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Chronique de Pierre Harel

Pierre Harel
Canoë

Un nouveau départ pour Kathleen

Un nouveau départ pour Kathleen

Kathleen.Photo Courtoisie

Pierre Harel

Je me souviens bien de Kathleen Sergerie, de ses succès radios, de son importance comme l'une des artistes les plus populaires que le Québec ait connu depuis La Bolduc. Des centaines de bébés filles ont été prénommées Kathleen en son honneur au cours des années 90. Elle a reçu le Félix de la Révélation de l'année en 1992, et une majorité de Québécoises et de Québécois l'adoraient à l'exception d'une poignée d'humoristes imbéciles, méchants, misogynes, qui se sont acharnés sur elle, charmante beauté à la chevelure de Boucle d'Or, sur sa radieuse et rafraîchissante simplicité, et le fait qu'elle soit originaire de Cap-Chat, petit village côtier de la Gaspésie.

À l'époque, triomphait toutes chaines confondues la célèbre émission Piment Fort animée par le non moins célèbre Normand Brathwaite. Les cotes d'écoutes plafonnaient hebdomadairement au sommet à plus de 2 millions de téléspectateurs et, entourés de ses sbires humoristes, Brathwaite pouvait se permettre de se moquer impunément d'à peu près n'importe qui avec une méchanceté insurpassée depuis, même si cette émission est revenue à l'antenne chez TVA en 2016.

«Le pouvoir corrompt» dit-on, et il n'y a de plus ignoble corruption que celle qui fait s'acharner sur quelques individus ceux qui font métier d'un divertissement télévisuel ayant potentiellement le pouvoir de réduire à néant le talent et le travail d'artistes reconnus, par le sarcasme, la dérision, et surtout, l'acharnement à ridiculiser leurs victimes. Chez Piment fort de 1993 à 2001, trois de ces artistes furent en effet les cibles d'un acharnement répété ad nauseam qui, depuis l'affaire Mike Ward vs Jérémy Gabriel, pourrait aujourd'hui être passible de condamnations au civil, et probablement au criminel, en regard des dispositions de la loi concernant les droits de la personne quant à l'acharnement criminel.

De ces trois artistes ou personnages publics: Joane Labelle, Daniel Pinard, et Kathleen. C'est Kathleen Sergerie dont la carrière florissante a été la plus endommagée alors que cette belle et talentueuse jeune femme, profondément blessée, en perte douloureuse d'estime de soi, a dû mettre sa vie en berne, rompre son contrat avec Sony Music et ne plus avoir le cœur à chanter mais à pleurer. Elle en a passé des nuits de larmes, malheureuse à mourir, ne comprenant pas pourquoi ces humoristes, ne la connaissant pas personnellement, s'acharnaient sur elle semaines après semaines à la ridiculiser, à la trainer dans l'enfer de la moquerie cruelle et de la méchanceté. Je me souviens de ça! Il n'y a pas midi à quatorze heures! C'était méchant! D'une méchanceté hypocrite mal dissimulée sous le sourire d'un mauvais humour d'acharnement abject.

Pour ceux et celles qui n'auraient pas connu Kathleen, voici deux énormes succès l'ayant propulsée vers la gloire. Le premier, intitulé Ça va bien, est tiré d'un album éponyme sorti en 1993 et certifié platine à plus de 150 000 exemplaires vendus:

L'autre succès tiré d'un premier album sorti en 1991, Kathleen, certifié OR à 75 000 copies vendues, s'intitule: Tu t'en fais pas.

Mon cœur de rockeur explose d'indignation! Il faut être méchant jusqu'au trognon pour s'acharner pendant des années à ridiculiser une jeune femme d'une rayonnante beauté, au cœur d'enfant! Kathleen est superbe! Aucune malice! Pas de prétention! D'une adorable ingénuité! Personne ne mérite, surtout pas elle, le traitement ignoble dont elle a été la victime jusqu'à ce qu'elle abandonne le métier, le cœur brisé. Comparez-ça avec la levée de bouclier des féministes lorsque des critiques ont à peine éraflé Safia Nolin quant à son apparence vestimentaire. Disproportion totale! Kathleen Sergerie a été abandonnée seule à elle-même, pendant des années, face à une meute hargneuse et tenace. Mais où étaient ceux qui devaient la protéger? Où était sa compagnie de disque! Son gérant! Où se cachaient-ils tous, alors qu'on la brûlait au fer rouge de la honte semaines après semaines, années après années? Voici enfin un dernier extrait, magnifique, tiré de son 2e album, intitulé La première fois:

La courageuse Kathleen, résiliente, au cœur de lionne dans la tendresse et la douceur d'un ange, prépare un nouveau départ avec de nouvelles chansons. Toujours aussi belle et encore plus belle de sa séduisante maturité, poétesse, artiste dans l'âme, elle cherche un contrat de disque avec une compagnie reconnue. Cette fois, s'il advenait que des salauds tentent d'imiter la méchanceté de Piment Fort des années 90, ils auraient à confronter une meute de grands loups gris affamés n'hésitant pas à se nourrir de charognes quand c'est nécessaire.

Pour ma part j'offre à Kathleen une chanson dont j'ai composé la musique, le texte étant de Natasha Lampron, en espérant que d'autres me suivent, et que tous ensemble nous puissions tenter de réparer l'outrage que certains lui ont fait subir, afin qu'elle puisse encore nous ravir de sa beauté et de sa voix.

Voici ce qu'elle écrivait récemment sur sa page Facebook:

«Je suis Femme, je célèbre qui je suis et surtout ce que j'ai été.
Je marche la tête haute portant fierté et dignité dans mon coeur.
Je me choisis, je commande le respect et l'écoute.
Je suis Femme et je n'accepte pas que l'on me condamne sous quelque prétexte que ce soit.
Liberté, égalité, intégrité, amour et empathie sont mes moteurs.»

Bonne semaine.



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