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Chronique de Pierre Harel

Agence QMI

Tex

Tex

Tex LecorPhoto d'archives

J'ai connu Tex Lecor au milieu des années 60, alors qu'il était responsable de la programmation artistique à La Poubelle, un bouge mal famé sur la rue Clark, entre Sherbrooke et Ontario, ayant quand même été l'une des premières boites à chanson du Québec.

De son vrai nom Paul Lecorre, né en juin 1933 à Saint-Michel-de-Wentworth en région de Lachute d'un père immigrant français de Bretagne et d'une mère canadienne-française, Tex s'est rapidement dirigé vers Montréal pour s'inscrire à cette mythique École des Beaux-Arts, maintenant malheureusement disparue, pour y développer, de 1952 à 1958, un talent naturel remarquable aussi bien pour sécher les cours que pour gagner quelques dollars à dessiner et peindre avec talent les physionomies des touristes et des badauds du Phillip Square, et de la Place Jacques-Cartier dans le Vieux-Montréal. Le soir il fréquentait les boites du « bas de la ville » avec ses amis peintres, sculpteurs et chansonniers. Un artiste quoi !

Voici un hommage réalisé par une galerie d'art de Saint-Lambert où il avait l'habitude d'accrocher depuis des dizaines d'années : 

Quoiqu'il ait eu plusieurs cordes à son arc, ou plus d'un poil à son pinceau, Tex était un peintre figuratif dans l'âme. À l'époque cependant, comme aujourd'hui, la peinture ne nourrissait pas son homme. C'est à peine si elle payait quelques bouteilles de bière Molson entre les cours des Beaux-Arts. Voici, à cet effet, une publicité enregistrée quelques années plus tard alors que tout avait changé sauf Tex et sa Molson :

Heureusement que sa verve et son talent d'auteur-compositeur faisaient de lui un animateur-chansonnier recherché des boites de nuits où il pouvait confortablement gagner sa vie tout en exposant ses toiles sur les murs des établissements où il se produisait. Voici un autre hommage lui ayant été dédié dans lequel vous entendrez « Le frigidaire », de Georges Langford et de lui-même, chanson qu'il interprétait à merveille et qui fut un énorme succès. En voici d'abord les paroles :

Tant qu'y m'restera quequ'chose dans l' frigidaire /J'prendrai l'métro, j'fermerai ma gueule pis j'laisserai faire / Mais y a quequ' chose qui m'dit qu'un bon matin / Ma Rosalie, on mettra du beurre sur notre pain / Moi qu'avait des belles îles, des buttes et des sillons / Me v'là perdu en ville, tout seul dans des millions / J'vis sur les autobus, au Pizza King du coin / Les gens me parlent pas plus que si j'étais un chien {au Refrain} / Une chance que toi tu m'aimes assez pour m'endurer / C'est comme pendant l'Carême quand j'volais des candy / J'me considère lucky d'avoir ma Rosalie / La ville est polluée, l'air est pur dans mon lit {au Refrain} / J'suis naufragé en ville chez une bande d'inconnus / Rosalie t'es tranquille, pis tu chantonnes même plus / J'travaille pour pas grand-chose, on vieillit comme des fleurs / Nos seuls bouquets de roses, c'est les lettres du facteur / Tant qu'y m'restera quequ'chose dans l' frigidaire / J'prendrai l'métro, j' fermerai ma gueule pis j' laisserai faire / Mais y a quequ'chose qui m'dit qu'un bon matin /Ma Rosalie, on s'en retournera d'où c'est qu'on devient

Voici une vidéo produite par Le Balcon d'Art en hommage à Tex et sa fructueuse carrière de peintre renommé :

Malgré un certain verni mondain acquis au fil des vernissages et certaines manies chansonnières de l'époque, comme d'appeler les filles « pucelles », et adopter un petit parler pointu, Tex Lecor a toujours gardé son bon fond campagnard avec un faible marqué pour la vie de bûcheron, la drave, et autres activités boisées notoirement traditionnelles des Canadiens-Français du Québec, surtout ceux vivant aux alentours de la rivière Coulonge, menant de l'Abitibi à l'Outaouais sur près de 300 kilomètres.

Un livre magnifique de simplicité vernaculaire intitulé « Risques d'Hommes », roman écrit par Rolland Legault et publié chez Fides en 1953, décrit parfaitement l'atmosphère de la région de Saint-Michel-de-Wentworth à l'époque de la naissance de Tex Lecor.

Voici une chanson intitulée : « Les Raftmen », littéralement « les hommes de radeaux », puisque les bûcherons pratiquant la drave vivaient sur des radeaux de billots accompagnant la descente sur l'eau de troncs d'arbres coupés à des centaines de kilomètres au Nord : Salut Tex !!

Bonne semaine



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