Chroniques

Chronique de Pierre Harel

Canoë

Retour aux sources avec Garolou (ou Lougarou?)

Retour aux sources avec Garolou (ou Lougarou?)

Garolou a débuté sa carrière sous le nom de Lougarou.Photo Fotolia

On croit y être arrivé, le thermomètre monte à 13 ou 14 degrés et tout le monde jubile en se dévêtant quelque peu pour occuper parcs et terrasses et flâner le long des artères mercantiles. Les sourires illuminent des visages hier encore crispés de froidure. Mais il ne faut jurer de rien, n'est-ce pas? El Niño n'a sans doute pas dit son dernier mot. J'ai déjà vu de la neige en juin! Nous sommes à la mi-mai! Il neigeait hier!

Quoiqu'il en soit, une amie, toujours la même, m'a suggéré d'écrire une chronique sur un groupe ayant marqué son époque mais dont on ne parle à peu près plus, comme on ne parle presque plus de nos chants traditionnels et de nos musiques nationales canadiennes-françaises. Ce groupe a connu une histoire difficile surtout à cause d'une contestation juridique les obligeant à ne plus utiliser le nom sous lequel il s'était fait connaître à ses débuts, Lougarou, et à en trouver un nouveau, Garolou.

Cette tristesse a été causée par une obscure troupe folklorique, ayant préalablement enregistré le nom Lougarou, qui a fait valoir en justice ses droits de propriétés intellectuelles exclusives. Vous me direz qu'il n'y a pas loin de Lougarou à Garolou mais quand même, une distance suffisante à jeter une douche d'eau glacée sur les membres du groupe et sa clientèle nombreuse en 1977.

Et c'est compréhensible au plan sémantique, Lougarou faisant évidemment référence au loup garou, animal mythique et magique issu de la transformation d'humains en loups sanguinaires courant debout sur deux pattes les soirs de pleine lune. Garolou ne signifiant rien d'autre que la crainte immémoriale du «canis lupus».

Des racines au-delà du Québec

Le groupe Lougarou, formé en 1975 de musiciens franco-ontariens et québécois, affichait alors des racines profondément ancrées dans la mythologie canadienne-française commune à tous les Canadiens-français du Canada, du Nord-Est des États-Unis et aussi à la plupart des peuples européens comme les francophones français et belges chez qui existent encore de nombreuses légendes concernant les loups garous.

Quoiqu'il en soit, au printemps de 1974, peu après le lancement de mon film Bulldozer, en pleine préparation du tournage de Vie d'Ange, les frères Marc et Michel Lalonde, deux instituteurs franco-ontariens en voyage chacun de leur côté à l'Île du Prince-Édouard, se rencontrent fortuitement lors d'une fête populaire et assument, au pied levé, l'animation de la soirée. Ils y interprètent quelques-unes des chansons traditionnelles canadiennes-françaises qu'ils avaient l'habitude de chanter ensemble lors de soirées amicales en Ontario.

C'est un succès instantané qui amène deux autres musiciens à se joindre à eux sur place: le guitariste Émile Lefebvre et le claviériste Steven Naylor. En 1975, le batteur Michel (Stan) Deguire et le guitariste Georges Antoniak se joignent au quatre autres pour produire en rock une maquette de chansons traditionnelles. Le groupe de folk-rock Lougarou est né. Les six compères de retour au Québec décident de louer deux chalets côte à côte au lac Connely, à Saint-Hippolyte, dans le but de composer et de répéter des chansons qui pourraient apparaitre sur un album en devenir.

Le célèbre studio d'André Perry situé à Morin-Heights dans les Laurentides, non loin du Lac Connely, accepte d'enregistrer à temps perdu de soirées et de fins de semaines la quinzaine de chansons du groupe. L'ingénieur Ed Statium est chargé de conduire le projet qui sera finalement enregistré au printemps 1976 et mixé par Nick Blagona, le mixeur de King Crimson.

Grande renommée

L'album éponyme Lougarou suscite un engouement qui établira rapidement le nom et le renom du groupe. Dès lors, Lougarou qui ne s'était constitué que pour un projet, devient un groupe à succès et se voit offrir une importante continuité par la multinationale London Records.

Six albums plus tard, plusieurs nominations, deux prix Félix dans la catégorie folklore et traditionnel, un disque d'or pour l'album Garolou et ce groupe qui a marqué son époque est devenu silencieux. C'est tellement regrettable.

Les Canadiens-français du Québec et des autres provinces canadiennes qui cherchent à retrouver une identité ethnique autre que celle d'être des francophones canadiens auraient bien besoin d'un retour du rock folklorique à la manière de Lougarou-Garolou. Nous aurons toujours dans la tête cette chanson devenue mythique pour nous tous, Canadiens-français d'Amérique du Nord: «Ah toi, belle hirondelle», ainsi que la voix inoubliable de son chanteur, Michel Lalonde.

Bonne semaine.

Aussi sur Canoe.ca:



Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos