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Chronique de Pierre Harel

Agence QMI

Claude Gauthier

Claude Gauthier

Claude GauthierPhoto courtoisie, Sébastien Gauthier

J'avais d'abord titré cette chronique avec l'intention de rendre uniquement hommage à ce beau poète ayant fréquenté la Butte à Mathieu, célèbre boite à chanson de Val-David en Moyennes-Laurentides au début des années soixante. En fouillant dans YouTube pour y chercher quelque chose le concernant à me mettre sous la dent, v'là t'y pas que je tombe sur une vidéo datant justement de 1962 où il chante son succès de l'époque, Le Grand Six Pieds, magnifique chanson nationaliste canadienne-française s'il en est une. Comme il m'arrivait de chanter dans cette boite très courue et que j'y avais déjà assuré l'une de ses premières parties, j'ai donc été à même de constater avec quelle ferveur le public entonnait avec lui le non moins célèbre refrain de cette chanson qui allait comme suit et de juste mémoire : «Je suis de nationalité canadienne-française et ces billots j'les ai coupé à la sueur de mes deux pieds dans la terre glaise et voulez-vous pas m'embêter avec vos mesures à l'anglaise». Écoutez-bien:

Poursuivant ma recherche dans YouTube je clique sur l'encart d'une vidéo présentant à l'écran les paroles originelles de la chanson Le grand six pieds telles que je venais de les entendre. En les lisant jusqu'à la fin je remarque un nota bene avisant les lecteurs que certains mots avaient été changés par l'auteur en 1975, et qu'ils avaient remplacé «un Canadien» par «un Québécois», et «de nationalité canadienne-française» par «de nationalité québécoise-française». Je creuse un peu le filon et je déniche la vidéo d'un album de Gauthier intitulé Les Beaux Instants, paru en 1975. Écoutez-bien:

Stupéfaction ! Consternation ! Réminiscence d'une interview de Raymond Lévesque que je conduisis en 1994 dans la loge du Gésù, théâtre de Montréal, où nous fêtions alors le vingtième anniversaire de la sortie de mon film Bulldozer, tourné en 1971 et paru en 1974. Un Raymond Lévesque déjà presque totalement sourd mais très volubile ce soir-là contrairement au rôle du personnage taciturne qu'il tenait dans mon film que nous venions de visionner. Un Raymond Lévesque des jours de belle poésie, allumé, incandescent, flamboyant, qui m'avait passionnément raconté l'amour qu'il portait à son peuple, les Canadiens-français, au Québec, à son histoire, sa culture, ses traditions, son langage, pour terminer avec une diatribe magistrale contre René Lévesque qu'il identifiait comme un libéral de souche ayant convaincu les Canadiens-français du Québec de renier leur histoire, leur ancestralité, leurs traditions, bref, leur culture, pour devenir des Québécois francophones, c'est-à-dire déculturés, sans identité propre, préparant ainsi sournoisement le multiculturalisme génocidaire de Pierre Elliott Trudeau.

Des Québécois en général, et des Québécois francophones, il en est venu et il en arrive encore d'Europe, d'Afrique, d'Asie, d'Haïti, et de partout ailleurs dans le monde, tous ayant gardé précieusement une identité culturelle et nationale qui leur est propre. Mais nous ? Que sommes-nous devenus ?

Nous y avons tous crû à cette chanson et comme Claude Gauthier nous l'avons chanté en choeur et avec coeur. Les cours d'histoire ayant été occultés des programmes scolaires, nous ne savions plus que nos ancêtres arrivés en Nouvelle-France s'étaient auto-nommés Canadiens ou Canaïens, de l'iroquois Kanatha, là où je vis, et que même Louis XIV dans ses correspondances utilisait ce mot pour désigner les colons de Nouvelle-France.

Nous ne savions plus que l'expression Canadien-français datait de la fusion du Haut et du Bas Canada pour ne former qu'une seule entité politique nous ayant volé notre nom : le Canada. Nous ne savions plus que l'appellation Canadien-français n'avait rien à voir avec ce qu'est le Canada politique mais qu'elle était directement et historiquement reliée aux premiers jours de la nation des Canaïens devenue la nation Canadienne-française sans interruption jusqu'à l'arrivé de René Lévesque et du PQ.

En passant, le mot Québec vient de l'innuat-montagnais Kepauk et veut simplement dire «débarque» comme invitaient les Autochtones à bord de leurs canots, ayant accueilli les premiers Français n'osant mettre pied à terre.

En repassant, et puisque Philippe Couillard en parle ces temps-ci poursuivant le travail d'extinction nationale de René Lévesque et de Pierre Elliott Trudeau, il n'y a pas de nation québécoise dans le territoire géopolitique québécois et il n'y en aura sans doute jamais. N'existent que la nation canadienne-française et les nations autochtones. Consultez la définition du mot nation, sens premier, au Larousse ou au Robert, et vous comprendrez mieux le stratagème pernicieux initié par René Lévesque, poursuivi par Pierre Elliott Trudeau et repris par Philippe Couillard, visant à enterrer définitivement toute espérance de renaissance d'une conscience nationale des Canadiens-français du Québec. Qu'ont en commun ces trois personnages ? Le parti Libéral du Québec et du Canada !

Voici pour terminer une magnifique chanson de Claude Gauthier datant de 1972 et intitulée : Le plus beau voyage, d'avant que le poète n'adhère en 1975 au mensonge péquiste conduisant à l'affaiblissement politique et socio-culturel des Canadiens-français québécois dont le poids démographique diminue inexorablement et qui sont devenus trop divisés pour porter l'idée de l'indépendance à terme. Sans le vote massif des Canadiens-français l'indépendance du Québec est une lubie, un luxe socio-politique obsolète ne servant qu'à nourrir et enrichir les députés du PQ et du BLOC. Il n'y a officiellement plus de Canadiens-français. Ne restent que des Francophones. C'est ce qu'on appelle se tirer dans le pied. Pauvre PQ...

Bonne semaine



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