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Chronique de Pierre Harel

Pierre Harel
Canoë

Pierre Lapointe, un poète remarquable

Pierre Lapointe, un poète remarquable

Photo Capture d'écran

Pierre Harel

Je viens d'avoir une révélation de taille ! Pierre Lapointe est un génie ! Un vrai de vrai ! Un poète remarquable occupant ici son espace entre Charles Baudelaire et Louis-Ferdinand Céline. Spéléologue des abimes de l'être, explorateur des profondeurs de l'âme humaine, en fait, la sienne ! Tout comme moi, et tant d'autres, il ne parle jamais que de lui et c'est là le secret de l'universalité, tout comme le nationalisme culturel provoque l'intérêt du tourisme à l'international. Il faut cesser de confondre nationalisme et exclusion, nationalisme et racisme. Nationalisme et ethnocentrisme.

Par pur hasard, comme d'habitude, fouinant chez internet, je suis tombé sur une annonce du prochain album de Pierre Lapointe chez VOIR, et comme il y avait un extrait disponible j'ai cliqué et je l'ai vu ! Incroyable ! André Breton l'eût adoré ! Dandy parfait, parfaitement et sobrement vêtu d'une chienne verte, debout, blanches bottines molles aux pieds, légèrement incliné vers l'avant comme le mat du Stade Olympique de Montréal, devant un décor surréaliste à la Dali, élégamment figé en mannequin de vitrine, récitant sans éclat de voix un long poème atone toutefois percé d'une lucidité vivide et cruelle, mais belle, si belle qu'elle fait éclater la gangue morne l'enserrant tel un corset, un suaire rigide autour de la poésie de son âme qu'il projette maintenant en strophes retenues, crachées de mots mordus, dents serrées autour de la sombre idée d'un lui-même détesté qu'il finit par presqu'aimer en un long, mélodieux et lumineux roucoulement. Si on dit qu'une image vaut mille mots, une mélodie en vaut une infinité. Bref ! Cette chanson est une oeuvre magistrale et magnifique !

Voici le premier extrait de : LA SCIENCE DU COEUR, tiré de l'album éponyme à paraitre en octobre prochain chez Archambault.

Tu détestes ta jeunesse tes beaux cheveux blonds juvéniles

qui descendent comme la vie près du mouvement de tes cils

Tu détestes ceux qui grâce à l'amour ne sont plus les mêmes

Tu préfères dire je t'aime à grands coups de bouquet de haine

Tu n'es pas certain d'être bien mais jamais tu ne l'avoueras

Avoir des gestes qui font rêver c'est tout ce qui compte ici-bas

Les magiciens des temps modernes savent bien comment mentir

comment fabriquer le beau en tuant quelques souvenirs

Tes amis sont bien mais tu comprends le mal du grand Savoir

que même eux ne pourraient goûter malgré leur force noire

Tous ensemble vous jouerez sans malaise aux grands enfants blasés qui tanguent de la tête sur des rythmes fantomatiques saccadés Tu repenses à tes amours à tous ceux que tu as baisé

à quel point ils avaient l'air heureux d'avoir pu te consommer

Tu as pris un verre de trop mais c'était pour équilibrer

les sensations provoquées par tes rêveries colorées

S'étourdir est un remède facile quand l'âme a la nausée

face aux complications répétées par la vie imposées

Tu danses muet près de ton ami celui qui sait te parler

te raisonner quand tes larmes reviennent au pas comme une armée

C'est le seul moyen que tu as pu trouver pour oublier

le poids de la solitude qui revient sans cesse te hanter

Tu ne sais pourquoi mais même les mouvements dictés par ton coeur font que tu te sens abandonné au milieu de tes peurs

Crois-tu qu'un jour malgré tout tu seras capable d'aimer

Seul moyen possible de le savoir c'est de recommencer

La science du coeur est un objet d'abstraction propulsée

par la volonté qu'ont les gens tristes à se laisser toucher

Ça fait déjà quatre jours que tu n'as pas dormi

Dans ta tête de la musique résonne, te réveille dans la nuit

comme si ta peine avait donné naissance à une symphonie

Est-ce là le signe annonciateur d'une prochaine folie

Tu repenses à ta grand-mère, te dis qu'elle t'a vraiment aimé

Tu revois sa couche pleine venant tout juste de déborder

Le contraste est trop mince entre début et finalité

Mais tu te résignes sans peine devant cette fatalité

Tu regardes tes vêtements cette image immaculée

que tu projettes sans vouloir comme un jeune enfant surdoué

Tu te dis qu'un jour c'est certain tout ça sera démodé

que chacun des trophées que tu portes brûlera dans l'éternité

que ton corps devenu flasque et faible aura tout effacé

les traces de ta jeunesse les traces trop fragiles de l'été...

Je découvre Pierre Lapointe en un véritable artiste passionné d'art et de beauté*, peintre surréalistement hyperréaliste peignant avec les mots sur des toiles musicales. Je crois qu'il ira au cinéma bientôt, acteur et réalisateur, peut-être au théâtre aussi, comédien et metteur en scène, aussitôt que notre cinéma et notre théâtre ne ressembleront plus à de la télévision commerciale, et que les cinéastes, et les dramaturges, pourront redevenir créateurs d'art. Il me manque le temps des Beaux-Dimanches à Radio-Canada, de son théâtre tellement intelligent de sensibilité et de l'immense talent de tous ceux qui y travaillaient. Tous passionnés ! Tous !

*La beauté en art peut être laide si la laideur est parfaite et chargée d'âme. Rien à voir avec la beauté plastique de l'enveloppe vide, quoique, si elle est parfaitement et absurdement vide...

Bonne semaine.



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