Chroniques

Chronique de Pierre Harel

Agence QMI

À la pêche au poisson

À la pêche au poisson

Photo Fotolia

En fouinant de ci de là en internet, j'aperçu dans un petit encart la physionomie pouponne de ce dragon-nounours d'Alexandre Taillefer, entrepreneur à succès, homme d'affaires génial, chroniqueur chez VOIR magazine, dont il est propriétaire depuis 2016, et adepte de la pêche sportive du saumon, à la mouche, en rivière. Le billet proposé s'intitule simplement : « La pêche au saumon », et relate agréablement un voyage de pêche de l'auteur en Islande cet été en compagnie d'amis fidèles. Jusque-là rien d'extraordinairement remarquable ! Il y a des gens moyennement fortunés qui pêchent à la mouche sur l'une ou l'autre des belles rivières à saumon du Québec et d'autres qui s'envolent vers la Scandinavie afin de se battre courageusement avec des saumons de quelques kilogrammes qu'ils finissent par relâcher après les avoir épuisés, vidés de l'énergie nécessaire à leurs voyages éprouvants vers la reproduction obligée.

De leurs propres aveux ils garderont une ou deux prises pour bien montrer aux épouses qu'ils n'étaient pas aux danseuses de Vegas, d'Amsterdam, ou de Paris, mais bien sur les rives de la fougueuse Grimsa, en Islande. Ils auraient évidemment pu en garder une troisième pour la manger sur place, seule marque de véritable respect qu'un pêcheur, ou un chasseur, doit porter à sa proie après l'avoir privé de la vie. Tout le contraire de l'hypocrite mépris dévolu aux poissons qu'on relâche après les avoir stressés et torturés pour le plaisir.

C'est comme si un petit homme de Montréal devait obligatoirement courir sans s'arrêter pour aller se marier à Québec, et qu'en route des inconnus de grandes tailles s'en prenaient à lui en tentant de le séquestrer pour finalement le relâcher exsangue, épuisé au bord du chemin, en se félicitant de ne pas l'avoir tué par écologique bonté. À ce compte, je loue la cruauté d'aimer du regretté Armand Matesesho, de Mashteuiatsh, autrefois guide chasse et pêche de feu Serge Deyglun, et qui fut aussi l'un de mes professeurs émérites à l'Université de la Forêt.

Voici la chronique d'Alexandre Taillefer.

Mais encore ! Vous avez lu son billet ? Alors, revenons ensemble au titre de ma chronique de cette semaine « À la pêche au poisson », alors que sa chronique à lui, paru dans son magazine VOIR, et qu'on peut retrouver partout sur différents fils d'actualités, est titrée : « À la pêche au saumon ».

Tout est là ! Vers la fin de son papier, Taillefer parle de lui-même et ce faisant, de l'ensemble des Canadiens-français du Québec, en utilisant l'adjectif « francophone » pour s'identifier ethniquement. Cet adjectif qualifie l'ensemble des locuteurs de langue française de la planète sans égard à l'ethnie, à la race, au peuple, ou à la nation. Ici au Canada, comme au Québec, une utilisation fausse et réductrice de l'adjectif « francophones » désigne couramment les membres de la nation canadienne-française du Québec et sa diaspora franco-canadienne établie d'un océan à l'autre depuis les débuts de la Nouvelle-France, comme il peut aussi désigner des immigrants français, certains africains, des haïtiens, belges, suisses et al.

Il est à remarquer qu'on ne peut écrire l'adjectif « francophone » avec un « F » majuscule comme on écrirait « les Québécois » ou « les Canadiens ». Un adjectif ne peut servir à identifier qui que ce soit sans obligatoirement qualifier un sujet comme dans « Les Québécois francophones » ou « Les Canadiens francophones ». L'utilisation de l'adjectif « francophones » pour identification ethnique en voulant désigner les membres de la nation canadienne-française du Québec, ou du reste du Canada, est une faute au sens de la linguistique, mais une vicieuse malhonnêteté au sens ethnographique quand on veut lui faire désigner un peuple. Un adjectif ne nomme pas ! Il qualifie !

Le fait d'être francophone n'est qu'un des aspects, une des qualités de l'appartenance à la nation canadienne-française. C'est comme si on disait d'un Camerounais qu'il est ethniquement noir et que sa patrie est la noirceur sans tenir compte de sa nationalité et sans la nommer spécifiquement. En effet ! Nous sommes francophones ! Mais on ne peut nous limiter à ça ! Nous avons un passé ! Une histoire ! Nous avons des coutumes et des traditions ! Notre langue parlée est une magnifique locution hybride émanant de Perche et de Normandie, pour ne nommer que ces deux régions de France, de l'iroquois, du wendat, de l'algonquin, et de l'anglais après la conquête. Elle est encore très présente au Québec hors des circuits urbains d'intellos ignorants ou de mauvaise foi qui n'ont jamais vu, ou qui ignorent, « Pour la suite du monde » de Pierre Perreault et de Michel Breault, ainsi que les écrits franco-américains de Jack Kérouac, magnifiquement translatés en langue dialectale canadienne-française d'origine par Michel Bouchard.

Puisque Alexandre Taillefer nomme le saumon qu'il aime moucher et montrer à sa femme, et qu'il le nomme franchement par son nom plutôt que de l'appeler simplement « poisson », pourquoi ne nommerait-il pas son peuple du nom que ses ancêtres lui ont jadis donné ? Pourquoi se réduit-il à n'être qu'un « francophone » alors qu'il est le descendant des véritables fondateurs du Canada, les Canadiens, ou Canaïens, de Nouvelle-France devenus Canadiens-français en 1867 ?

Le saumon est en effet un poisson mais pas n'importe lequel ! Nous sommes en effet des francophones mais pas n'importe lesquels. Nous sommes ici les Canadiens-français du Québec, l'ethnie la plus nombreuse et la seule légitime, en comptant sa diaspora pancanadienne, à revendiquer le titre de « nation » en Amérique-du-nord, de concert avec toutes les nations autochtones du Canada et des États-Unis.

Voici, de mon ami Michel Pagliaro : « J'ai marché pour une nation » :

Bonne semaine!



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