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Chronique de Pierre Harel

Pierre Harel
Canoë

Plume: RECHUT! (Odes de ma tanière)

Plume: RECHUT! (Odes de ma tanière)

Michel LatraversePhoto Sébastien St-Jean / Agence QMI

Pierre Harel

La première fois où j'ai rencontré personnellement Plume, de son vrai nom Michel Latraverse, sans aucun lien de parenté avec Monsieur Guy Latraverse imprésario reconnu pour sa profonde implication dans le développement des carrières d'artistes québécois devenus célèbres, la première fois donc où j'ai rencontré ce Plume, c'était à l'occasion d'une crise de jalousie carabinée, en 1975 je crois, alors qu'il s'était présenté au local où je pratiquais avec de nouveaux musiciens après avoir quitté Offenbach.

Ça frappe à la porte du local et de plus en plus fort jusqu'à ce que l'un d'entre nous finisse par entendre et fasse signe aux autres d'arrêter de jouer, car quelqu'un voulait entrer. Je me dirige vers la porte et l'ouvre pour me trouver face à face avec un grand barbu hirsute empestant l'alcool et n'ayant pas l'air de bonne humeur.

D'un ton agressif il me demande: «Cass est-tu icitte?». «C'est qui ça Cass?», l'ai-je interrogé sur le même ton. «C'est mon guitariste pi chu v'nu l'charcher! Y'a pas d'affaire à jouer avec toé Harel, tu me l'voleras pas!». «Tu es qui toi?», lui ai-je demandé calmement avant d'envoyer mon poing s'écraser sur le front de l'intrus. «Moé chu Plume! Pi Cass c'est mon guitariste personnel et exclusif!»

Voyant que j'avais affaire à une histoire de soumission-possession entre ces deux compères, et que les voies de l'amour comme de l'amitié sont impénétrables, j'ai tendu la main à Plume que je rencontrais pour la première fois et dont j'aimais beaucoup la poésie, en plus de l'admirer pour ses frasques célèbres sur scène.

La porte d'entrée du local de pratique ne donnant pas directement dans l'espace où nous étions installés, mais se trouvant plutôt au bout d'un petit corridor, sans dégager l'entrée, bloquant ainsi prudemment le passage, j'ai hurlé «Aye! Y'a-tu un Cass icitte? Si y'en a un, Plume veut le voir!». Au bout de quelques secondes, qui vois-je apparaître se trainant les pieds d'un air penaud avec son étui de guitare, prêt à partir: Steve Faulkner! Mais oui! Steve Cassonade «Cass» Faulkner! Ils sont sortis tous les deux et je ne les ai pas revus ensemble avant janvier 2010.

Un soir de janvier donc, je donnais un spectacle intitulé Poésies Rauques à l'Inspecteur Épingle, bar branché de la rue Saint-Hubert à Montréal, accompagné d'un musicien polyinstrumentiste doué d'un merveilleux talent, Éric Goyette. Nous avions déjà terminé le premier «set» et alors que nous allions descendre de scène, deux ivrognes titubants et tonitruants sont entrés dans la salle en vociférant: «Enwèye Harel! Enwèèèye! Rock'n'roll, rooock'n'rooll tabarnak de câââlisss! Enwèye Harel chante tabaaarnak! Dans l'tapis esti!».

Hé oui! Vous avez sans doute deviné qu'il s'agissait des deux éthyliques, Plume et Cass, par ailleurs excellents poètes mais imbuvables quand ils avaient trop bu. Rapidement, je fis signe à Éric que nous restions sur scène pour interpréter en réponse à leur grossièreté et en guise de rock'n'roll, J'ai si peur de l'amour, une chanson dont le texte est de moi et d'Hélène Gagnon, la mélodie de moi, et la musique de Donald Hince de Corbeau et Corbach. La voici:

Au dernier couplet de la chanson, nous entendions déjà sangloter les deux ivrognes «malotrous», et les sanglots sont devenus des beuglements sans gêne sur le «Mon amour» de la finale. Quelques instants plus tard, alors qu'Éric Goyette et moi fumions sur le trottoir, les deux chanceuses blondes des braillards sont venues s'excuser du comportement de leurs escortes respectives en nous jurant que «ils ne sont pas toujours de même». Ce à quoi nous avons répondu par un franc et gigantesque éclat de rire.

Toujours est-il que j'ai écouté les chansons du nouveau Plume, intitulé RECHUT! (Odes de ma tanière), et comme à l'accoutumée chez Michel Latraverse, le poète peintre de mots à la géniale lumière marche bras dessus, bras dessous avec l'irrésistible grossier. Cet album porte si bien son nom RECHUT!, qu'on a envie d'entendre Plume réciter ses poésies a capella, les éclatantes luminescentes comme les truculentes hilarantes, libérées des musiques d'accompagnements qui sont plates pour la plupart et se ressemblent d'une chanson à l'autre. Michel Plume Latraverse est un merveilleux poète, mais un musicien sans génie.

Voici le premier extrait de son nouvel album:

Là où il est cependant d'une géniale efficacité, c'est dans la grande facilité qu'il a toujours eu à créer des albums qui ne coûtent pas cher, mais qui rapportent gros, et à organiser des tournées de centaines de spectacles, accompagné de deux ou trois musiciens modestement payés. Poches creuses, bras courts («Deep pockets but short arms»), comme on dit du côté de l'Angleterre.

Quoi qu'il en soit ça n'est pas Monsieur Plume qui souffrira des pratiques douteuses de «Spotify» et autres filous de l'industrie, car le «streaming», il n'en a rien à foutre. Moi non plus! Je vous recommande donc de passer chez Archambault ou chez Walmart et de vous y procurer le nouveau Plume comme si vous alliez acheter un nouveau Brassens. Écoutez bien les paroles. Il y en a des magnifiquement belles...

Bonne semaine.



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