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Chronique de Pierre Harel

Agence QMI

Pauline Julien

Pauline Julien

Mikael Lebleu / journaldemontreal.com

J'ai rencontré Pauline Julien pour la première fois lors du tournage de mon long-métrage Bulldozer en 1971 à McWatters, banlieue de Rouyn-Noranda. Je la connaissais cependant, de réputation, depuis bien avant pour avoir été chansonnier au début des années soixante et avoir suivi le même circuit de boites-à-chansons qu'elle sans jamais la croiser. Cette grande Dame de la chanson québécoise avait alors accepté de jouer dans Bulldozer le rôle de Mignonne Galarneau, l'ainée d'une famille de récupérateurs vivant en bordure d'un dépotoir en Abitibi, au Québec.

Voici donc un extrait qui la met en évidence alors qu'elle récite une diatribe de son cru à un auditoire de soulons et d'ivrognes dans un bouge local. Écoutons et regardons PAULINE JULIEN, en « MIGNONNE GALARNEAU », dans le long-métrage Bulldozer tourné en 1971 et finalement lancé à la Saint-Valentin du 14 février 1974. Ce film est disponible chez Éléphant.

Pour ceux et celles qui ne connaitraient pas Pauline Julien, allons immédiatement chercher du côté de Wikipédia des éléments de connaissances pertinentes à la vie et l'oeuvre de cette grande artiste québécoise née à Trois-Rivières en 1928 et décédée tragiquement à Montréal en 1998 à l'âge de 70 ans, ce qui est quand même relativement jeune pour l'époque.

Écoutons maintenant l'un de ses plus grands succès d'interprétation ayant lui ayant permis de rafler le deuxième prix lors du Festival international de la chanson de Sopot en Pologne en 1962. Voici la chanson « JACK MONOLOY », de Gilles Vigneault, interprétée par Pauline Julien : 

Beaucoup plus qu'une simple interprète, Pauline Julien était poétesse de la parole exhalée, chantée, plutôt qu'écrite, donnant littéralement vie aux mots des chansons de son répertoire et même de tout ce qu'elle fredonnait naturellement. Il fallait l'entendre mettre son âme fébrile et vibrante dans les moindres intonations qu'elle utilisait comme l'oiseau utilise les plumes de bouts d'ailes et de queue pour produire d'infimes variations et finement diriger son vol.

À cet effet Pauline Julien est de la classe des grandes chanteuses à l'instar de Céline Dion, au populaire, et de Maria Callas, au classique, car même si leurs qualités vocales diffèrent considérablement, les subtilités d'infimes variations du souffle de ces trois femmes, qu'elles l'exhalent naturellement avec éclat, ou le modulent finement, donnent véritablement vie aux mots en matérialisant l'idée de ce qu'est le langage, transformant ainsi les mots chantés en émotions qui en passant sont du domaine matériel.

Écoutons un énorme succès du barde québécois Georges Dor interprété par Pauline Julien, « LA MANIC », l'une des chansons préférées de ma merveilleuse compagne, grand amour de ma vie ayant référencé et révisé cette 397è chronique en mémoire de mon passage comme bûcheron slasher à la Baie James en 76 et 77. Voici « LA MANIC » :

Pour terminer ce court voyage, une chanson d'Anne Sylvestre poétesse française amie de Pauline Julien qui la chantait aussi avec elle, ode féministe à la féminité, magnifique chanson qu'il fait bon d'entendre et de réentendre sur l'immense mérite des femmes ayant supporté la stupidité masculine sur des siècles et des siècles, et encore aujourd'hui là où l'équité homme-femme n'est pas une loi. Voici donc « UNE SORCIÈRE COMME LES AUTRES » : 

En voici des extraits du texte :

« Je vous ai porté vivant

Je vous ai porté enfant

Dieu comme vous étiez lourd

Pesant votre poids d'amour

Je vous ai porté encore

À l'heure de votre mort

Je vous ai porté des fleurs

Je vous ai morcelé mon coeur

Quand vous jouiez à la guerre

Moi je gardais la maison

J'ai usé de mes prières

Les barreaux de vos prisons

Quand vous mourriez sous les bombes

Je vous cherchais en hurlant

Me voilà comme une tombe

Avec tout le malheur dedans

Je vous prie

Ne m'inventez pas

Vous l'avez tant fait déjà

Vous m'avez aimée servante

M'avez voulue ignorante

Forte vous me combattiez

Faible vous me méprisiez

Vous m'avez aimée putain

Et couverte de satin

Vous m'avez faite statue

Et toujours je me suis tue

Quand j'étais vieille et trop laide

Vous me jetiez au rebut

Vous me refusiez votre aide

Quand je ne vous servais plus

Quand j'étais belle et soumise

Vous m'adoriez à genoux

J'étais celle qui attend

Mais je peux marcher devant

J'étais la bûche et le feu

L'incendie aussi je peux

J'étais la déesse mère

Mais je n'étais que poussière

J'étais le sol sous vos pas

Et je ne le savais pas

Et c'est mon coeur

Ou bien le leur

Celle qui est

Dans son printemps

Celle que personne

N'attend

Et c'est la moche

Ou c'est la belle

Fille de brume

Ou de plein ciel

Et c'est ma mère

Ou la vôtre

Une sorcière

Comme les autres »

Bonne semaine.



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