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Chronique de Pierre Harel

Agence QMI

Enfin un ministre! Luc Fortin!

Enfin un ministre! Luc Fortin!

Le ministre Luc FortinStevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

Comme vous avez pu le constater, je n'ai pas publié de chronique la semaine dernière, ceci étant dû au fait que je subissais une chirurgie de remplacement complet de la hanche gauche en l'Hôpital de l'Enfant-Jésus et en son fantastique, immense, et bourdonnant bloc opératoire desservant tout l'Est du Québec pour les cas d'urgences spécialisées et de chirurgies complexes.

Le 22 juin j'étais opéré par le Dr Bernard Laliberté et son équipe. Ma convalescence progresse rapidement et aujourd'hui, le 2 juillet, j'arrive à m'asseoir assez longtemps devant l'ordi, par tranches de 15 minutes, pour partager avec vous une découverte de taille! Une découverte extraordinaire! Une découverte magnifique! Un courriel reçu en mon absence m'annonçant que nous, les artistes, avons enfin un ministre, Luc Fortin. Nous avons enfin, au culturel, un ministre qui s'intéressera à la réalité socio-économique des artistes au Québec. En d'autres mots: à leurs conditions pécuniaires de simples survivants leur permettant à peine, souvent à grande peine, de créer, d'illuminer, d'inventer, de produire des oeuvres, chansons, romans, théâtres, poésies, musiques, scénarii, etc.

Voici pour vous mettre au parfum, un article d'Hugo Pilon-Larose paru la semaine dernière.

En ce qui a trait aux «Autochtones» et aux «Diversités», la réelle problématique de survivance de ces artistes est moins apparente que chez les Canadiens-français puisque, moins nombreux, la plupart de ceux qui s'élancent vers «la vie d'artiste» peuvent souvent bénéficier d'enveloppes leurs étant déjà réservées. Cependant, étant un ancien conjoint de la poétesse innue Joséphine Bacon, et père de trois de ses quatre enfants, je puis vous assurer du fait que cette grande artiste mondialement reconnue arrive à peine à boucler ses fins de mois compte-tenu de la petitesse du marché du livre de poésies au Québec, et du peu d'aide qu'elle reçoit des instances gouvernementales canadiennes et québécoises. Nous avons été pauvres, ensemble, et nous le sommes toujours passé la septantaine.

La voici alors qu'elle explique la prononciation du mot «école» en innu (algonquien), amenant peut-être à une piste de compréhension quant aux problèmes de scolarisation des Innuat-Montagnais et des autres Algonquiens du Canada.

Pour ma part, je pratique l'artisterie depuis l'adolescence et ce n'est pas un choix éclairé, croyez-moi! En réalité personne n'a le choix d'être né artiste ou de ne pas l'être. Ça nous vient presque comme une infirmité ce besoin profond de créer, d'arranger la matière en beauté, d'aller voir au-delà des conventions, au-delà du normal, de faire chanter le silence, de transmuer la douleur, la joie, en son, en couleurs, en chorégraphies de formes et de corps, ce besoin de frôler la folie en s'intriquant à l'âme des autres au théâtre, au roman. À quelqu'un qui me demandait ce qu'était un artiste, il y a très longtemps, j'avais répondu que c'était une personne capable de sortir l'âme de son corps pour la mettre dans la matière.

À mon souvenir, la période la plus éclairée d'un gouvernement québécois quant à l'aide et au soutien à l'artiste, fut celle de 1989 à 1994 alors que Mmes Lucienne Robillard et Liza Frulla ont été successivement ministres des Affaires culturelles. Pourquoi? Parce qu'elles avaient déjà compris qu'il fallait que l'argent des bourses et des subventions puisse assurer à l'artiste une certaine aisance quotidienne lui permettant de chercher et de s'abandonner à l'inspiration en toute tranquillité. Ces deux femmes sensibles, intelligentes, et avisées avaient déjà compris que sans l'artiste il n'y a pas d'art, et que rien ne sert d'investir dans des structures d'OSBL où l'argent se perd en dédales d'insignifiances, dans des résidences luxueuses à l'étranger, dans des représentations internationales où les prix et les récompenses s'échangent en un troc loufoque bafouant l'essence même de ce qu'est être ou ne pas être, un ou une, artiste.

Voici un extrait de l'une de mes récentes chroniques à ce sujet:

«Plus c'est subventionné, plus il se trouve d'incompétents (tes) à décider où va l'argent des contribuables en matière de culture. Par exemple, s'il fallait privatiser le CALQ, Conseil des arts et des lettres du Québec, pas plus de 10% de son personnel serait maintenu en poste par le privé. S'il fallait que cessent subitement les subventions gouvernementales au domaine de la culture pour aller vers un mécénat corporatif, 80% des artistes actuellement bénéficiaires disparaitraient alors que de nouveaux apparaitraient, plus rentables financièrement ou plus intègres et innovants artistiquement».

Luc Fortin a du pain sur la planche s'il veut mettre au pas les cohortes de sans génie, habilement constituées en organisations dites «représentatives», tenant mordicus à pomper l'argent du Ministère qu'elles utilisent surtout à payer des salaires, ou des «dépenses» de bénévoles. Je lui souhaite tout le courage et la ténacité nécessaire à ramener l'artiste, l'individu, le poète, tous les artistes sont poètes, au centre des préoccupations de son ministère sans oublier que la sécurité d'emploi ne peut exister en art sous peine d'extinction de l'inspiration, mais qu'il existe en Europe des modèles d'aides spécifiques aux artistes qui ne sont pas dédiées à la production de leurs oeuvres mais à leurs survivances périodiques. Je lui suggère également de se renseigner sur le fonctionnement exemplaire de La Ruche, son organigramme et ses valeurs, quant à la redistribution de l'argent du peuple vers les artistes demandeurs d'aide financière. Je crois y voir, souhaitablement dans un avenir rapproché, une alternative privée, transparente, efficace, et productive, à ce que le CALQ, Conseil des arts et des lettres du Québec, fait actuellement, laissant à la SODEC, Société de développement des entreprises culturelles, le soin des Communications, du Cinéma commercial, et autres corporatismes culturels. L'argent économisé par le démantèlement de cette lourde structure administrative qu'est le CALQ servirait amplement à financer une bonne part de la prise en charge des dossiers en cours par le mécénat corporatif et à assurer une agréable transition vers le privé.

C'est la grâce que je nous souhaite, tous, Québécoises et Québécois.

Bonne semaine.



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