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Chronique de Pierre Harel

Pierre Harel
Canoë

Les quotas du CRTC

Les quotas du CRTC

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Pierre Harel

Tout d’abord, un rappel: les opinions émises dans cette chronique sont les miennes et n’engagent aucunement QMI et Canoe.ca.

Ces temps-ci, on entend beaucoup parler chez les médias des fameux quotas imposés par le CRTC, Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, quant au pourcentage de temps d’antenne radiophonique dévolu aux contenus francophones et anglophones au Québec. Actuellement, ces quotas représentent 65% de chansons francophones, 55% aux heures de grande écoute, et 35% de chansons allophones, 45% en «prime time», de toutes les chansons diffusées quotidiennement sur les ondes de tous les postes de radiophonie québécoises.

Le litige: des personnes et des groupes de personnes tentent d’influer sur le CRTC afin de modifier à la baisse le pourcentage anglophone des radios commerciales, jugé trop élevé.

Je constate avec surprise les effets d’opinions que certaines OSBL culturelles québécoises réussissent à répandre chez les gouvernementaux, les paragouvernementaux, et chez d’autres organisations péri-culturelles, dont les existences sont presque entièrement dépendantes de subventions gouvernementales et de déductions fiscales privilégiées. Ma surprise devient stupéfaction lorsque je vois des politiques, des artistes reconnus et des journalistes prendre position dans le débat opposant des producteurs de disques, aussi diffuseurs de spectacles, certains artistes et gérants d’artistes, aux radiodiffuseurs commerciaux québécois.

Radio commerciale vs radio communautaire

Une radio commerciale est une radiophonie qui tire ses moyens de subsistance et de fonctionnement de la vente de portions quotidiennes de temps d’antenne à des clients publics ou privés. Cette radio ne reçoit pas de subvention gouvernementale pour assurer le maintien de son fonctionnement et doit se munir de cotes d’écoute nécessaires à intéresser une clientèle de commanditaires essentiels à sa survie car elle doit aussi supporter une salle de nouvelles et ne peut compter sur le bénévolat de ses employés.

Différemment, la majorité des radios dites communautaires, sans avoir l’obligation de journalisme, n’a pas à se soucier de chercher de commandites privées puisqu’une bonne part de son budget de fonctionnement provient de fonds publics ou émane de levées de fonds chez la population de ses auditeurs, et qu’elle peut compter sur le bénévolat pour maintenir son fonctionnement. En bref, les radios commerciales doivent suivre les tendances musicales anglo-américaines et le système international de vedettariat, dont une large portion de la population québécoise est friande, alors que les radios non commerciales n’ont pas à s’en soucier.

Sous prétexte de protéger la langue française qui, en passant, n’est pas la langue des Canadiens-Français du Québec mais celle des Français de France, sous prétexte de raviver et de sauver une chanson québécoise qu’ils affirment être à l’agonie, un certain nombre de personnes et d’organisations culturelles tentent d’ameuter l’opinion publique afin d’amener les gouvernements québécois et canadiens à influer sur l’autorité du CRTC afin que celui-ci réduise encore plus les quotas de temps d’antenne dévolus aux chansons anglo-américaines sur le territoire géopolitique du Québec, comme si c’était absolument nécessaire à la guérison et à la résurrection de la chanson au Québec.

Pas le bon remède

À ma connaissance, le véritable remède n’est pas là. Ce n’est pas en affaiblissant les revenus des radios commerciales, basés sur la taille de leurs volumes d’écoute, que nous pourrons protéger et améliorer la situation de la chanson québécoise. Basé sur une écoute quotidienne de quatre ans passés à Québec, la chanson y est déjà d’une bonne santé qui va en s’améliorant d’année en année à constater le nombre augmentant de salles de spectacles, petites et grandes, diffusant les prestations de jeunes artistes sur le territoire de la capitale et ce, en excluant l’humour.

En 2013, je participais à titre d’observateur à un colloque initié et organisé par le CALQ, le Conseil des arts et des lettres du Québec, visant à confirmer un diagnostic d’agonie de la chanson québécoise posé exclusivement par des organisations subventionnées, et des artistes incapables d’une réelle popularité radiophonique commerciale pour cause d’impertinence. Afin de donner un exemple de ce que pourrait être une impertinence au niveau des radios commerciales, imaginez des dizaines de milliers d’une jeunesse de 15 à 35 ans, tous attachés au palmarès mondial anglo-américain, entendre une vingtaine de fois par jour chez Rock 100,9 FM à Québec, et chez NRJ 94,3 FM à Montréal, des chansons de Félix Leclerc, de Gilles Vigneault ou de Claude Léveillée, qui sont pourtant de grands artistes québécois ayant chacun de vibrants auras culturels.

Alors imaginez encore cette même jeunesse des 15-35 ans se faire imposer aux heures de grande écoute les chansons d’individus ou de groupes vendant à peine quelques centaines d’albums et performant dans de petites salles ou des boîtes à chansons, loin de l’éclat des vedettes du «star système» sur les grandes scènes mondiales, ce qu’affectionne particulièrement cette catégorie d’âge qui est la plus nombreuse en terme d’auditeurs et d’auditrices.

Malheureusement, des institutions comme le CALQ et Musique Action ostracisent encore le rock’n’roll et ses dérivés comme par exemples le disco-rock, le pop-rock, le country-rock, le rock progressif, le rock-métal, le hard-rock, etc. Pourtant, ce sont ces genres musicaux qui occupent le haut des palmarès mondiaux et ce, toutes langues confondues. La soi-disant élite culturelle québécoise, composée de politiques, de journalistes au Devoir, à La Presse, de fonctionnaires gouvernementaux, d’employés de Radio-Canada et de certaines OSBL culturelles montréalaise, plutôt que d’accepter les choix populaires qui vont vers des chansons utilisant les rythmes, les «mix» et les textes de la modernité musicale internationale, veulent forcer les auditeurs de radios commerciales à écouter des chansons d’une autre époque, trop souvent écrites et composées par une pléthore d’apprentis honnêtes mais sans habiletés remarquables, insuffisantes en tous cas à les porter au panthéon des chansons aimées et recherchées des auditeurs et des spectateurs au Québec. D’autre part, les auteurs-compositeurs et interprètes talentueux sont déjà très présents chez les radios, commerciales ou pas, et remplissent leurs salles. Alors! De quoi s’agit-il?

Une enquête en cours

Voilà des thèmes de questionnement que je développerai au cours des mois à venir. Qu’est-ce que la chanson québécoise? Le cas Marc Angers. Le cas de Lily K.O. Le cas des Cowboy Fringants. L’importance de l’écoute en continu et de la web-radio, phénomènes émergeants inévitables, pourrait-elle jouer dans la modification des quotas?

L’intervention gouvernementale dans le marketing culturel. À l’instar des multinationales, devrait-il acheter des blocs de temps d’antenne aux radios, commerciales et communautaires? Devrait-il obliger les producteurs de disques à augmenter leur participation financière dans la production d’albums de nouveaux artistes? Le CRTC devrait-il considérer une distinction entre «contenu francophone» et contenu canadien-français du Québec?

Je poursuivrai donc de temps à autre cette chronique d’enquête quant à l’état de la chanson québécoise. Lorsque j’aurai la certitude d’avoir fait le tour de la problématique, il se pourrait que je puisse publier l’ensemble des chroniques traitant de ce sujet, réunies en un seul essai.

Bonne semaine



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