que tu as fait avec Pascal Gélinas en 1968, et qui est la fausse note essentielle à ce concert parfait du Centre d'histoire de Montréal et de son exposition en cours : « Explosion 67 Terre des Jeunes / Youth and Their World ».

Pour vous donner un petit aperçu audio-visuel de ce qu'était le climat socio-culturel des années 67-68-69, écoutons tout de suite le clip du thème musical de l'Expo 67, méga succès de mon ami Stéphane Venne qui en avait écrit et composé les paroles et la musique. Voici « UN JOUR UN JOUR » :

Écoutons maintenant, si vous le voulez bien, une chanson de Marc Gélinas intitulée « Rendez-vous à Montréal » qui fut l'un des sous-thèmes de l'exposition mondiale de 1967 à Montréal. Voici « RENDEZ-VOUS À MONTRÉAL » :

En 1967 je travaillais chez Radio-Canada comme régisseur à une émission enfantine quotidienne très populaire intitulée « Bobino et Bobinette » dont voici un bref aperçu :

Toujours est-il que j'avais passé une bonne partie de l'année 1967 à travailler dans le but d'économiser l'argent devant servir à tourner mon premier long-métrage en 16mms noir et blanc intitulé « SOMBREROS INUTILES », une comédie bouffe parfaitement absurde sur fond révolutionnaire québécois, où l'on voyait le chef Nuovo Christo (Pierre Harel), d'un groupe paramilitaire en formation, passer d'un bar à l'autre pour y recruter les soldats devant former une unité révolutionnaire d'élite et son installation d'entrainement dans un petit boisé des environs de Saint-Placide P.Q. Au montage, j'avais placé la bande sonore à l'envers sur chacune des apparitions du chef Nuovo Christo lorsqu'il haranguait sa petite troupe de déglingués en fumant de très longs cigares de la Havane et en tirant de son Luger 9mms sur ses apprentis soldats, surtout Claude Maher (El Rato), qu'il ressuscitait à la fin de chacune de ses harangues.

L'arrivée d'une troupe de jeunes filles en vacances accompagnées de la cheftaine (Louise Laparé) et de l'aumonier (Robert Lalonde), d'une espionne russe (André Myre), d'un espion de la Police Provinciale, ancien nom de la SQ (Robert Toupin ), et d'un fermier des environs cherchant son petit goret que les soldats de Nuovo Christo lui avaient volé en réquisition de bétail, venaient brouiller les cartes et rendre la situation cinématographique parfaitement dadaïste, d'un surréalisme ridiculissime qui eût certainement plu à André Breton.

Il ne subsiste rien de ce long-métrage de fiction n&b, dans lequel des amis de l'époque, alors étudiants en théâtre pour ensuite devenir célèbres, avaient acceptés de jouer, puisque tout son matériel, positif (copie de travail) et négatif, fut saisi en 1970 par des policiers de la Ville de Montréal en quête de terroristes lors d'une brutale rafle nocturne au 272 Carré Saint-Louis où j'habitais alors, et jamais retournés malgré mes tentatives de le récupérer. J'y ai perdu quelques milliers de dollars et surtout, un film qui aurait sans doute changé mon parcours de vie, eût-il été terminé et distribué.

Enfin, en 1968 j'avais tourné à mes frais, avec l'aide précieuse du caméraman et cinéaste Alain Dostie, un film documentaire sur la fameuse émeute du Parc Lafontaine, film intitulé « TAIRE DES HOMMES », co-réalisé au montage et à la post-production avec frais assumés par mon ami et cinéaste Pascal Gélinas, dont voici l'unique exemplaire d'un poster précieusement gardé à la Cinémathèque québécoise :

Je vous raconte tout ça avec plus de détails la semaine prochaine, en espérant, peut-être, un lien vers les images du film chez YouTube advenant qu'il ait été numérisé, ce que je nous souhaite. S'il ne l'avait pas été, je m'efforcerai de le faire avec l'aide d'amis dont Patrick Lebrasseur et Serge Paquin, de SOS R'N'R, afin de vous le présenter la semaine prochaine ou, du moins, dans les petites semaines à venir.

Bonne semaine.



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