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Chronique de Pierre Harel

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Bernard Adamus

Bernard Adamus

Bernard AdamusPhoto d'archives/Annie T. Roussel

Je ne connaissais pas Bernard Adamus. J'écoute surtout les radios commerciales. Il n'y est pas. Je croyais vaguement qu'il était de l'Abitibi pour en avoir eu d'incertains échos. Je ne fréquente pas les chapelles chansonnières que j'abhorre, ne mêlant pas la poésie aux punaises de sacristies. Je ne savais pas que Bernard Adamus était né en Pologne le 16 décembre 1977 de parents polonais, qu'il était arrivé au Québec en 1980 à l'âge de trois ans au moment où mon groupe, Corbeau, accueillait Miss Morin et sortait un premier album éponyme.

En fait je ne savais rien de lui et je n'en sais toujours pas plus, sauf ce que j'ai déduit d'avoir écouté et regardé certaines de ses chansons chez YouTube, d'avoir consulté Wikipédia sur lui, d'avoir lu un article paru la semaine dernière annonçant son accrochage de patin pour cause d'épuisement extrême, et d'avoir reconsulté Wiki sur la Pologne.

Ce qui m'avait allumé était sa déclaration de grand épuisement parue sur des fils d'actualités, après plus de 1,000 spectacles donnés depuis 2009 au Québec, mais aussi au Canada francophone et quelques-uns en Europe. Sur huit (8) ans ça fait quelque chose comme 125 shows par année. Ce qui est énorme, il est vrai, pour un auteur-compositeur-interprète plus ou moins connu ayant débuté une carrière sur le tard, à l'âge de 29 ans.

Voici l'article en question.

Intrigué surtout par son annulation d'une trentaine de spectacles devant être livrés avant la fin de l'année 2017, alors que l'argent est rare et les spectacles difficiles à «booker», je décidai d'aller voir et de m'intéresser à celui qui m'avait l'air d'un bon auteur-compositeur-interprète canadien-français traditionnel issu d'un fond de campagne boisé du Québec, mais qui finalement m'apparaissait de plus en plus être un poète polonais douloureusement déraciné de sa Pologne natale, pays martyr de l'Europe centrale depuis l'Antiquité, surtout à cause de la convoitise des peuples entourant son territoire, de la clémence féconde de son climat, de la fertilité de ses terres, de son sous-sol bourré de charbon et de la divine démence de sa vodka.

Malgré d'innombrables invasions, malgré des occupations étrangères répétées, malgré des tentatives de génocide, six millions de Polonais furent assassinés lors de la guerre de 39/45 sous l'occupation allemande, malgré tout, la Pologne est encore et toujours libre, on y parle le polonais avec fierté et on ne dit pas des Polonais qu'ils sont slaves parce qu'ils parlent une langue slave comme on dit au Canada que nous sommes francophones pour éviter de dire que nous sommes Canadiens-français.

En général, lorsqu'il s'agit pour moi de me mettre au parfum sans entrer aux abysses d'un sujet, je consulte Wikipédia tout en sachant que rien là n'est nécessairement pure vérité. Quand même, il n'y a pas de fumée sans feu et il arrive que la couleur de la fumée m'en dise long sur ce qui brûle, tout comme m'en dit long le gonflement des veines du cou d'un chanteur se projetant douloureusement au-dessus de sa sonorité naturelle jusqu'à lui provoquer de terribles maux de tête, de gorge et d'oreille, comme ce qui s'est produit récemment chez Brian Johnson ayant remplacé Bon Scott premier chanteur d'AC / DC décédé d'overdose.

Voici Wikipédia pour la Pologne.

Voici Wikipédia pour Bernard Adamus.

Me sentant prêt à entendre chanter le poète, je me rends chez YouTube et je clique «Rue Ontario», que voici :

Plus qu'intéressé par cette performance originale, je reclique «Brun la couleur de l'amour», titre éponyme à son premier album paru en 2009, que voici :

N'aimant pas le titre ni l'inspiration de la chanson que je venais d'entendre, je me proposais de terminer drette-là ma recherche concernant cet Adamus et de passer à autre chose lorsque j'aperçu une chanson familière dans le défilement You Tube : «Attends-moé Ti-Gars». Ayant moi-même réalisé et donné avec Corbach un show intitulé, «Félix en colère», en hommage à Félix Leclerc au Théâtre Corona de Montréal le 11 septembre 2001, je cliquai, j'écoutai, et mon estime pour Bernard Adamus remonta d'un cran. Une interprétation simple, sans prétention, respectueuse, intègre et affectueuse, comme Félix l'aurait vraiment aimé. La voici :

Pour conclure voici mon analyse des différentes données recueillies dans le but de comprendre quelle mouche a piqué Bernard Adamus pour qu'il décide de rompre avec le métier bien qu'il y connaissait un succès limité mais solide depuis ses débuts. Je crois qu'il s'agit d'un cocktail épicé pouvant contenir des éléments disparates comme l'arrivé de la quarantaine et son aéropage de doutes, de flemme, et d'à quoi bon, un timbre de voix forcé jusqu'à l'épuisement, la conscience d'un plafonnement professionnel, la nostalgie de la mère patrie, une peine d'amour, le désir de freiner brusquement pour changer abruptement de direction, se tomber soi-même sur les nerfs, la lassitude de chanter de nombreuses chansons dont les mélodies se ressemblent, le syndrome d'abandon du métier d'avoir trop écouté «La complainte du phoque en Alaska» de Beau-Dommage, etc.

Quoiqu'il en soit, j'espère que Bernard Adamus ira se resourcer dans son pays natal, la Pologne, et qu'il nous reviendra avec le secret de la formidable résilience nationale des Polonais afin de nous la partager pour que nous redevenions fiers et fières d'être des Canadiens-français du Québec. Ce jour-là il chantera d'une voix profonde sa fierté d'être Québécois en célébrant avec nous son ascendance polonaise.

Bonne semaine.



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