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Chronique de Pierre Harel

Pierre Harel
Canoë

Kamakazi, meilleur que Blink-182

Kamakazi, meilleur que Blink-182

Le groupe montréalais Kamakazi.Photo Facebook

Pierre Harel

V’là t’y pas que j’ai reçu quelques disques compacts par la poste et que je m’apprêtais à écrire une chronique portant sur un pseudo groupe uniquement composé des comédiens et musiciens de la série L’auberge du chien noir, produite chez Radio-Canada. Le Caboose Band n’existait que dans cette émission en perte de popularité jusqu’à ce que quelqu’un chez Radio-Canada ait l’idée d’en faire un vrai groupe, d’enregistrer un vrai album éponyme et de donner de vrais spectacles un peu partout au Québec. Sans blague ! Déjà 19 spectacles annoncés en 2016 et deux en 2017! Hé bin! Je l’ai écouté cet album et je ne crois pas qu’il aura une incidence marquante sur le retour aux cotes d’écoute des débuts de L’auberge du chien noir il y a 13 ans, mais on ne sait jamais. Ce que le public veut Dieu le veut.

D’autre part, je recevais aussi un petit CD inclus dans une modeste pochette intitulée Mon beau bandit. En couverture de jaquette, une jeune femme assise sur la banquette d’une bagnole vintage rose en tient la portière ouverte, le visage tourné vers nous. Andréanne Martin, auteure, compositrice, et interprète de cinq chansons d’un genre aussi vintage que sa bagnole et son trois quart de fourrure artificielle de couleur lie de vin. Cependant, excellent rendu de l’accompagnement musical par des musiciens vraiment talentueux.

Mademoiselle Martin chante d’une façon qui n’est pas sans me rappeler la grande Zizi Jeanmaire, célèbre diva d’une autre époque, surtout quand elle interprète l’une des cinq chansons de son CD, intitulée Mes seins. Elle devrait, raisonnablement, se rapprocher de cette géniale artiste et mettre son corps magnifique, aperçu chez YouTube sous une robe longue, au service de sa carrière et de son public. Je lui suggère donc très amicalement de se monter une revue qu’elle pourrait offrir aux Casinos de Loto-Québec, ou à l’un des Qubes de Grégory Charles. La célébrité suivra, j’en suis certain.

Toujours est-il que j’ai aussi reçu un album à la jaquette bizarroïde sans titre apparent, illustrant un garçon d’environ 6 ans debout sur un appareil de télévision des années soixante en se bouchant les oreilles, avec derrière lui, accrochés au mur, la photographie d’une chanteuse blonde de la même époque et un gros cadran rond indiquant une heure et quart du matin. À droite, une antique Fender appuyée sur le dossier d’un fauteuil. Pas de trace de titre.

Mais kossé ça, me dis-je! À l’endos de la pochette, à gauche, un gros plan du syntoniseur de la télé de marque Admiral qu’on voit en couverture. À droite, une liste de 14 titres dont l’un attire mon attention car il me rappelle avec appréhension le groupe Hart Rouge et son imbuvable chanson franco-canadienne savamment intitulée Inconditionnel, mais que je vois empirée cette fois jusqu’à Inconditionnellement. Oh boy! Boy oh boy, soliloquais-je. Hésitant entre mettre le CD dans la fente de l’ordi ou sur la pile de ceux que je donnerai à une organisation de bienfaisance, je finis par céder à la curiosité et j’insère. Oh surprise! Quelle belle surprise!

Alors là! Quatorze titres de genre punk, dont 13 semblent burinés sur un même rail de chemin de fer! Quatorze chansons, oui ce sont de vraies chansons, comme une déferlante d’hyperactifs nordiques sur une plage poisseuse de gros-lard fondants! La chorale de Queen investie par une horde de jeunes activistes punk Québécois et en langue québécoise! Excellent! Surprenant! Réjouissant! Des textes intelligents, soignés, inspirés! Des mélodies parfaites sur des accords parfaits! Rien de bâclé, de négligé, comme on pourrait le croire d’un groupe punk ordinaire. Pas de cacophonie, pas d’hétéroclite, de cafouillis, de bric-à-brac musical. On sent bien la maîtrise et même la sophistication d’un genre qui pourrait bien se renommer le «punk de luxe» et qui tiendrait bien sa place parmi les mondiaux du style. La voix du chanteur de Kamakazi est particulièrement intéressante et efficace, et n’est pas sans me rappeler dans sa qualité celle de chanteurs de groupes américains de punk rock ayant un immense succès international.

Kamakazi! C’est le nom de ce groupe génial qui au fond est magnifiquement d’un nouveau genre: le PUNKED POP. Attention! Attention! Pas de la pop insignifiante! Aucunement! Pas du tout et pas pantoute! Non! Une pop de haut niveau qu’on peut apprécier surtout en piste 13 de l’album sous le titre de La Belle et la Bête. Je vous recommande chaudement l’écoute et l’achat subséquent de l’album Regarde Maman, I'm on the TV! du groupe Kamakazi. Vous découvrirez un genre que peu de gens finalement ont l’occasion d’apprécier car les formations punk n’ont à peu près pas de diffusion commerciale au Québec, sauf s’ils sont anglophones ou Américains, comme par exemple Blink-182 qui est, à mon avis, largement, mais largement dépassée par les qualités de Kamakazi, dont la seule pierre d’achoppement vers la célébrité internationale pourrait être son appartenance ethnique et linguistique francophone, car en effet, ce sont des Canadiens-français du Québec. Nous devons les encourager.

Bonne semaine.



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